Le ministre du Développement économique russe, arrêté pour corruption, assigné à résidence

Le ministre du Développement économique russe, arrêté pour corruption, assigné à résidence Source: Reuters

Pris sur le fait en train de recevoir un pot-de-vin, le ministre du Développement économique russe a été arrêté et assigné à résidence. Il nie les faits, passibles de 15 ans de prison. Il a été démis de ses fonctions.

La nouvelle est tombée en fin de journée le 15 novembre. Le président russe Vladimir Poutine décidait de démettre de ses fonctions son ministre du Développement économique. Il faut dire que ce dernier est au coeur d'une affaire de corruption sans précédent en Russie. Plus tôt, Alexeï Ouliakaev, avait été assigné à résidence au terme de sa garde à vue. Jamais encore un ministre fédéral n'avait été arrêté dans l'exercice de ses fonctions. Le procureur a indiqué qu'Alexeï Ouliakaev niait sa culpabilité.

«Alexeï Ouliakaev aurait reçu 1,8 million d'euro le 14 novembre pour que son ministère autorise l'entreprise Rosneft à conclure le marché lui permettant de racheter les 50% de parts que l'Etat détient dans l'entreprise Bashneft», a indiqué le comité d'enquête dans un communiqué officiel, précisant que le ministre a été pris la main dans le sac alors qu'il recevait l'argent.

En octobre dernier, la plus grande compagnie pétrolière russe, Rosneft, avait racheté les parts majoritaires détenues par l'Etat au capital de l'entreprise Bashneft, implantée dans la région de Bachkirie. L'accord avait été approuvé par le Premier ministre Dimitri Medvedev. Néanmoins, quelques temps auparavant, le président russe Vladimir Poutine avait émis des réserves quant à cette transaction.

Un affaire «très sérieuse»

C'est au terme d'une enquête de longue haleine que l'arrestation a eu lieu : le ministre du Développement économique faisait l'objet d'une surveillance du service fédéral de sûreté (FSB) pour «corruption à grande échelle» depuis plus d'un an. Dimitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a déclaré que l'affaire était «très sérieuse» et nécessitait en conséquence des «preuves très solides.» Le président russe, Vladimir Poutine, «a été informé de la procédure dès son enclenchement», a confirmé le porte-parole. 

S'il est reconnu coupable par les juges, la peine sera très lourde pour Alexeï Ouliakaiev. Il devra en effet s'acquitter d'une amende de 80 à 100 fois la somme perçue, et sera frappé d'une interdiction d'exercer un poste public pendant huit à dix ans.

Plusieurs personnalités politiques russes ont d'ores et déjà fait part de leur réaction. Pour le sénateur Alexeï Pouchkov, l'arrestation d'un «éminent ministre» vient confirmer que la corruption en Russie s'apparente au jeu de la «roulette russe».

Natalia Poklonskaya, ancienne procureur générale de Crimée, a réagi pour sa part en constatant que «la détention d'un haut-fonctionnaire du plus haut rang confirme une fois de plus la position de l'État : il y a pas d'intouchables en Russie.»

Alexeï Ouliakaev, un parcours sans encombre... jusqu'ici

Alexeï Ouliakaev est né en 1956 à Moscou dans une famille russe originaire de Crimée. Après des études d’économie, il obtient un doctorat à l’université d’état de Moscou ainsi qu’à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble. Considéré comme un fin connaisseur des milieux économiques, il a débuté sa carrière d’enseignant en faculté en 1982, tout en collaborant à différents journaux et revues, comme les Nouvelles de Russie.

C’est en 1991 que commence sa carrière politique, lorsque Iegor Gaïdar le nomme conseiller aux affaires économiques au sein de son cabinet. Il obtient son premier mandat national en 1995 en étant élu à la Douma sur la liste «Choix démocratique de la Russie». Egalement élu à la Douma municipale de Moscou en 1999, il s’occupe des affaires relatives au budget d’investissements.

De 2004 à 2013, il exerce les fonctions de vice-président de la banque centrale russe et acquiert une certaine visibilité sur la scène internationale. Nommé ministre du Développement économique en juin 2013, il se démarque lors de la crise du rouble de 2014 en déclarant que les difficultés économiques de la Russie sont essentiellement dues à des réformes échouées ou à des problèmes structurels, et préconise davantage d’ouverture des marchés et de libéralisme.

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