Présidentielle 2022 : les candidats de droite face aux syndicalistes d'Alliance Police nationale

Présidentielle 2022 : les candidats de droite face aux syndicalistes d'Alliance Police nationale© RT France
Marine Le Pen sur scène à Paris le 2 février 2022 pour répondre aux questions des syndicalistes d'Alliance police nationale.
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Les policiers du syndicat Alliance Police Nationale ont invité les candidats à la présidence de la République à présenter leurs propositions sécuritaires. Quatre candidats de droite ont fait le déplacement pour des prestations inégales.

Le 2 février, le syndicat de police Alliance, associé à l'Unsa Police, le syndicat de commissaires SICP et celui des officiers Synergie, avait invité les principaux candidats à l'élection présidentielle (à l'exception de Jean-Luc Mélenchon) à venir présenter leurs différents programmes en matière de sécurité intérieure et particulièrement de police.

Seuls les partis de droite ont répondu à l'appel.

Après une projection du film Bac Nord dans un cinéma parisien pour les adhérents syndicaux présents, les aspirants à la magistrature suprême se sont succédé à la barre : un pupitre sur la scène sur lequel il était affiché «les candidats face à la réalité des flics».

Il convient de rappeler à ce titre que les «flics» en question dans la salle étaient principalement des adhérents et des syndicalistes de premier ordre de la maison mère CFE-CGC (bannière sous laquelle on retrouve notamment Alliance et ses déclinaisons).

L'héritage embarrassant de Valérie Pécresse

Valérie Pécresse a ouvert le bal pour la candidature Les Républicains. «Moi, présidente de la République, je serai toujours à vos côtés», promet aux policiers la championne de la primaire de la droite avant d'ajouter : «Je ne dirai jamais qu’il y a des violences policières. On ne peut pas jeter l’opprobre sur tout votre métier, un président de la République ne devrait jamais dire ça.» La référence est transparente : la candidate de droite fait ici allusion aux propos d'Emmanuel Macron au sujet de l'affaire Zecler à l'hiver 2020.

Dans un même exercice, elle a également dénoncé un «jeu de ping-pong» entre les déclarations d'intention jugées «viriles» de Gérald Darmanin et «un ministre de la Justice qui dit l'inverse» : «On a un ministre de l'Intérieur qui nous parle d'ensauvagement de la société et un ministre de la Justice qui nous parle de sentiment d'insécurité.»

«Avec moi, le "en même temps", c'est terminé», s'engage-t-elle avec une allusion au président de la République.

Essayant (succinctement) d'assumer l'héritage très contesté de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité intérieure, Valérie Pécresse a également voulu assurer que l'ancien président aurait fait mieux que les gouvernements suivants, avec moins de policiers. 

La candidate LR a aussi annoncé qu'elle désirait un plan Orsec pour la Justice et une loi de programmation pour Beauvau sensiblement différente de celle que propose le gouvernement actuel.

«Electrochoc d'autorité», «impunité zéro»... Le verbatim de séduction pour la police était sur la table et la candidate s'en est servi. Cependant, avec un ancien membre de sa propre famille politique actuellement en place à Beauvau, piloté par un autre ancien LR, Jean Castex à Matignon, on a senti la présidente de la Région Ile-de-France à la peine pour se distinguer.

Comme le résumait au téléphone l'élu La France Insoumise Ugo Bernalicis le 13 janvier : «Le gouvernement a coupé l'herbe sous le pied aux Républicains en lançant en fin de mandat tout ce qu'ils voulaient proposer.»

Valérie Pécresse a tout de même ajouté une petite touche d'humour tendre à l'adresse des syndicalistes de police : «Tous les candidats vont vous dire qu'ils vous adorent. Moi, j'ai donné des preuves d'amour.» Elle évoquait à ce moment les avancées qu'elle avait pu obtenir au niveau de l'Ile-de-France pour fournir des masques sanitaires aux policiers pendant le premier confinement, la gratuité dans les transports pour les policiers franciliens et des rénovations de commissariats.

