Les Allemands demandent la suppression de la loi punissant les insultes de dirigeants étrangers

Jan Böhmermann© Compte Facebook @jboehmermann
Jan Böhmermann

Alors qu’Ankara exige la condamnation d’un comédien allemand, s’étant moqué d’Erdogan, le Parti social-démocrate (SPD) allemand propose une autre solution : supprimer cette «règle obsolète» qui survalorise l’honneur des hauts responsables étrangers.

«L’honneur d’un chef d’Etat est tout aussi important que celui d’un citoyen ordinaire», a indiqué le 12 avril Thomas Oppermann, chef du groupe parlementaire du Parti social-démocrate (SPD) allemand. D’après lui, les autres députés, membres du parti, sont prêts à abroger le paragraphe 103 du code pénal sur les insultes prononcées à l’encontre des membres de gouvernements étrangers. Il a estimé que le Parlement allemand pourrait prendre cette décision d’ici la fin du mois d’avril.

Selon le site The Local, Thomas Oppermann a souligné qu’il s’agissait non pas d’une modification de cette «règle obsolète», mais de son abrogation complète. Ainsi, a poursuivi le représentant du SPD, le satiriste Jan Böhmermann, pourrait éviter de passer trois ans en prison pour le poème qu’il a écrit et lu lors d’une émission diffusée par la chaîne publique ZDF-neo. Il y avait notamment traité le président turc Recep Tayyip Erdogan de pédophile et de zoophile.

Néanmoins, les experts juridiques doutent de l’existence d’une telle perspective, car la suppression du paragraphe n’aurait pas d’effet rétroactif.

Alors que le parquet du pays a ouvert une enquête préliminaire contre le comédien, la loi allemande pose une double condition pour pouvoir poursuivre un individu qui a «insulté» un représentant d'un Etat étranger : le pays concerné doit porter plainte et le gouvernement allemand doit soutenir cette dernière, avant de laisser trancher le tribunal compétent.

Erdogan a déclenché une procédure judiciaire en Allemagne contre l'humoriste

Sans attendre la décision des autorités allemandes, le président turc a porté plainte à titre privé contre Jan Böhmermann devant la justice allemande. Le comédien allemand l’avait traité de pédophile et de zoophile dans une émission satirique.

«Le président est déterminé à ce que le défenseur soit puni et qu’il ne répète plus ce qu’il a déclaré», a indiqué Hubertus von Sprenger, avocat allemand du président turc Recep Tayyip Erdogan.

«Des sanctions judiciaires sont nécessaires pour renvoyer [Jan Böhmermann] vers la création satirique et non pas aux insultes ouvertes», a-t-il ajouté.

En s’exprimant sur le sujet plus tôt, Angela Merkel a souligné «les valeurs fondamentales sur la liberté d'opinion, académique et artistique». Dans le même temps, elle a dénoncé ce texte «sciemment insultant».

Jan Böhmermann avait lu son poème en réaction à la convocation par le gouvernement turc de l'ambassadeur allemand après la diffusion d’une autre satire diffusée à la télévision allemande sous forme de chanson dénonçant les atteintes portées aux libertés fondamentales par le président Erdogan. Le 1er avril, la chaîne ZDF avait retiré la vidéo de sa médiathèque.

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