Plusieurs pilotes confirment à RT les conditions harassantes de travail à FlyDubai

Source: Reuters

D’autres pilotes ont confirmé les révélations d’un ancien capitaine de FlyDubai, publiées par RT, qui ont pointé du doigt la fatigue comme possible cause du crash du vol FZ981, alors que les autorités aériennes s’abstiennent toujours de commentaires.

Suite au crash du Boeing 737 de FlyDubai à Rostov-sur-le-Don, l'ancienne capitaine de la compagnie a déclaré à RT sous couvert d’anonymat que la catastrophe était «inévitable». Il a notamment indiqué que les responsables de la compagnie aérienne étaient au courant que les pilotes se plaignaient souvent d’une trop grande fatigue mais qu’ils ne réagissaient pas.

L’équipe de RT a également obtenu le carnet de vol d’Alejandro Cruz Alava, le co-pilote du vol FZ981, qui confirme les dires de cet ancien capitaine. En effet, ce document indique que le co-pilote avait travaillé onze jours de suite, avec une seule journée de repos, la veille du crash.

La réaction des autorités aériennes

Après avoir recueilli ce témoignage, RT a envoyé plusieurs demandes aux autorités aériennes afin de recueillir leurs commentaires sur les conditions de travail des pilotes de FlyDubai.

Mais au final la compagnie aérienne s’est bornée à envoyer un communiqué de presse à caractère général qui confirme l’accident et exprime ses condoléances aux familles des victimes. N’ayant reçu aucune réponse concernant les accusations graves émises par l’ancien capitaine, RT a demandé des commentaires spécifiques aux responsables de FlyDubai.

Voilà la teneur de leur réponse : «Nous vous remercions de votre email mais nous n’avons rien à ajouter à notre déclaration que nous vous avons fournie et qui, à notre avis, couvre vos questions».

Quand RT a exprimé ses préoccupations concernant la politique de FlyDubai envers ses employés lors d’une conversation téléphonique avec l'Autorité de l'Aviation Civile des Émirats arabes unis, ils ont promis d’examiner la demande. Mais aucune réponse ne sera prête avant le 30 mars prochain.

RT a également contacté Anthony Philbin, le porte-parole de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Il a refusé de commenter l’enquête en cours, mais a proposé de s’adresser au Comité intergouvernemental d'aviation (IAC).

«Jusqu'à ce que l’IAC fournisse des informations officielles à l’OACI concernant les résultats [de son enquête], des recommandations spécifiques pour notre agence, il n’est pas opportun que nous donnions des commentaires sur les causes possibles ou les facteurs influant sur cet événement», a-t-il écrit.

A son tour, l’Association indépendante des pilotes a répondu qu’elle s’abstenait de tout commentaire. Parmi les autres organisations contactées par RT : le Groupe d'action du transport aérien, le Conseil national de la sécurité des transports des Etats-Unis et l'Association du transport aérien international (IATA). A l’heure actuelle, sans réponse.

Le 23 mars l'agence RIA a informé que, suite au reportage de RT, l'IAC va examiner les conditions de travail et de repos des pilotes de la compagnie FlyDubai.

Les témoignages d'autres pilotes

A l’inverse, plusieurs pilotes travaillant pour des compagnies aériennes régionales ont soutenu avec enthousiasme ces révélations, se reconnaissant dans les paroles du lanceur d’alerte. Nous publions leurs réponses anonymement, en raison des craintes pour leur carrière et leur sécurité.

Un ancien capitaine d’Emirates a raconté à RT que le problème des équipages surmenés pourrait être expliqué par un manque de contrôle. «Le point le plus inquiétant concernant ces compagnies aériennes basées à Dubaï, c’est qu’elles ne sont pas convenablement contrôlées par les autorités aériennes. L’autorité aérienne des Emirats arabes unis, c’est la GCAA [Autorité de l'Aviation Civile], qui ne peut pas, à cause du gouvernement de Dubaï, assurer une surveillance indépendante. En conséquence, les pilotes ne peuvent pas contacter les autorités pour rapporter leurs problèmes, les questions de sécurité. Les autorités cachent tout ce qui se passe avec ces compagnies.»

Selon le pilote, ce type de problème ne pourrait jamais se produire en Europe ou aux Etats-Unis, où existent des organismes de surveillance indépendants. Ainsi, la fatigue des équipages des compagnies aériennes de Dubaï est expliquée par le fait que là-bas, sept pilotes ont la même charge de travail que dix ou onze capitaines européens. «Evidemment, ils doivent travailler bien plus et ont moins de temps pour dormir et récupérer», a-t-il précisé.

En s’exprimant sur la situation particulière de l’équipage du vol FZ981, il a remarqué que face aux mauvaises conditions météorologiques, l’état de fraicheur physique du pilote était un facteur d’autant plus important. Pis encore, d’après lui, on dissuade les équipages de poser des congés maladie.

«Bien sûr, si tu es constamment fatigué, tu tombes malade plus facilement. A Dubaï, les personnels navigants sont punis s’ils se font porter pâle», a-t-il indiqué, en ajoutant que les pilotes risquaient alors de se voir adresser un avertissement ou bien perdre une partie de leur salaire.

Ainsi, en juin 2015 l’un de ses collègues est décédé d'une crise cardiaque à New York alors qu’il «était tellement épuisé, qu’il voulait partir à la retraite cette année-là».

Entretemps, un autre ancien pilote de FlyDubai a confirmé les déclarations de son collègue, en estimant qu’elles sont «totalement exactes». Il a salué l’enquête de RT, en espérant qu’il aura de l’influence sur la compagnie. «Bon travail ! Peut-être cela apportera les changements indispensables à une meilleure gestion des vols par FlyDubai. Continuez à creuser, il y en a plus que vous ne le pensez», a-t-il écrit.

Le carnet du vol du copilote du vol FZ981, Alejandro Cruz Alava.
Le carnet du vol du copilote du vol FZ981, Alejandro Cruz Alava.

Après la publication de ces témoignages, le lanceur d’alerte a exprimé sa gratitude envers les journalistes de RT : «Je peux vous dire qu’aujourd’hui la communauté aérienne du monde entier est à 100% pleine de respect pour Russia Today [RT] et je serai toujours reconnaissant pour cela, tout comme les familles des victimes.»

Le crash du Boeing 737 de FlyDubai en provenance de la capitale émiratie s’est écrasé le 19 mars dans la ville du sud de la Russie, Rostov-sur-le-Don, juste avant son atterrissage. Les mauvaises conditions météorologiques constituent l’élément le plus fréquemment cité par les experts pour expliquer cette catastrophe. 

Lire aussi : L’histoire de trois passagers qui ont trompé la mort en ratant le vol de FlyDubaï

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