Le maire de Trappes au cœur d’une polémique après avoir distribué une lettre dans un lycée

Le maire de Trappes au cœur d’une polémique après avoir distribué une lettre dans un lycée Source: Reuters
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Ali Rabeh s'est attiré des critiques après avoir distribué une lettre dans un lycée de Trappes le 11 février. L'édile y apportait son soutien aux élèves face à la «folie médiatique» touchant la ville, en lien avec l'affaire Didier Lemaire.

Le maire de la ville de Trappes, Ali Rabeh (Génération.S), s'est rendu le matin du 11 février dans le lycée de la Plaine de Neauphle à Trappes. Accompagné de plusieurs élus, il a distribué une lettre aux lycéens venus suivre leurs cours ou leurs épreuves de bac blanc, rapporte notamment L'Express

Dans ce texte, que l'édile a mis en ligne, celui-ci souhaite apporter un «mot de soutien» aux lycéens face à la «folie médiatique» touchant la ville. Une référence à l'affaire médiatique du professeur de philosophie de Trappes, Didier Lemaire, qui a indiqué faire l'objet de propos haineux depuis la publication dans L'Obs de sa lettre ouverte du 1er novembre dans laquelle il dénonçait «l'absence de stratégie de l'Etat pour vaincre l'islamisme» et l'«emprise communautaire» à Trappes.

Précisant que «chacun a le droit de s’exprimer», Ali Rabeh déclare dans sa lettre ne pas accepter «les propos violents tenus contre vous et les Trappistes, qui condamnent par avance, qui relèguent, qui excluent». «C’est insupportable car c’est injuste et cela ne correspond pas à la réalité», écrit-il.

Par la suite, le maire invite les élèves à ne pas se laisser détourner de leurs objectifs, à débattre dans le respect et à ne jamais laisser quiconque leur dire qu’ils ne valent rien et qu’ils sont «perdus pour la République». «Nous sommes Banlieusards et fiers de l’être», conclut l'édile, citant un «son» du rappeur Kery James.

Indignation des professeurs et de Jean-Michel Blanquer

L'initiative du maire n'a pas été du goût de professeurs de l'établissement qui, après son départ, se sont entendus pour rédiger un communiqué désapprouvant l'opération de tractage et soutenant leur collègue, Didier Lemaire. «Ce qui nous a aussi convaincus, c'est le récit médiatique, nourri notamment par le maire, selon lequel Didier Lemaire est isolé, voire fou, d'extrême droite, pas sincère. Cela ne correspond pas à ce qu'on pense», a rapporté un enseignant auprès de L’Express

Dans ce communiqué relayé par le compte Twitter de l’Académie de Versailles, les professeurs de la Plaine de Neauphle de Trappes dénoncent «la récupération politique actuelle» dont le lycée fait l'objet et, plus précisément, «l’utilisation d’un lieu d’éducation à des fins politiques [qui] va exactement à l’encontre de ses objectifs, à savoir permettre aux élèves de devenir des citoyens libres, maîtres de leur destin». Partant, les professeurs demandent «que cessent les intrusions d’élus et le harcèlement médiatique» dont ils font l’objet.

Cette visite dans le lycée n’a pas été appréciée non plus par le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, qui a fait savoir par le biais d’un communiqué que «des élus de la ville de Trappes [étaient] venus distribuer un tract ce matin devant le lycée». «Le proviseur du lycée avait précisé aux élus, la veille, qu’aucun tract ne devait être distribué à l’intérieur de l’établissement», déclare le membre du gouvernement, avant de «condamner fermement cette intrusion dans un établissement scolaire» et d'apporter son «complet soutien à la communauté éducative choquée par cet acte». Jean-Michel Blanquer rappelle également que les personnels et les élèves d’un établissement «ne sauraient être utilisés à des fins de politique locale».

L'affaire s'est poursuivie le 12 février : devant les caméras du «Morandini Live», Ali Rabeh a été pris à partie par la députée LREM (La République en marche) Claire O’Petit qui, après avoir précisé être là pour soutenir le professeur Didier Lemaire de même que les habitants, lui a lancé : «Ce que vous avez fait hier, vous auriez pu le faire avec une réunion dans votre mairie, mais certainement pas dans un lycée, certainement pas !». Et de compléter ses propos : «Vous n’avez pas le droit ! Dans un lycée vous n’avez pas le droit ! Vous pourriez être condamné pour ça ! Il est dommage qu’en tant que premier magistrat de la ville, vous ne respectiez pas cela».

Le maire de Trappes lui a rétorqué qu'il était «heureux» d'avoir réalisé cette démarche, précisant qu’il était «membre du conseil d'administration du lycée de la plaine de Neauphle» et se rendait régulièrement dans cet établissement.

Pécresse et Muselier demandent la «révocation» du maire de Trappes

Ce 12 février également, les présidents des régions Ile-de-France Valérie Pécresse (ex-LR) et Provence-Alpes-Côte d'Azuet Renaud Muselier (LR) ont dénoncé dans un communiqué une «intrusion» dans le lycée qui aurait visé à «attaquer un peu plus encore un professeur déjà pris pour cible et sous protection policière».

Ils demandent en outre au ministre de l’Intérieur la suspension immédiate du maire et des adjoints de Trappes, et le déclenchement d'une procédure en vue de leur révocation.

Le tribunal administratif de Versailles, indique l'AFP, a annulé le 9 février l'élection municipale de 2020 à Trappes, qui avait vu la victoire au premier tour d'Ali Rabeh, à la suite d'un recours d'une liste d'opposition, Engagement Trappes Citoyens, et de l'élu Othman Nasrou, par ailleurs premier vice-président de la région Ile-de-France. Le maire a fait appel devant la Conseil d'Etat.

Les projecteurs braqués sur Trappes depuis la lettre ouverte de Didier Lemaire

Le nom de Didier Lemaire apparaît sur toutes les chaînes télévisées ces derniers jours, depuis qu'il affirme avoir reçu des menaces en raison de la publication, en novembre, de son texte, intitulé Lettre ouverte d'un prof de Trappes : Comment pallier l'absence de stratégie de l'Etat pour vaincre l'islamisme ?

Dans ce récit publié par L'Obs, l'enseignant rendait notamment hommage à Samuel Paty et affirmait : «Professeur de philosophie à Trappes depuis vingt ans, j'ai été témoin de la progression d'une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et sur les corps.»

Une enquête a été ouverte pour «menaces sur personne chargée de mission de service public» après que le parquet de Versailles, alerté «par un tiers», a eu connaissance d'«inquiétudes vis-à-vis du professeur à l'encontre duquel des menaces auraient été proférées».

Le 11 février, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a déclaré avoir proposé à Didier Lemaire de bénéficier d’une protection rapprochée.

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