Bahreïn : la déchéance de nationalité d'un chef chiite «va enflammer» la région

Le général Qassem Soleimani, un des hauts responsables de l'armée d'élite d'Iran Source: AFP
Le général Qassem Soleimani, un des hauts responsables de l'armée d'élite d'Iran

La déchéance de sa nationalité par le Bahreïn d'un chef religieux chiite de ce pays «va enflammer» la région, a affirmé le général Qassem Soleimani, haut responsable de l'armée d'élite d'Iran, rapporte l'agence de presse Tasnim.

Le autorités du Bahreïn savent «certainement que l'action contre l'ayatollah Issa Qassem est une ligne rouge qui, une fois franchie, va enflammer le Bahreïn et toute la région», a affirmé le général iranien Qassem Soleimani, chef de la division Qods (opérations extérieures) des Gardiens de la révolution.

Le gouvernement de Manama «devrait (aussi) savoir qu'insulter l'ayatollah Issa Qassim et poursuivre une pression intense sur le peuple du Bahreïn, va marquer le début d'une sanglante intifada», ajoute le général. «Ses répercussions seront la responsabilité de ceux qui légitiment l'insolence des dirigeants du Bahreïn», selon lui.

Une décision «clairement injustifiée» pour l'ONU

De son côté, le ministère iranien des Affaires étrangères a estimé dans un communiqué que «de telles mesures anéantissent tout espoir de réforme par le dialogue et une approche pacifique» des tensions au royaume du Bahreïn entre ses autorités et ses opposants, notamment ceux issus de la majorité chiite.

Les Nations unies ont également réagi ce mardi 21 juin. La décision du Bahreïn de déchoir le chef spirituel chiite de sa citoyenneté est «clairement injustifiée» au regard du droit international, a affirmé une porte-parole des Nations unies du bureau droits de l'homme, Ravina Shamdasani. «Étant donné que la procédure n'a pas été suivie, [la déchéance de nationalité] ne peut pas être justifié», a-t-elle déclaré à Genève.

Un agent de l'étranger pour le gouvernement bahreïnite

Le gouvernernement du Barheïn accuse le clerc d'avoir essayé de diviser la société bahreïnite, encourager les jeunes à violer la constitution et de promouvoir un environnement sectaire, rapporte l'agence de presse d'Etat du Bahreïn, BNA.

«C'est pour cela que la nationalité a été retiré à Isa Ahmed Qassim, qui, depuis qu'il l'a acquise, avait cherché à former des organisations affiliées de façon religieuse et politique à un pays étranger», rapporte le ministre de l'Intérieur, Rashid bin Abdullah al-Khalifa. Selon le site officiel de l'ayatollah, Isa Ahmed Qassim est né au Bahreïn dans les années 1940.

Les réseaux sociaux ont rapidement diffusé des vidéos d'une foule scandant des slogans chiites et marchant devant la maison de Qassim à Diraz, un village à l'ouest de la capitale, Manama. Les médias bahreïniens ont rapporté la semaine dernière que les autorités avaient enquêté sur un compte bancaire pourvu de plus de 8,8 millions d'euros au nom de Qassim afin d'identifier la provenance de cet argent et son utilisation.

En 2015, 208 Bahreïniens ont été déchus de leur nationalité

Le gouvernement bahreïni a donc déchu lundi 20 juin de sa nationalité cheikh Issa Qassim, le plus haut dignitaire chiite du pays et critique du pouvoir sunnite, une décision qui a entraîné des protestations dans son village.

Considéré comme le chef spirituel de la majorité chiite, cheikh Issa Qassim, imam et prédicateur dans une mosquée de la localité de Diraz, est connu pour ses critiques contre le gouvernement dans ses prêches prononcés à la prière hebdomadaire du vendredi. Aucune indication n'a été donnée sur le sort de cheikh Issa Qassim. En principe, un déchu de sa nationalité devrait être expulsé de Bahreïn mais il s'agit là d'un long processus.

Le retrait de la nationalité au dignitaire religieux illustre le durcissement de la politique du royaume qui a intensifié les mesures répressives contre l'opposition et les militants chiites, malgré les inquiétudes exprimées par les Etats-Unis et l'ONU.

En 2015, 208 Bahreïnis ont été déchus de leur nationalité et au moins cinq ont été expulsés, selon Human Rights Watch. Ils le sont généralement vers l'Iran, l'Irak ou le Liban, indique-t-on dans les milieux d'opposition.

Lire aussi : Le parlement de Bahreïn appelle le gouvernement à attaquer l'Iran

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