A Molenbeek, le difficile combat contre les recruteurs de Daesh

- Avec AFP

Soldats belges patrouillant à Molenbeek Source: Reuters
Soldats belges patrouillant à Molenbeek

Ils se fondent dans la masse, accostent des jeunes dans la rue en jouant sur leurs «frustrations»: des recruteurs du groupe djihadiste Etat islamique continuent d'embrigader des jeunes à Molenbeek, même s'ils ont perdu du terrain depuis deux ans.

La Belgique, 11 millions d'habitants, compte en proportion le plus grand nombre de jeunes partis se battre en Syrie d'Europe (plus de 500 depuis 2011) et Molenbeek, commune populaire d'où sont originaires certains des kamikazes et organisateurs des attentats de Paris, a été rapidement pointée du doigt comme un vivier de djihadistes.

A 18 ans, Sofian, qui cherche un emploi comme agent de sécurité, n'a jamais été approché lui-même, mais plusieurs de ses amis ont été abordés en pleine rue, dans un parc ou un hall d'immeuble de Molenbeek.

«Au début, on se dit "ce sont des mecs comme des autres qui peuvent être sympa", mais au final on voit qu'ils ont des idées assez extrêmes. On les capte assez vite, ils disent "viens avec moi en Syrie, ici tu as une vie de merde"», raconte-t-il à l'AFP. «Et sur internet, c'est la même chose, ils ne s'en cachent pas, que ce soit sur Facebook avec les photos ou avec les messages qu’ils laissent ou même avec les vidéos qu'ils partagent».

«Il y a une sociologie particulière qui fait que les recruteurs peuvent être plus facilement à l’œuvre sans être dérangés à Molenbeek que dans d'autres communes», explique Olivier Vanderhaeghen, fonctionnaire chargé de la prévention.

«Il y a une communauté arabo-musulmane plus importante qui concentre toute une série de difficultés» avec un taux de chômage de 40% chez les moins de 25 ans. «Ils jouent un peu sur la détresse des jeunes», ajoute-t-il.

Opération de repérage

Et quand «les policiers essaient de faire du repérage ici, ils sont eux-mêmes repérés en 30 minutes» par les habitants, dit-il. «C'est très difficile de faire des filatures, les recruteurs l'ont bien compris».

Pour autant, «Daech a manifestement de plus en plus de mal à recruter dans les quartiers», assure le fonctionnaire. Les autorités ont pris conscience du phénomène il y a deux ans, et arrêté certains prêcheurs charismatiques dont les filières d'acheminement vers la Syrie ont donné lieu à plusieurs procès retentissants.

Mais depuis «s'est mis en place un type de recrutement plus "underground", plus caché», selon Sarah Turine, échevine [maire adjointe] responsable de la Jeunesse.

Alors qu'une dizaine de jeunes Belges ralliaient la Syrie chaque mois en 2013 et 2014, ils n'étaient plus que cinq par mois en 2015. Molenbeek, qui compte une quarantaine de combattants étrangers ou jeunes radicalisés fichés par les services de renseignement, aurait vu partir 24 jeunes depuis 2011, selon le Centre international de contre-terrorisme, un think thank basé à La Haye.

Mais plusieurs des assaillants des attentats de Paris, en novembre, et Bruxelles, en mars, ne sont jamais partis combattre en Syrie, rappelle Mme Turine. Leur point commun est plutôt d'avoir un long passé de délinquance et de criminalité, et d'avoir fait de la prison. C'est le cas des frères Brahim et Salah Abdeslam, originaires de Molenbeek.

«La leçon à tirer des attentats, c'est que Daech réussit à mobiliser des filières criminelles qui ne lui sont peut-être pas idéologiquement attachées et ne sont pas forcément parties en Syrie, des réseaux criminels classiques qui acceptent de participer à l'organisation d'attentats ici», fait-elle valoir.

L'influence de la prison

Et pour certains jeunes revenus de Syrie, «on constate que c'est en prison, en Belgique, qu'ils formalisent et ponctuent leur parcours de radical et deviennent vraiment des dangers pour la société», ajoute M. Vanderhaeghen.

Pour éviter les départs, les travailleurs sociaux ont été formés pour repérer les «ruptures» caractéristiques de la radicalisation d'un jeune, qui va progressivement quitter l'école, son club de foot et sa bande d'amis, puis déserter l'espace public avant de contester, en «fin de parcours», les pratiques familiales de l'islam ou l'autorité de ses parents.

«Ce sont les plus fragiles, les plus faibles d’esprit qui se font avoir», juge Sofian qui a grandi dans le centre historique de Molenbeek, un entrelacs de rues étroites d'où émergent quelques immeubles défraîchis, ponctuées de squares et de parcs, où vit une population majoritairement d'origine marocaine.

Comme Anis, mal dans sa peau, idéaliste, qui a regretté très vite d'être parti en Syrie à 18 ans, selon sa mère. Il y sera tué en février 2015 dans un bombardement de la coalition contre l'EI.

Sa mère, Géraldine Henneghien, est un pilier de l'association Les Parents concernés fondée par des familles dont un enfant est parti en Syrie.

«Il faut absolument travailler sur la jeunesse, lui dire avec force qu'elle a sa place dans la société belge, et qu'on arrête de dire qu'ils sont issus de l'immigration», explique cette habitante de Molenbeek.

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