Un ex-pilote d’Emirates a confié à RT que les employés étaient contraints de faire des «heures sup»

© Jumana El-Heloueh Source: Reuters

La compagnie aérienne émiratie contraint ses pilotes à des charges de travail élevées en les dénigrant pour qu’ils acceptent des rotations de vols importantes, a expliqué à RT un ancien pilote d’Emirates après le FlyDubai Gate.

La gestion de la compagnie aérienne Emirates se montre insensible aux besoins de ses pilotes, a affirmé l’ancien pilote à RT sous couvert d’anonymat. Il a aussi souligné qu’aucun des «nombreux rapports de fatigue» qu’il a rempli n’a été pris au sérieux. De plus, on lui a dit que sa promotion était retardée parce qu’il «se déclarait malade et fatigué trop souvent».

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Le pilote a noté que les co-pilotes étaient «contraints à ne pas prendre de congé maladie sous peine de prendre le risque de perdre» l’occasion d’être promus commandant de bord.
«Nous tenons à ce que vous voliez sur toutes vos rotations», lui a dit un responsable de la compagnie aérienne, ajoutant ouvertement : «Si c’est trop difficile pour toi, démissionne.» Le pilote a confié avoir fait face aux dangers associés au pilotage d’un avion dans un état de surmenage.

L’ancien employé d’Emirates a qualifié les rotations de vol de «brutales» car on attend des pilotes qu’ils passent d’un service de jou à un service de nuit «sans avoir pu se reposer suffisamment entre deux», ajoutant qu’il perdait ainsi «plusieurs nuits de sommeil par mois» et qu’il était «constamment fatigué», sans avoir «d’énergie pour faire quoi que ce soit».

De plus, des heures de vol supplémentaires sont assignées aux pilotes de la compagnie à chaque fois qu’ils prennent congé ou qu’ils suivent un cours de formation. Le pilote a comparé cette situation à celle d’un employé de bureau à qui on demanderait «de venir travailler quelques nuits et week-ends parce qu’il va partir».

Il a également précisé qu’une fois, on lui avait assigné 80 heures de vols en un mois, avec de sept jours de congé, alors qu’une rotation de vols mensuelle normale sans congé comporte de 85 à 88 heures de travail. A une autre occasion, le pilote a effectué 71 heures de vols en seulement 16 jours.

Les suites du crash de FlyDubai

Le pilote a également affirmé que la compagnie manipulait les horaires de travail, ce qui correspond aux assertions faites par d’autres pilotes à RT un jour plus tôt. Selon lui, ne figure sur l’horaire du temps de travail des pilotes que le temps entre ce qu’on appelle les enregistrements, sans prendre en considération le temps que les pilotes passent à préparer un vol ou à accomplir des tâches une fois le vol terminé.

L’employé a aussi ajouté que les pilotes de la compagnie étaient souvent appelés au bureau lors de leurs jours de congé «pour avoir un entretien» s’ils s’annoncent malades trop souvent. Pour lui, la gestion de la compagnie «ne pense pas qu’il y ait de problème» et préfère ignorer la question des rotations de vols.

Il est allé jusqu’à comparer son ancien emploi chez Emirates à une «relation abusive», signalant que même s’il recevait de l’argent et disposait d’un certain statut, cela aurait pu «mal finir… par la mort ou une maladie» s’il avait continué à travailler dans de telles conditions.

Les pilotes ont commencé à partager leur histoire avec RT après que la fatigue de l’équipage ait été mentionnée comme l’un des possibles facteurs du crash du Boeing 737 de FlyDubaï, le 19 mars, sur l’aéroport de Rostov-sur-le-Don, dans le Sud de la Russie. Suite à cette tragédie, un ancien pilote de la compagnie avait dit à RT que c’était la compagnie qui avait forcé le pilote à voler alors qu’il était surmené.

L’équipe de RT a également obtenu les rotations de vols d’Alejandro Cruz Alava, le co-pilote du vol FZ981 de FlyDubaï, qui confirme les dires de cet ancien capitaine. En effet, le document indique que le co-pilote avait travaillé onze jours de suite, avec une seule journée de repos, la veille du crash.

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