Corruption et trafic : huit ans ferme pour le policier de la BAC surnommé Bylka à la Goutte d'Or

- Avec AFP

Corruption et trafic : huit ans ferme pour le policier de la BAC surnommé Bylka à la Goutte d'Or© Philippe Wojazer Source: Reuters
Contrôle de police effectué par une BAC de nuit en 1998 à Paris (image d'illustration).
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Un policier parisien exerçant en BAC, cinq de ses collègues et deux indicateurs ont été condamnés à diverses peines de prison et d'interdictions d'exercer la fonction de policier dans une tentaculaire affaire de corruption et de trafic.

Des «agissements de délinquant chevronné» qui ont «sali» la police : le tribunal a condamné le 22 février un fonctionnaire d'une brigade anti-criminalité (BAC) de Paris à huit ans d'emprisonnement pour corruption passive et trafic de stupéfiants notamment, et cinq de ses collègues se sont vu infliger des peines de prison.

Dix jours après la fin du procès, le tribunal a rendu son jugement dans cette affaire à tiroirs dont le principal prévenu, Karim M. dit «Bylka» (kabyle en verlan), a comparu au côté de cinq policiers de son équipe et deux informateurs officieux.

Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet en reconnaissant coupable le brigadier de 47 ans des sept infractions qui lui étaient reprochées, assortissant sa peine d'une interdiction définitive d'exercer le métier de policier.

«Vous avez trompé l'autorité judiciaire et trahi la confiance de l'institution policière, salie par ces agissements de délinquant chevronné», a déclaré la présidente de la 16e chambre correctionnelle, Isabelle Prévost-Desprez, à l'adresse du prévenu, qui est resté impassible dans son box vitré, selon l'AFP.

Chef informel d'une équipe de la BAC du XVIIIe arrondissement, le baqueux surnommé Bylka a été condamné pour avoir fait souscrire une «assurance» à des dealers du quartier de la Goutte d'Or (réputé pour son insécurité), accordant sa protection à certains en les laissant travailler, moyennant contrepartie.

Il a aussi été reconnu coupable d'avoir, en concertation avec l'un de ses indicateurs, interpellé opportunément en avril 2017 deux hommes avec de la cocaïne qui ne leur appartenait pas, empochant 80 000 euros au passage. Soit le règne de «l'arbitraire», a résumé le tribunal. 

Karim M. a «mis à disposition de délinquants les pouvoirs accordés par la République aux policiers en leur garantissant l'impunité, en favorisant leurs trafics, en procédant à des interpellations pour le compte et dans l'intérêt de délinquants et en commettant des faux en écritures publiques», selon le tribunal.

Karim M. conteste les faits de corruption et de trafic

La présidente d'audience poursuit à l'adresse de Karim M. : «Vous vous êtes considérablement enrichi en commettant l'infraction de blanchiment». Le magistrat décrit le policier devenu «banquier», «porteur de valises» ou encore «organisateur d'opérations de compensation».

Lors du procès, Karim M. a inlassablement contesté toute accusation de corruption et trafic, invoquant des méthodes policières visant à obtenir des informations, dont sa hiérarchie avait connaissance. L'ex-baqueux avait cependant reconnu le blanchiment, affirmant ignorer à l'époque être en infraction et avoir seulement rendu des «services» à des amis sans lien avec son métier.

Des explications «absolument pas crédibles», a toutefois balayé le tribunal, qui s'est notamment appuyé sur des sonorisations dans les véhicules de la BAC et des investigations financières.

«Il est bien évident que nous allons interjeter appel dès cet après-midi de cette décision, que l'on conteste totalement», a réagi Patrick Maisonneuve, l'avocat du fonctionnaire, dénonçant un «jugement qui repose sur des affirmations» sans «démonstration». 

Considéré comme l'ami et adjoint de Karim M. Bylka, Aaron B., 39 ans, a été condamné à quatre ans de prison dont deux avec sursis pour faux en écriture et vol par personne dépositaire de l'autorité publique avec, là aussi, une interdiction définitive d'exercer. «Vous n'êtes pas digne d'exercer la fonction de policier», a assené la présidente en prononçant cette peine, qui est plus lourde que les 18 mois ferme demandés par le parquet.

Un jugement qualifié de disproportionné et «très injuste» pour des «petits gardiens de la paix» qui ont travaillé sous une «hiérarchie de plomb», a réagi l'avocat Adrien Sorrentino, précisant qu'il allait faire appel.

A l'encontre de Mehmet C., Julian T., Jean-Baptiste B. et Alexandre C., le tribunal a prononcé des peines allant de 12 mois avec sursis à deux ans dont un ferme, assorties selon les cas d'interdictions d'exercer de plusieurs années ou définitive.

Agés de 29 à 33 ans, ils ont été condamnés pour une interpellation effectuée en avril 2019 : certains pour avoir frappé un suspect dans la voiture de la BAC, d'autres pour avoir «habillé» la procédure en faisant croire que l'homme avait du crack et un couteau sur lui (en réalité confisqués à un autre la veille).

Les deux derniers prévenus, des indics de Bylka, ont été condamnés pour l'un à cinq ans de prison et 30 000 euros d'amende, pour l'autre à un an ferme. Le premier, Ahmad M. surnommé «l'Hindou», 57 ans, a été reconnu coupable de corruption active et trafic de stupéfiants. Le deuxième, Abdoulaye B., 53 ans, de cette seconde infraction seulement.

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