Orwell 2.0 : la police américaine veut les données personnelles d’un appareil d’Amazon

Orwell 2.0 : la police américaine veut les données personnelles d’un appareil d’Amazon Source: Reuters
L'assistant personnel intelligent d'Amazon enregistre les données sonores qu'il capte

Un mandat a été émis pour obtenir d'Amazon les données enregistrées dans l'assistant personnel Echo appartenant au suspect d’un meurtre. L'appareil capte les sons émis à proximité et en envoie les données aux serveurs du géant américain.

Une affaire de meurtre pourrait-elle faire jurisprudence et mettre en danger la vie privée ? Un mandat a été émis pour mettre la main sur les données d’un Echo d’Amazon, un assistant personnel intelligent conçu pour écouter son environnement et réagir aux commandes vocales.

L’Echo qui intéresse la police appartient à James Andrew Bates qui fait face à une accusation de meurtre au premier degrés. Il est soupçonné d’avoir étranglé et noyé un dénommé Victor Collins dans son spa. La police de Bentonville (Arkansas) pense que les données sonores enregistrées par l’appareil, qui appartient au suspect, pourraient aider à résoudre ce meurtre. Car il ne cesse jamais d’écouter !

Amazon stocke les données

Pensé pour s’activer uniquement quand l’utilisateur le lui demande, Echo enregistre des données sonores qui sont par la suite envoyées sur un serveur d’Amazon. Un réseau de reconnaissance vocale s’active, permettant de renvoyer une réponse à l’appareil qui obéit aux ordres de l’utilisateur.

Une partie des propriétaires d’Echo sont sûrement familiers du fonctionnement de leur appareil. Mais ce qu’ils ne savent peut-être pas, c’est que, d'après CNET Networks, Amazon conserve ces données pour améliorer son service de reconnaissance vocale.

Les autorités américaines espèrent donc que l’Echo du suspect a pu être accidentellement activé le soir du meurtre par de la musique, une conversation ou les bruits ambiants, et qu’il a enregistré des informations pouvant aider l’enquête.

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Amazon a refusé par deux fois d'accéder aux requêtes de la police de Bentonville. «Amazon ne transmettra aucune information sur un client sans une requête valide et légale. Amazon s’oppose à toute demande excessive ou inappropriée», a déclaré la société dans un communiqué. Cependant, le géant américain a fourni aux enquêteurs les détails du compte d’Andrew Bates, incluant la nature de ses achats. En outre, la police aurait été en mesure de récupérer certaines données en provenance d'Echo sans spécifier lesquelles.

La technologie au secours des enquêteurs

Mais le mandat ne concerne pas seulement l’assistant personnel intelligent d’Andrew Bates. Sa maison est un petit concentré de technologie : elle est équipée d'appareils connectés tels qu’un thermostat Nest, une alarme Honeywell et des systèmes de contrôle pour le jardin ou les luminaires.

La police semble avoir déjà profité de cette profusion technologique pour faire avancer l’enquête. Elle a constaté, grâce au compteur intelligent, qu’environ 530 litres d'eau avaient été utilisés entre 1h et 3h le jour du meurtre. Pour les enquêteurs, ce surplus de consommation indique que, peut-être, le suspect aurait tenté de nettoyer les preuves.

L’avocate d’Andrew Bates s’est inquiétée des éventuelles dérives auxquelles pourrait amener des demandes comme celles de la police de Betonville : «C'est une atteinte raisonnable au respect de votre vie privée dans votre maison, et j’ai un gros problème lorsque les forces de l’ordre se permettent d’utiliser la technologie qui améliore notre qualité de vie contre nous.»

Néanmoins, des précédents existent en la matière. En 2011, la justice avait tenté de relier les recherches sur Google de Casey Anthony au meurtre de sa fille de deux ans. Elle avait notamment inscrit des mots tels que «chloroforme», «traumatisme thoracique» et «nuque brisée» sur le célèbre moteur de recherche.

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En 2011, un jeune canadien de 16 ans s’était montré trop bavard sur un forum du jeux en ligne World of Warcraft. Il avait avoué avoir tué un autre adolescent. Une confidence qui avait été utilisée contre lui par la justice.

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