Gérald Darmanin à l'aise

Gérald Darmanin a pris le relais. Le ministre jouait à la maison, mais le secrétaire général d'Alliance Fabien Vanhemelryck a rappelé qu'il était venu pour défendre la candidature du champion «putatif» de La République en marche et pas en tant que maître de la place Beauvau.

Le jeune ministre a entamé sa prestation en rappelant une anecdote de 1983, son année de naissance, pour illustrer l'ancienneté des problèmes de la police nationale.

Véhicules, équipements, effectifs, immobilier, lois sécuritaires... Très apprécié par les grandes familles syndicales, le successeur de Christophe Castaner (et du furtif Gérard Collomb) pouvait facilement se targuer d'avoir un meilleur bilan que ceux qui l'ont précédé dans le fauteuil de Georges Clemenceau, mais il a mis un certain soin à leur rendre hommage et s'est évertué à démontrer que les avancées obtenues pour les policiers émanaient en réalité de la main «discrète» (voire invisible) d'Emmanuel Macron qui saurait aimer les fonctionnaires de police «sans tambours ni trompettes». Sourires crispés du côté des «flics» dans la salle à qui il ne faudrait pas trop en conter non plus.

Très à l'aise, le ministre de l'Intérieur a fait du Darmanin en démontrant une parfaite maîtrise du lexique technocratique, administratif, policier et se permettant quelques gourmands écarts de vocabulaire : «La merde qu'on vend dans les quartiers», «un gamin qui fait le shouf»...

Le jeu de jambes léger, le petit Prince du gouvernement a aussi glissé un peu de son humour pince-sans-rire : «On a quitté Pinot simple flic pour entrer dans la modernité.» En un mot comme en cent, l'homme sait à qui il s'adresse et n'a pas manqué de charmer son auditoire sans en avoir l'air, ce qui lui a permis de déclamer (ce n'était pas la première fois) : «Ne laissons pas dire qu'il y a des quartiers où aucun policier ne rentre.» Le même discours tenu par quiconque autre que lui devrait en théorie faire sortir les policiers de leurs gonds.

Gérald Darmanin a même eu quelques mots pour les personnels administratifs, techniques et scientifiques qui étaient pourtant peu représentés dans la salle. Ces derniers plaident depuis longtemps pour obtenir un statut équivalent à leurs collègues dits «d'active» et le ministre travaille sur le sujet avec un sérieux qui contraste très singulièrement avec le silence que leur avaient opposé Christophe Castaner et Laurent Nunez.

Le ministre n'a pas rechigné à porter quelques petites attaques aux «propositions délirantes» des «polémistes» (sifflement d'oreille chez Eric Zemmour) et s'est opposé à toute idée d'un «Guantanamo français» ou d'un emploi de l'armée dans les quartiers sensibles (sifflement d'oreille chez Valérie Pécresse).

Une contreperformance pour Eric Zemmour ?

Tout le monde l'attendait : Eric Zemmour est arrivé avec ses quelques conseillers, dont Jean Messiha. Les policiers ne le connaissent pas encore très bien malgré sa notoriété médiatique.

Le candidat du parti Reconquête a tendu la main vers les policiers dès l'ouverture de son discours bien entendu et a voulu dire combien fréquemment il sentait une proximité «intellectuelle et idéologique» avec ceux qu'il rencontrait au quotidien dans ses déplacements de campagne.

Or en matière «idéologique» justement et plus particulièrement programmatique, l'équipe d'Eric Zemmour a fait un choix qu'il était difficile de porter face à des syndicalistes de police chevronnés : celui de la justice plutôt que celui de la police. Les propositions de son parti sont principalement axées vers un durcissement de la politique pénale, un renforcement implacable des expulsions, une «immigration zéro». 

En parlant aux policiers et a fortiori à Alliance, Eric Zemmour semblait s'adresser en réalité aux Français, profitant de chaque tribune à sa disposition pour cela.

«Nous ne sommes plus au temps d'une simple délinquance, cela existe toujours évidemment, mais il y a aussi un vrai conflit de civilisation et vous êtes au cœur de ce conflit de civilisation, en première ligne», a ainsi tonné le candidat iconoclaste avant de jurer : «La mère de toutes les batailles, c’est l’immigration.»

