«Etudiants, pas influenceurs» : des jeunes recalent la stratégie de communication du gouvernement

«Etudiants, pas influenceurs» : des jeunes recalent la stratégie de communication du gouvernement© Sarah MEYSSONNIER Source: Reuters
Une étudiante assiste à un cours à distance dans une résidence universitaire, à Paris, le 18 février 2021 (image d'illustration)

Sur Twitter, le mot-dièse #etudiantspasinfluenceurs est en tête des tendances. Une réaction à la stratégie de communication du gouvernement, qui s'adresse aux jeunes précaires en faisant appel à des influenceurs.

Le 24 février, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a lancé sur les plateformes YouTube et Twitch une émission mensuelle intitulée #SansFiltre. Le thème de cette première émission était la précarité des jeunes touchés par la pandémie de Covid-19. Invités à débattre avec Gabriel Attal, les influenceurs et youtubeurs EnjoyPhoenix, Fabian, Elise&Julia et Malek Délégué étaient présents sur le plateau. Une stratégie destinée à cibler une jeunesse parfois éloignée des médias traditionnels, mais qui s'est attiré de nombreuses critiques sur Twitter, regroupées derrière le hashtag #etudiantspasinfluenceurs.

Durant l'heure et demie qu'a duré cette émission diffusée en direct, les célébrités des réseaux sociaux n'ont pas hésité à dire au porte-parole de 31 ans que «les jeunes crèvent la dalle», ou que les «étudiants sont en galère» et en «dépression», et redoutent des «diplômes en carton», comme le rappelle BFM TV.

Une critique du format de l'émission a également été formulée par EnjoyPhoenix (de son vrai nom Marie Lopez), âgée de 25 ans et suivie par 5 millions d'abonnés sur Instagram : «Je trouverais ça super que la prochaine fois il y ait un journaliste qui soit là pour rétorquer, parce que ce n'est pas mon métier. Je viens juste poser les questions que ma communauté aimerait mettre en avant».

«Ils ne nous représentent en aucun cas»

Mais les critiques visant l'émission sont surtout venues des réseaux sociaux, portant plus sur la nature des invités que sur le débat en lui-même. Le mot-dièse #etudiantspasinfluenceurs s'est ainsi imposé en tête des tendances sur le réseau social. Un hashtag relayé entre autres par l'oratrice nationale de la France insoumise Julie Garnier, et par l'économiste Thomas Porcher, comme le rappelle le journaliste de BFM TV Raphaël Grably

Julie Granier a publié sur son compte Twitter la photo deux jeunes, accompagnée du hashtag «ceux qu'on voit jamais à la télé» et de ce commentaire : «Je vous présente deux étudiants pas influenceurs de Paris et Evry. Le jour ils sont derrière leur cours Zoom. Le soir dans leur chambre de 9m². Et le week-end, ils font des collectes pour qu'eux et tous leurs camarades puissent remplir un peu le frigo».

Thomas Porcher a quant à lui salué les étudiants qui ont lancé ce hashtag, estimant que «pour qu'un porte-parole du gouvernement puisse penser qu'inviter trois influenceurs sur Twitch suffise à endormir la jeunesse, c'est vraiment qu'il vous prend pour des idiots».

La députée EELV au Parlement européen Karima Delli a elle aussi félicité les étudiants à l'origine de #etudiantspasinfluenceurs, en considérant qu'il est «ridicule» d’inviter des personnes «qui ne sont pas concernées pour parler de la détresse étudiante».

Le hashtag a été employé dans des publications relayées ou aimées par des milliers d'utilisateurs de Twitter, telles que celle-ci, qui s'indigne de la «honte absolue» que constitue le fait d'inviter des personnes «qui ne sont pas concernées pour parler de la détresse étudiante».

D'autres mettaient en cause le niveau de vie des invités, tel Val, qui a affirmé que «les influenceurs gagnent déjà bien la leur grâce aux réseaux et sponsors». «Ils ne nous représentent en aucun cas. Si vous voulez donner la parole à des étudiants, petit conseil : invitez des étudiants», lance-t-il à l'adresse du gouvernement. 

Un avis partagé sur Twitter par cette étudiante, qui affirme avoir «des témoignages poignants d’étudiants à vous faire pleurer». «C’est pas celle qui fait des vlog à Dubaï pendant nos cours de Zoom qui nous représente, on marche sur la tête là !», s'est-elle indignée.

Certains utilisateurs du hashtag mettaient également en avant le fait que les invités de Gabriel Attal étaient «déscolarisés».

Une vidéo suggestive publiée sur TikTok et réalisée en marge de l'émission par certains des influenceurs présents a également été critiquée. 

Certains n'ont pas hésité à parler de «propagande politique pour 2022» de la part du gouvernement. 

Le syndicat étudiant de Montpellier Solidaire a quant à lui estimé que le choix du gouvernement de communiquer au travers d'influenceurs «n'est pas anodin» : se servir d'EnjoyPhoenix ou de McFly et Carlito serait un moyen «de dépolitiser nos revendications tout en touchant leur public, souvent très jeune».

Quelques jours auparavant, Emmanuel Macron avait en effet promis de participer à «un concours d'anecdotes» si le clip des deux youtubeurs McFly et Carlito rappelant les gestes barrières franchissait la barre des 10 millions de vues. Un objectif atteint en trois jours.

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