Amnesty International dénonce les infractions aux droits de l’Homme de Paris, Moscou, et l’UE

© Capture d'écran, compte Twitter @AmnestyOnline

L’ONG de protection des droits de l'Homme a dénoncé mercredi, dans un rapport, les attaques contre les libertés fondamentales dans le monde en 2015, épinglant notamment la réaction «honteuse» des pays européens face à la crise des migrants.

«L'UE, qui compte plus de 500 millions d'habitants et qui constitue l'ensemble politique le plus riche de la planète, s'est singulièrement montrée incapable d'apporter une réponse cohérente, humaine et respectueuse des droits humains», a souligné le secrétaire général d’Amnesty Salil Shetty dans son rapport annuel faisant référence à l’attitude de l’Europe face à la crise des migrants.

Pour l’organisation, seule l'Allemagne a fait preuve d'une volonté politique à la mesure de l'importance du problème. «La plupart des dirigeants européens ont préféré prêter l'oreille aux discours tonitruants hostiles aux immigrés, motivés par la peur de l'insécurité et d'une perte de souveraineté nationale. Résultat : les seules mesures sur lesquelles ils ont pu s'entendre sont celles qui visaient à renforcer la "forteresse Europe"», est-il écrit dans le rapport.

L’état d’urgence sous les projecteurs

Amnesty a également critiqué la réponse politique aux attentats meurtriers qui ont secoué la capitale française en janvier et en novembre 2015, soulignant que ces attaques avaient «donné une nouvelle impulsion en France en particulier, mais également ailleurs en Europe, à toute une série de mesures représentant une menace pour les droits humains».

La représentante de l’organisation a rappelé que dans le cadre de l'état d'urgence décrété suite aux attentats de novembre par Paris, les autorités françaises ont, en l'espace de quelques semaines, réalisé 2 700 perquisitions sans autorisation judiciaire, qui ont débouché sur l'ouverture de seulement deux informations judiciaires en lien avec des actes terroristes.

«Tout au long de l'année, elles ont initié des poursuites contre des personnes accusées "d'apologie du terrorisme", une infraction définie en termes vagues. Dans un certain nombre de cas, ces poursuites constituaient manifestement une atteinte aux droits à la liberté d'expression», ajoute l'ONG.

La Russie au cœur des critiques

Evoquant la crise syrienne, l’organisation a dénoncé la lutte antiterroriste de la Russie, qui selon elle, cible la population civile en qualifiant l’utilisation de sa législation sur la sécurité nationale de «répressive».

«Ce pays […] a mené des initiatives concertées pour réduire au silence la société civile, a refusé effrontément de reconnaître les homicides de civils en Syrie et a implacablement cherché à bloquer toute action du Conseil de sécurité sur ce pays», a indiqué Amnesty International.

Différents hommes politiques occidentaux, fidèlement reliés par les médias, ont accusé à plusieurs reprises la Russie d’avoir bombardé l’opposition modérée, ainsi que des civils dès le lancement de son opération militaire en Syrie le 30 septembre. Cependant, ces allégations n’étant pas étayées de preuves, elles ont été à chaque fois rejetées par le Kremlin qui les a jugées «infondées».

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Etouffement de la société civile

L’ONG a également attiré l’attention sur les attaques et la mise au silence des activistes, des avocats ou des autres personnes engagées pour la défense des droits humains, en piétinant le droit au respect de la vie privée et à la liberté d’expression.

«Au lieu de reconnaître le rôle essentiel que ces personnes jouent dans la société, de nombreux gouvernements ont entrepris délibérément d’étouffer toute voix critique dans leur pays. Ils ont enfreint leur propre législation dans leurs opérations de répression contre la société civile», a déclaré le secrétaire général.

Ainsi, l’ONG a cité le cas du Burundi, où la crise politique règne depuis l’année dernière et où plusieurs manifestations ont été organisées pour dénoncer l'attitude anticonstitutionnelle du Président. «Les forces de sécurité ont recouru de façon systématique à la force meurtrière et à d’autres tactiques violentes, et les autorités s’en sont prises aux milieux de défense des droits humains», a conclu Amnesty.

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