Et de trancher : «Le sujet n’est pas de mettre plus de policiers dans la rue, mais de mettre moins de délinquants dans la rue.»

Eric Zemmour a déploré les promesses non-tenues par divers gouvernements sur les places de prison supplémentaires et a jugé, selon le même principe de franchise, qu'il suffisait d'expulser les 25% de délinquants étrangers actuellement détenus dans les prisons françaises pour créer de la place. 

Eric Zemmour est probablement le candidat présent (ceux de gauche n'étant pas venus) qui s'est le moins prêté au jeu d'Alliance. Il a parlé aux Français, mais pas aux fonctionnaires de police face à lui, qui attendaient pour leur part des réponses sur les retraites, la considération sociale et la protection au quotidien.

Le candidat souhaite que «la peur change de camp», tout comme Valérie Pécresse a annoncé qu'elle voulait que la population générale «craigne» les policiers... Dans les deux cas, ils ont pour cela besoin des forces de sécurité intérieure, mais le discours martial n'est pas forcément le graal lorsqu'on s'adresse aux «flics» qui en ont vu d'autres.

A l'issue de la rencontre, les quelques policiers abordés par RT France étaient unanimes : ils attendaient mieux du champion des plateaux télévisuels, nouveau héraut de la droite anti-immigration. La déception était palpable après sa prestation.

Une connaissance approfondie du dossier pour Marine Le Pen

La candidate du Rassemblement national n'avait pas encore pris la parole au pupitre d'Alliance qu'elle avait déjà perdu un nouveau membre dans son parti qui venait de déclarer sur le plateau de BFMTV qu'il rejoignait l'aventure d'Eric Zemmour (un syndicaliste policier de surcroît).

Marine Le Pen n'en paraissait rien : perchée avec assurance et tranquillité sur la scène, elle a d'abord souri aux policiers dans la fosse du cinéma et à la presse au balcon... Avant d'enchaîner un discours mené à la mitraillette.

Aucun doute : le travail très important effectué en amont par le Front national, puis le Rassemblement national depuis des années au sujet de la sécurité intérieure (avec plusieurs livres blancs notamment) s'avère extrêmement payant dans ces moments précis.

Marine Le Pen connaît très bien la police et les policiers. Elle est la seule à évoquer le syndrome du choc post-traumatique, elle parle du suicide policier avec emphase, elle promet des mesures sociales aux syndicalistes qui se trouvent en face d'elle, notamment au sujet du logement.

La candidate du RN a prouvé sans effort qu'elle n'ignorait rien des affres de la vie de policier du quotidien et s'est placée avec une grande aisance au même niveau que Gérald Darmanin pourtant très apprécié des forces.

Tout comme Eric Zemmour, Marine Le Pen a annoncé son intention de remettre de la confiance dans la fonction de policier avec une philosophie de la présomption d'innocence, mais elle s'est donc grandement différenciée sur le volet socioprofessionnel.

Elle s'est également affranchie d'un tabou pourtant assez lourd en police en annonçant qu'elle voulait rompre non seulement avec «la culture du chiffre», mais surtout avec la «falsification des chiffres artificiellement gonflés pour servir une politique politicienne». Un message qui peut facilement porter dans un public de gardiens de la paix, voire chez les gradés.

Les différents candidats de droite ont fait des propositions de droite à un public syndicaliste policier pas particulièrement de gauche, mais pas d'«extrême-droite» non plus, contrairement à ce qu'il est parfois dit d'Alliance par des détracteurs qui feignent peut-être de mal connaître certaines spécificités du syndicat.

Si Valérie Pécresse n'a pas démérité, Gérald Darmanin s'en est très bien sorti, mais Marine Le Pen a sans ambiguïté démontré sa grande connaissance du monde policier, tandis qu'Eric Zemmour a joué sa propre partition et n'a peut-être pas convaincu les policiers. Le candidat du parti Reconquête n'était toutefois peut-être pas venu pour ça non plus.

Antoine Boitel

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