Une cour turque rejette la plainte d’Erdogan contre un chef d’opposition l’ayant traité de «voleur»

Recep Tayyip Erdogan Source: Reuters
Recep Tayyip Erdogan

Un tribunal local turc a rejeté la plainte de Recep Tayyip Erdogan contre le chef d’un parti de l’opposition Kemal Kilicdaroglu. Le dirigeant turc avait intenté deux poursuites cette semaine contre ce dernier pour des «attaques à ses droits».

Les avocats du président réclamaient 200 000 lires turques (61 500 euros) de dommages et intérêts. Cependant, le 7ème tribunal civil d’Ankara a décidé d’abandonner l’affaire.

«Les hommes politiques ne doivent pas en venir à ça. Ils donnent le mauvais exemple aux enfants», a déclaré la juge Leyla Kundakçı en annonçant son verdict, selon le quotidien Hurriyet. «Mais les ordonnances de la Cour européennes des droits de l’homme sont assez claires».

Il y a deux ans, le leader du Parti républicain du peuple (CHP) Kemal Kilicdaroglu a fustigé Erdogan, qui était Premier ministre à l’époque, en le qualifiant de «voleur».

«Le Premier voleur, un voleur qui ne peut pas être le Premier ministre», a lancé Kilicdaroglu en février 2014.

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«Cette attaque, qui visait directement ses droits, est agressive et injuste. ‘Voleur’ est une accusation pénale qui ne peut pas être tolérée dans le cadre de liberté d’expression et des droits sur les opinions de l'opposition politique», ont estimé les avocats du président turc, cités par Hurriyet.

La défense du chef de l’opposition a assuré que Kilicdaroglu ne faisait qu’exprimer son opinion personnelle. Le leader du CHP se référait au scandale de corruption de 2013, lorsque 53 personnalités politiques et hommes d’affaires ont été accusés d’escroquerie et de blanchiment de fonds. Tous ces suspects auraient des liens présumés au premier cercle des proches d’Erdogan. Le président turc a démenti toutes les accusations contre sa personne en estimant que le scandale est lié aux élections à venir.

La deuxième plainte déposée par l’équipe juridique du dirigeant réclamait encore 100 000 lires (31 000 euros) de Kemal Kilicdaroglu qui a qualifié cette fois le président turc de «dictateur». Cette déclaration a été émise par le leader du CHO un jour après que le président a ordonné une enquête contre les scientifiques qui ont signé une pétition critiquant l’action militaire du gouvernement contre les Kurdes dans le sud-est du pays. 27 des signataires ont été brièvement arrêtés.

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«Les professeurs qui expriment leur opinion ont été arrêtés un par un suite aux ordres du soi-disant dictateur… Vous pouvez ne pas être d’accord avec le contenu de la pétition. Nous ne sommes pas complètement d’accord avec ça non plus, nous avons aussi des différends. Mais pourquoi s’attaquer à la liberté de parole ?», s’est alors demandé Kilicdaroglu.

«Insulte au président» est considéré comme un crime en Turquie et est passable de quatre ans de prison.

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Le CHP, le plus grand parti turc d’opposition, qui occupe 134 sièges des 550 dans le Parlement, est dirigé par Kemal Kilicdaroglu depuis mai 2010.

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