Un article attribué à l'opposant emprisonné Nabil Rajab provoque la colère des autorités de Bahreïn

Un article attribué à l'opposant emprisonné Nabil Rajab provoque la colère des autorités de Bahreïn Source: www.globallookpress.com
Nabeel Rajab

L'opposant politique Nabil Rajab a été interrogé par le régime bahreïni pour avoir propagé de «fausses informations» dans un quotidien français. L'article en question accuse certains Etats arabes de partager la même idéologie que Daesh.

L'agence officielle Bahreïn News Agency (BNA) a annoncé le 22 décembre que les autorités du royaume avaient interrogé l'opposant politique emprisonné Nabil Rajab.

Selon l'agence, un article attribué à Nabil Rajab et paru le 20 décembre dans le journal Le Monde contiendrait des «insultes envers Bahreïn et les pays du CCG [Conseil de coopération du Golfe] et une tentative de nuire à leurs intérêts». L'agence BNA a indiqué par ailleurs que Nabil Rajib niait être l'auteur de l'article.

Que contient la tribune attribuée à Nabil Rajab ?

Dans le texte publié en son nom par le quotidien français, Nabil Rajab analyse, entre autres, la montée en puissance du groupe terroriste Etat islamique comme «la pire manifestation d'une idéologie violente qui reçoit encore le soutien de plusieurs Etats du Moyen-Orient».

«Les Etats du Golfe affirment être des alliés dans la bataille contre l'extrémisme, alors qu'ils ont alimenté la crise», poursuit l'article attribué au militant bahreïni des droits de l'Homme.

Le texte dresse un parallèle entre le dogme religieux de Daesh et l'idéologie des autorités du Bahreïn : «Il existe des livres, publiés par le ministère de la Défense de Bahreïn, qui prônent le meurtre des chiites qui ne se repentent pas. En quoi cela diffère-t-il des idéologies de l’Etat islamique contre lequel Bahreïn est censé se battre ? Les forces de défense de Bahreïn sont, de fait, une armée sectaire qui ne compte pratiquement pas de chiites dans ses rangs, bien qu’ils composent la plus grande partie de la population.»

L'opposant chiite de 52 ans au nom duquel la tribune a été publiée conclut en s'adressant aux puissances occidentales : «Vous, la France et l’Allemagne, devez reconsidérer vos relations avec ces monarchies, qui œuvrent activement contre la démocratie et les droits humains et nourrissent les flammes de la violence et de l’extrémisme.»

Nabil Rajab est un opposant politique chiite, président du Centre des droits de l'Homme de Bahreïn. Il a été détenu à de nombreuses reprises pour avoir organisé des manifestations en faveur de la démocratie et publié des messages sur Twitter jugés «insultants» par les autorités de Bahreïn.

Gracié pour des raisons de santé l'année dernière, il a de nouveau été arrêté le 13 juin. Nabil Rajab doit notamment être jugé pour avoir critiqué l'intervention de la coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen. Il risque jusqu'à 15 ans de prison. Une nouvelle audience de ce procès est prévue le 28 décembre.

Le royaume de Bahreïn, dirigé par une dynastie sunnite, est en proie à des troubles épisodiques depuis 2011, entre le pouvoir et le mouvement conduit par des chiites en faveur de l’instauration d’une monarchie constitutionnelle et d’un gouvernement plus représentatif. Au Bahreïn, les chiites représentent entre 60% et 70% du demi-million de nationaux.

Le mouvement chiite Al-Wefaq, principal animateur de la contestation, a été dissous le 17 juillet 2016 par la justice et son chef, le cheikh Ali Salman, purge une lourde peine de prison pour complot contre le régime et incitation à la désobéissance.

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