Réponse d’un expert à propos des images satellite du MH17 : «Bellingcat lit des feuilles de thé»

Système de missiles antiaériens Buk dans la région de Donetsk, 14 juillet 2014
Système de missiles antiaériens Buk dans la région de Donetsk, 14 juillet 2014

Un expert graphique judiciaire a rejeté et qualifié de «subjective» l’analyse du site d’investigation participatif Bellingcat, qui a accusé la Russie d’avoir modifié les images satellites du crash du vol MH17 à l’aide de Photoshop.

L’avion du vol MH17 de Malaysia Airlines a été abattu à l’Est de l’Ukraine en juillet dernier, tous les 283 passagers et 15 membres d’équipage sont morts dans l’accident. Les autorités de Kiev et de la République populaire autoproclamée de Donetsk se rejettent la balle de la catastrophe. Le gouvernement de Kiev prétend qu’aucun avion ou ou systèmes antiaérien ukrainien n’a été vu à proximité du lieu de crash.

Cependant, lorsqu’on demande de fournir des preuves, ces récits ne sont pas faciles de soutenir. Fin juillet, le ministère russe de la Défense a publié des données militaires de suivi montrant des avions militaires de Kiev suivant le MH17 avant le crash. Le ministère a aussi exposé des images satellite des zones où Kiev avait déployé ses unités de la défense aérienne.

Le jour du crash, «l’armée ukrainienne avait trois ou quatre bataillons de la défense équipés de systèmes Buk-M1 déployés à proximité de Donetsk», a dit le lieutenant-général Andrey Kartopolov de l'armée russe, en se référant à des données du renseignement militaire.

Certains journalistes occidentaux ont douté de l’authenticité des données satellite, et le site d’investigation participatif Bellingcat est allé jusqu’à procédé un «analyse» des photos.

Mais l’expert graphique judiciaire allemand Jens Kriese a indiqué dans une interview à Der Spiegel que c’était en fait impossible de dire si les photos étaient manipulées.

«Du point de vue de la criminalistique, la position de Bellingcat n’est pas assez robuste. Le cœur de leurs activités est basé sur ce qu’on appelle Error Level Analysis (ELA). La méthode est subjective et non fondée scientifiquement», a-t-il dit à Der Spiegel.

«Bellingcat ne fait que lire les feuilles de thé. Error Level Analysis est une méthode utilisée par amateurs», a expliqué Kriese.

L’analyste a continué en expliquant que ELA ne fournit pas de résultats concrets et que leur conclusion se fonde sur des interprétations humaine sujettes à erreurs.

Quant à la question de la soi-disant utilisation de Photoshop par les militaires russes pour manipuler leurs images de lanceurs de missiles ukrainiens BUK, Kriese a répondu de manière sceptique.

«En réalité, l’indice d’une utilisation de Photoshop dans les métadonnées ne prouve rien», a-t-il dit. «Bien sûr, les Russes ont dû recourir à certains programmes pour mettre en forme leurs images satellite. Ils ont ajouté des cadres et des blocs de texte afin d’expliquer au public. Les manipulations identifiées peuvent être un produit de cela ou de sauvegardes multiples au format JPG».

«Il n’y a aucun moyen de savoir si ces photos prouve ce que Moscou avance», a ajouté Kriese. «Cependant, on peut dire que les “analyses” en question n’ont abouti à rien sauf la sensibilisation à l’existence de Bellingcat».

Dans ses rapports, Bellingcat a accusé le gouvernement russe de «tentative de tromper le public, la communauté internationale et les familles des victimes du vol MH17».

Les déclarations de Bellingcat sont largement basées sur une seule analyse des images satellite conduite à l’aide du site internet FotoForensics.com. Cependant, il s’est avéré que même le fondateur du site a des doutes sur l’authenticité du travail du groupe.

Le site Fotoforensics a été par le docteur Neal Krawetz, un expert légiste. Répondant sur Twitter aux questions concernant le travail de Bellingcat, le fondateur du site a écrit que «c’est comme ça qu’il ne faut pas faire d’analyse d’images».

Toutefois, le rapport du groupe Bellingcat basé au Royaume Uni est devenu immédiatement une sensation pour les médias internationaux, des publications à charge sont notamment apparues sur le Daily Mail Telegraph et sur Deutsche Welle.

Mais toute la presse mondiale n’a pas hurlé avec les loups. Outre les avis critiques d’experts, un bloggeur russe bien connu sous le nom Tima aka ntv, a démoli des accusations. Il a annoncé avoir trouvé plusieurs erreurs évidentes dans le travail de Bellingcat et affirmé avoir remarqué sur leur site la même preuve de manipulation à l’aide de Photoshop, retournant contre le groupe britannique les accusations portées par celui-ci contre Moscou.

Puis il a expliqué que le recours au logiciel Adobe Photoshop CS5 représente en fait une méthode standard lorsqu’on dégraisse des images, ce qui est la raison la plus probable de son utilisation par le ministère russe de la Défense.

Le bloggeur a rejeté la méthode utilisée par ELA. ELA s’est contenté de chercher des zones dans une image avec des niveaux de compressions différentes, ce qui indiquerait le fait que la photo a été modifiée. Bellingcat déclarait avoir découvert cinq zones qui prouvent cette idée.

Après avoir utilisé ELA pour l’analyse des photos non modifiées, Tima a découvert toute une variété des niveaux de compressions différentes, ce qui d’après lui, prouve que la méthode des analystes était incohérente et qu’on ne peut lui faire confiance.

Eliot Higgins, fondateur de Bellingcat, dit Brown Moses, a été invité sur l’émission de RT «In The Now» pour faire des commentaires sur ce qu’il avait rapporté. Il a ignoré la demande en recourant de plus au sarcasme sur sa page Twitter.

Higgins a attaché à son tweet une vidéo de la série télévisée d’animation Les Simpsons pour montrer ce qu’il pensait de l’idée à donner une interview à RT, sous-entendant que la chaîne déformerait les propos de ses invités.

Ce n’est pas la première fois que le travail de Higgins fait face à une sévère critique. En février dernier, the Guardian a été obligé de corriger un article dont Higgins avait été le coauteur, qui accusait l’armée russe d’avoir bombardé l’armée de Kiev depuis la frontière russe.

Cette semaine, le fabricant du système de missile BUK Almaz-Antey a annoncé les premiers résultats de sa propre enquête sur le crash de MH 17. L’entreprise russe d’armement en a conclu que c’est probablement un missile antiaérien qui a fait chuter l’avion, un missile de BUK-M1 que l’entreprise ne produit pas depuis 1999 et qui n’est plus en service au sein des forces armées russes.

Cependant, selon Makhaïl Malyshev, ingénieur en chef de la compagnie, l’Ukraine, en 2005, était équipée d’un millier de missiles BUK-M1.

Les enquêteurs néerlandais n’ont pas encore terminé leur examen de la catastrophe du vol MH17, mais certaines fuites d’information aux médias suggèrent que l’impact d’un missile BUK reste la théorie le plus courante.

Les autorités ukrainiennes et les Etats occidentaux, sans attendre les résultats de l’enquête, ont mis volontiers la faute du crash sur le compte des milices de Donetsk, disant qu’elles ont utilisé un missile sol-air BUK fourni par la Russie. Ces accusations ont été rejetées par les insurgés, tandis que Moscou a prié ses inquisiteurs de faire preuve de retenue jusqu’à ce que l’enquête soit terminée.

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