Des responsables turcs reprochent à l'Europe d'avoir voulu exporter des extrémistes en Syrie

Source: Reuters

Des responsables turques ont accusé les gouvernements européens d’essayer d’exporter leurs extrémistes islamiques en Syrie, ajoutant que l’UE n’était pas parvenue à protéger ses frontières ni à tenir à ses engagements.

L’Union européenne (UE) a tenté d’exporter en Syrie son problème d’extrémisme islamiste. C’est du moins ce que pensent certains officiels turcs qui ajoutent qu’en refusant le partage de renseignement et la coopération dans la lutte contre la menace djihadiste, Bruxelles n’a pas tenu ses engagements.

Des officiels turcs ont démontré au Guardian, à l’aide de plusieurs exemples documentés, que des combattants étrangers avaient pu quitter l’Europe avec des passeports enregistrés sur les listes d’Interpol, arriver d’aéroports européens avec des armes et des munitions ou encore qu’ils avaient été libérés en Europe après avoir été expulsés de Turquie et malgré les mises en garde d’Ankara sur leurs liens avec des réseaux de combattants étrangers.

«Nous avons soupçonné que la raison pour laquelle ils ont laissé ces gens viennent, c’est qu’ils n’en voulaient pas dans leur propre pays», a confié au Guardian un haut responsable turc de la sécurité. «Je crois qu’ils étaient tellement paresseux et désarmés, qu’ils ont continué de reporter l’examen de ce problème jusqu’à ce qu’il devienne chronique.

Ces conversations avec les responsables turcs ont eu lieu avant l’attaque terroriste du 22 mars à Bruxelles et qui a été revendiquée par Daesh. Mais depuis les attentats de Bruxelles et de Paris en novembre dernier, les policiers français et belges sont sur le qui-vive. Des vastes opérations antiterroristes se sont tenues dans les deux pays et ont duré toute la nuit de 24 au 25 mars.

Après les attentats de Bruxelles, le président turc Recep Tayyip Erdogan a assuré que les autorités belges avaient été averties de la dangerosité d'Ibrahim El-Bakraoui, l’un des deux frères qui sont impliqués dans les attentats. Ce dernier aurait apparemment été arrêté en Turquie, avant d’en être expulsé. De son côté, le parquet fédéral belge a démenti toute négligence.

Manque de partage de renseignements

Les responsables turcs ont souligné avoir sollicité leurs homologues européens en 2012 déjà afin d’obtenir une liste des personnes potentiellement radicalisées qu’ils auraient pu empêcher de rentrer sur le territoire turc. A l’époque cette demande aurait été justifiée par les autorités turques au motif que les révolutions arabes pourraient conduire à des vides de pouvoir qui permettrait à des groupes comme Al-Qaïda de fleurir en Syrie. Une proposition que la plupart des agences de renseignement européennes ont refusé.

En dépit des efforts déployés par le coordinateur de l’Union européenne, Gilles de Kerchove, la majorité de ses membres ont tergiversé et n’ont partagé qu’une liste de noms limitée parce qu’ils n’avaient pas de politique permettant de juguler le problème des combattants étrangers. «Ils étaient au courant mais ils n’ont pas pu les arrêter car ils n’avaient pas de base légale pour le faire», a précisé Gilles de Kerchove.

Les responsables du contre-terrorisme turc ont souligné qu’ils avaient besoin d’une liste de suspects de radicalisme, étant donné qu’ils ne disposaient pas de moyens de surveillance en Europe et dépendaient pour cela des agences de renseignement européennes pour leur signaler des terroristes potentiels.

Sans le soutien des services de renseignement européens, les responsables turcs ne pouvaient les poursuivre que pour franchissement illégal de frontière à destination de la Syrie et les renvoyer d’où ils venaient. Certains d’entre eux ont par la suite obtenu de nouveaux passeports et ont été autorisés à se rendre une nouvelle fois en Turquie.

On ne sait pas vraiment pourquoi les échanges de renseignements ont été si faibles entre l’UE et la Turquie mais les responsables turcs se l’expliquent, entre autres, par le fait que l’Europe a, de cette façon, essayé d’exporter son problème terroriste sur le champ de bataille syrien au lieu de répondre à la montée de l’islamophobie et aux problèmes d’intégration.

«L’Europe savait exactement ce qui se passait mais elle a commencé à se défiler et déclaré que la totalité du problème se trouvait sur frontière turco-syrienne», a déploré un responsable turc.

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