Deux ans après le massacre d’Odessa : entre tensions et appel de l’UE à une enquête transparente

© Capture d'écran de la video de RT

Pour l'anniversaire du massacre de la Maison des syndicats à Odessa en Ukraine, qui a fait 48 morts, la ville est sous tension. Deux ans après, les responsables n’ont pas été identifiés et l’UE attend de Kiev une enquête indépendante sur la tragédie.

Depuis quelques jours, les mesures de sécurité ont été renforcées de façon très conséquente dans la ville d’Odessa en Ukraine en raison de la montée des tensions. 3 000 membres des forces de l’ordre patrouillent dans les rues de la ville. Les bâtiments administratifs, l’administration de la région et la mairie bénéficient même d’un régime de protection spécial. Tôt ce matin du 2 mai, la quasi-totalité des places et des rues du centre-ville étaient déjà bouclées par la police qui redoute des heurts en cette date tragique pour les habitants d’Odessa.

Le 2 mai 2014, 48 personnes, qui s’opposaient toutes au coup d’Etat qui avait chassé le président Viktor Ianoukovitch du pouvoir quelques mois plus tôt, avaient péri dans l’incendie de la Maison des syndicats d’Odessa dans laquelle ils s’étaient réfugiés, poursuivis par des nationalistes radicaux, partisans de Maïdan qui leur ont lancé des cocktails Molotov. L’enquête diligentée par les autorités ukrainiennes concernant ce drame est toujours au point mort.

Malgré ce dispositif de sécurité exceptionnel, près de 300 personnes se sont rassemblées près de la place Koulikovo Pole, lieu des événements tragiques qui s’y sont déroulés il y a deux ans, mais la police leur en interdit l'accès, rapporte l’agence de presse RIA Novosti. C’est pour cette raison qu’ils déposent les fleurs qu’ils ont apportées sur le gazon tout en essayant de convaincre les représentants des forces de l’ordre de les laisser gagner la place. Sans succès.

Les autorités justifient cette interdiction d’accéder à la place Koulikovo Pole en affirmant que trois grenades à main ont été découvertes à proximité. C’est ce qu’a fait savoir sur sa page Facebook le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Artem Chevtchenko.

La circulation des véhicules dans Odessa est, elle aussi, partiellement bloquée. Les rues du centre-ville sont interdites au trafic de 7 h du matin à minuit, les transports publics connaissent eux aussi des perturbations. De plus, la police inspecte les véhicules qui entrent dans la ville.

Sur les réseaux sociaux, les nationalistes radicaux avaient appelé à la violence et même à reproduire les événements tragiques du 2 mai 2014, mais à un autre endroit, sur la place Doumskaïa. La Cour administrative d’Odessa a immédiatement interdit le rassemblement de cette organisation.

Les nationalistes de tout le pays souhaitaient se rendre à Odessa pour célébrer le 2 mai. Et les autorités ukrainiennes y ont contribué. A la demande de Mikhaïl Saakashvili, ex-président géorgien mais actuel gouverneur de la région d’Odessa, Kiev a dépêché à Odessa 300 combattants du bataillon Azov, intégré à la garde nationale, composé de nationalistes depuis la mi-avril. Ce bataillon a pris part aux combats dans l’Est de l’Ukraine et ses membres ont été accusés par l’ONU de violer les droits de l’homme notamment en pratiquant la torture. Des combattants du groupe ultranationaliste Secteur droit et des fans de football radicaux sont aussi arrivés dans la ville.

Aucune justice pour les victimes

Plusieurs organisations internationales, notamment le Conseil de l’Europe, ont critiqué Kiev pour son échec à rendre justice dans ce drame. L’ambassadeur européen en Ukraine, Jan Tombinski, a réitéré les exigences du Conseil.

«J’appelle le gouvernement de l’Ukraine à suivre les recommandations du Conseil de l’Europe et à effectuer une enquête indépendante et transparente», a-t-il indiqué dans son communiqué.

Les députés d’opposition qui siègent au Parlement ukrainien ont, eux aussi, exprimé leur mécontentement de l’évolution de cette enquête. Ils accusent les enquêteurs de l’avoir délibérément bloquée pour couvrir les nationalistes qui sont responsables de cette tragédie. «Plusieurs hauts responsables actuels doivent être jugés. Nous ne croyons pas que les autorités puissent mener une enquête honnête», ont-ils fait savoir par communiqué.

Lire aussi : Kiev interdit à deux journalistes occidentaux d’enquêter sur le drame du 2 mai 2014 à Odessa

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