La rivalité entre Ursula von der Leyen et Kaja Kallas s’intensifie sur fond de divisions au sein de l’Union européenne
© RIA NOVOSTI Source: SputnikLe débat sur une interdiction du commerce avec les colonies israéliennes fait apparaître au grand jour les tensions entre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. Au-delà de ce dossier, les deux responsables s’opposent sur le contrôle de la politique étrangère de l’UE.
Les ministres européens des Affaires étrangères doivent examiner plusieurs options visant à limiter le commerce avec les colonies israéliennes situées dans les territoires palestiniens occupés. Ce dossier a fait éclater au grand jour le conflit qui oppose Ursula von der Leyen à Kaja Kallas au sommet de l’Union européenne, selon un article d'Euractiv, publié le 13 juillet.
Le désaccord porte sur les mesures commerciales à adopter, mais il révèle également une lutte plus large pour le contrôle de la diplomatie européenne. Plusieurs États, dont la France, l’Espagne, la Belgique, la Suède, l’Irlande et les Pays-Bas, défendent une interdiction à l’échelle de l’Union. Ces pays affirment qu’une telle mesure permettrait de mettre le bloc en conformité avec le droit international.
Au total, onze ministres des Affaires étrangères font pression sur Kaja Kallas pour qu’elle pousse la Commission vers des restrictions plus larges. La chef de la diplomatie européenne presse donc l’exécutif européen d’avancer sur les mesures envisagées. Elle lui avait déjà reproché d’entraver l’examen juridique demandé en avril.
Trois options, mais aucune proposition formelle
La Commission a finalement transmis aux États membres une analyse présentant trois pistes : durcir le système de licences, imposer des droits de douane très élevés ou interdire totalement le commerce avec les colonies. Elle s’est toutefois abstenue de formuler une proposition officielle.
Cette absence de proposition suscite des critiques parmi les pays favorables à une interdiction. Selon un haut diplomate européen cité sous couvert d’anonymat, la Commission aurait coopéré sans réel enthousiasme.
L’exécutif européen privilégierait des restrictions ciblées plutôt qu’une interdiction générale. La Commission bénéficierait, sur ce point, du soutien de l’Allemagne et d’autres États opposés à des sanctions plus larges.
Ces divergences ne concernent pas seulement les institutions européennes. Elles traversent également les États membres. Le Premier ministre belge Bart De Wever avait ainsi estimé que les divisions internes empêcheraient l’Union européenne d’adopter des sanctions contre Israël.
Bruxelles peine donc à dégager une position commune sur ce dossier international sensible. Les désaccords entre capitales s’ajoutent désormais au conflit qui oppose la Commission au service diplomatique européen.
Une bataille pour le contrôle de la diplomatie européenne
La question des colonies ne constitue que la partie visible du conflit. Depuis plusieurs mois, von der Leyen et Kallas s’opposent sur la répartition des pouvoirs en matière de politique étrangère.
La Commission entend conserver un rôle central dans les grandes décisions internationales. De son côté, le Service européen pour l’action extérieure, dirigé par Kallas, cherche à défendre son influence et ses prérogatives. Le dossier israélien agit ainsi comme le révélateur d’une rivalité institutionnelle déjà bien installée.
Dans ce rapport de force, la position de Kallas apparaît toutefois plus fragile. Une réforme du service diplomatique européen, susceptible de réduire ses pouvoirs, serait notamment à l’étude. Ursula von der Leyen interviendrait par ailleurs de plus en plus directement sur les questions internationales.
Paris, Berlin et d’autres capitales envisageraient également une révision du rôle de la chef de la diplomatie européenne. Certains responsables de la Commission souhaiteraient même restructurer, voire démanteler le service dirigé par Kallas.
Ce nouvel affrontement expose les fractures internes de l’Union européenne. Entre désaccords politiques, rivalités institutionnelles et divisions entre États membres, Bruxelles peine à transformer ses déclarations en décisions concrètes.