Pression sur les grands électeurs : quand la démocratie américaine ne convient pas aux «anti-trumps»

Pression sur les grands électeurs : quand la démocratie américaine ne convient pas aux «anti-trumps»
Des manifestants dénoncent l'élection de Donald Trump dans les rues de New York, le 18 décembre 2016, photo ©Reuters/Darren Ornitz

C'est ainsi aux Etats-Unis : les citoyens n'élisent pas directement le président. Mais la Constitution de 1787 a tout prévu : 538 grands électeurs ont ainsi le dernier mot, en théorie. Car le peuple peut, parfois, ne pas voter dans le sens souhaité.

Les 538 grands électeurs, désignés par le corps électoral américain, doivent valider ce 19 décembre 2016 le vote des électeurs américains du 9 novembre et confirmer la victoire de Donald Trump, élu45e président des Etats-Unis. Et pourtant, grâce à la caisse de résonance des médias, lesquels n'ont toujours pas digéré d'avoir été court-circuités par les réseaux sociaux et les sites d'informations alternatifs, la décision des grands électeurs – une formalité habituellement – fait pourtant débat.

De surcroît, ce qui alimente les griefs des déçus de la démocratie américaine, selon des décomptes provisoires, Hillary Clinton est arrivée en tête, en termes de suffrages recueillis, sur l'ensemble des Etats-Unis. L'AFP avance ainsi le chiffre de 2,5 millions de voix d'avance, chiffre à rapporter aux quelque 136 millions d'Américains qui ont voté. Tous les ingrédients pour contester une élection pourtant «démocratique» sont dès lors réunis.

Intense lobbying des «anti-Trumps»

En l'état, à la suite de l'élection du 9 novembre 2016, les bulletins de vote ont octroyé 306 des 538 grands électeurs à Donald Trump. Pour invalider son élection, il faudrait donc que pas moins de 37 grands électeurs – républicains de surcroît – changent d'avis. Et jusque-là, un seul grand électeur a annoncé qu'il désavouerait Donald Trump. Aussi, les activistes «anti-trump», relayés par les médias, se livrent à un intense lobbying auprès des grands électeurs : pluie d'emails, lettres, tribunes, interview et même menaces.

La contestation du résultat de la présidentielle a commencé dès le lendemain du vote. La mise en cause des réseaux sociaux, puis la fabrication du concept de «désinformation», concourent à créer une ambiance accréditant la thèse d'un «peuple» qui serait victime du «populisme»

Car aux Etats-Unis, les citoyens n'élisent pas directement le président. Le peuple peut parfois mal voter, du moins pas dans le sens souhaité par les élites, et les auteurs de la Constitution de 1787 ont voulu l'en (ou s'en) protéger. Cette crainte, avant l'heure, du populisme qui se nourrit des Lumières, mouvement de pensée qui prônait plutôt le despotisme éclairé que la démocratie directe.

Un système oligarchique datant du XVIIIe siècle

A l'époque du cheval et de la diligence, l'idée des pères de la Constitution américaine, Alexander Hamilton et Thomas Jefferson, était plutôt de créer une république – à défaut d'une monarchie – qu'une démocratie et de modérer les éventuels excès du peuple. Une crainte du populisme que l'on retrouve dans les débats qu'on eu Hamilton et Jefferson, avant d'accoucher du système des grands électeurs.

Aussi fait-on confiance à ce collège électoral comme garde-fou des passions du peuple. Mais aussi comme gardien de la constitution, c'est-à-dire rien de moins que la loi fondamentale. Aussi, le seul levier légal possible pour les grands électeurs, juger le président comme incompétent ou dangereux. Une notion assez floue et qui relève plutôt de l'opinion et du jugement de valeur.

«Démocratie» à sens unique

Quoi qu'il en soit, la décision des très sages grands électeurs ne sera connue que le 6 janvier 2017, le temps que les courriers à cheval parcourent les grandes étendues du Far-West. Entre-temps, il pourront relire les considérations et les débats d'idées des pères de la Constitution et déterminer si les Etats-Unis sont un régime républicain oligarchique à la manière de la Sparte de la Grèce antique ou une démocratie plus directe, façon Athènes.

Dans l'hypothèse où les grands électeurs refuseraient de désigner Donald Trump, ce serait à la Chambre des représentants – l'équivalent de l'Assemblée nationale française – de désigner le successeur de Barack Obama. Et cette chambre est à majorité républicaine. Commandé par le site Politico, un sondage – autre modalité moderne de la «démocratie» que les constituants de 1787 n'avaient pas prévue – indique qu'à 46 %, les Américains estiment que les grands électeurs devraient suivre le choix des électeurs de chacun des Etats de l'Union qu'ils représentent.

Le système ne dérangeait personne jusque-là, surtout pas en 2000, quand un certain Georger W. Bush était désigné par la Cour suprême des Etats-Unis, malgré sa défaite en Floride, aux dépens d'Al Gore.

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