Au Maroc, la gauche veut ressusciter avec une «troisième voie»

- Avec AFP

Elections au Maroc (photo d'archive)© Youssef Boudlal Source: Reuters
Elections au Maroc (photo d'archive)

Alors que la campagne pour les législatives du 7 octobre bat son plein au Maroc, un parti de gauche tente de se présenter comme une «troisième voie» pour dépasser le face-à-face entre islamistes et libéraux qui dominent le champ politique.

La Fédération de la gauche démocratique (FGD), fruit d'une alliance scellée en 2007 entre trois formations politiques, se veut une force alternative dont le principal credo est l'instauration d'une monarchie parlementaire.

«Avec nous, un autre Maroc est possible», proclame le slogan de la FGD, dirigée par la secrétaire générale du PSU (Parti socialiste unifié), Nabila Mounib.

En quelques mois, cette universitaire de 56 ans, seule femme à la tête d'un parti politique au Maroc, s'est fait une incontestable place sur la scène politique avec son franc-parler et ses formules chocs.

«La bipolarité entre un pôle conservateur et un pôle moderniste est fausse», déclare-t-elle à l'AFP.

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Par «troisième voie», le FGD entend se distinguer d'un côté des islamistes du PJD (Parti de la Justice et du développement, qui dirige le gouvernement de coalition depuis 2011), et de l'autre du Parti authenticité et modernité (PAM, libéral et «moderniste»).

«La partie dite conservatrice [les islamistes] a montré qu'elle était adepte, du point de vue économique, du néolibéralisme avec tous ses effets néfastes. Tandis que l'autre pôle, abusivement appelé moderniste, n'a jamais parlé de modernité», accuse Nabila Mounib.

«Séparation des pouvoirs»

«Ces deux parties ne répondent pas aux aspirations des Marocains, à savoir asseoir une vraie démocratie. Nous nous plaçons entre eux, et proposons une voie qui est celle d'une vraie réforme politique, via une séparation des pouvoirs», propose-t-elle.

La FGD est l'héritière d'une longue tradition de gauche, durement réprimée sous le règne d'Hassan II, puis tolérée, intégrée au jeu politique, mais en totale décomposition depuis une dizaine d'années.

En 2011, au plus fort des Printemps arabes, Nabila Mounib avait soutenu les contestations de rue, connues au Maroc sous le nom de «Mouvement du 20 février». Elle avait aussi rejeté la réforme constitutionnelle, trop limitée à son goût, lancée par le souverain pour calmer les esprits.

Fin 2015, malgré ses critiques contre le palais, elle se voit confier par le roi la mission délicate de convaincre la Suède de renoncer à une possible reconnaissance de la république sahraouie (RASD), contrôlée par le Maroc. Mission réussie, grâce notamment à ses réseaux de gauche.

Un appel en forme de lettre ouverte, parue mi-septembre dans un quotidien local et signée d'une centaine d'intellectuels, personnalités du monde de la culture et de la société civile, a véritablement lancé la dynamique.

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Les signataires appelaient Nabila Mounib à faire de la FGD une force de changement, face à ceux «qui disent que la réforme est possible tout en continuant à s'arranger avec les corrompus. Et les autres qui se disent progressistes mais qui cautionnent l'autoritarisme sous couvert de lutte contre le fondamentalisme religieux».

«Cohérence idéologique»

Ce discours pourrait trouver un écho auprès des «déçus de la politique» et des abstentionnistes (55% aux législatives de 2011).

«La FGD bénéficie d’une cohérence idéologique beaucoup plus forte du fait de sa non-participation au gouvernement» (qui compte, au côté des islamistes, des libéraux, des conservateurs et des communistes), avait récemment expliqué au Huffington Post Maroc le spécialiste de la politique marocaine David Goeury.

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En avril dernier, Nabila Mounib avait créé la surprise en arrivant troisième dans le classement des politiciens susceptibles de prendre la tête de l'exécutif, selon un sondage du magazine TelQuel et du réseau associatif TIZI.

«Elle incarne une certaine liberté de ton [...] C'est plus sa personnalité que son programme qui semble susciter l’intérêt», commentaient les auteurs du sondage.

Son parti le PSU avait boycotté les législatives de 2011. Pour le prochain scrutin, auquel une trentaine de partis participent, la FGD espère, après une longue traversée du désert pour la gauche radicale, «dépasser les 300 000 voix au niveau national».

«Les échos sont favorables et l'élan de sympathie est indiscutable», a estimé récemment Omar Balafrej, autre figure de la FGD, dont les candidats se sont engagés à renoncer à leur salaire de parlementaire s'ils étaient élus.

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