Macron choque à droite avec sa volonté d'honorer des héros noirs et maghrébins

Macron choque à droite avec sa volonté d'honorer des héros noirs et maghrébins© CHRISTIAN HARTMANN / POOL Source: AFP
Emmanuel Macron veut de nouvelles statues et noms de rues de personnages historiques noirs ou maghrébins (image d'illustration).

D'ici mars, le président appelle la jeunesse, aidée par des historiens et citoyens issus de l'immigration, à proposer un «catalogue de héros» noirs et maghrébins pour des noms de rues et statues. Il dit vouloir ainsi réconcilier les mémoires.

«Il y aura des noms de rues à changer, des statues à refaire», avertit Emmanuel Macron, au cours d'un entretien pour le média Brut le 4 décembre. Le chef de l'Etat a ainsi appelé la jeunesse à identifier 300 à 500 noms «d'ici le mois de mars». Cela veut-il dire que la France aura bientôt, par exemple, une rue au nom d'Aya Nakamura, une artiste d'afropop et de R&B très populaire auprès d'une partie de la jeunesse ? Pas certain. Emmanuel Macron a rappelé qu'il s'agira d'un «catalogue de héros» qui servirait ensuite à en faire «des rues, des statues».

Pourquoi une telle initiative ? «Pour la réconciliation des mémoires», explique Emmanuel Macron en précisant que la France doit faire face à différentes mémoires «blessées», «au moins cinq ou six». Dans cette mise au point, il a principalement cité la guerre d'Algérie, évoquant les binationaux, les Français descendant de grand-parents algériens, les harkis ou les pieds-noirs.  Le président constate qu'il faut «expliquer à toute cette jeunesse qui se cherche, de dire d'abord : "La République vous reconnaît".»

«Votre histoire individuelle est une partie de notre histoire collective», prolonge-t-il, ajoutant qu'«il faut savoir reconnaître ces mémoires, les partager», notamment «dans les statues». Il estime ainsi qu'il y a «toute une part de notre histoire collective qui n'est pas représentée», en particulier dans la «jeunesse noire, noire venant d'Afrique ou noire ultramarine, [...] maghrébine».

«Ils ont leurs héros, simplement [la France] ne les a pas reconnus, [...] ne leur a pas donné de place», avance-t-il. A la question de savoir de quel héros, Emmanuel Macron envisageait-il de reconnaître. Il botte en touche. «J'ai plein d'idées mais [...] ce n'est pas à moi de le dire», tout en esquissant son envie de distinguer «le père Dumas qui était [un] formidable général de l'empire, mulâtre, [...] totalement oublié, père d'Alexandre Dumas [et] héros de guerre». Il développe de fait un programme pour les mois à venir en demandant aux «historiens, à la jeunesse et à tous ceux qui se retrouvent dans ces histoires fragmentées, fracturées» de contribuer à un appel afin «d'identifier 300 à 500 noms d'ici le mois de mars».

Le 14 juin, lors d'une allocution télévisée, Emmanuel Macron avait condamné les déboulonnages de statues par des militants radicaux : «La République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire, elle n'oubliera aucune des ses œuvres, elle ne déboulonnera pas de statues. Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre histoire, toutes nos mémoires», avait-il affirmé. Reste à savoir quelles seront désormais les rues à débaptiser et les statues à remplacer pour faire place au nouveau «catalogue». Des histoires qui se confronteront forcément et feront polémique.

Une «obsession identitaire» d'Emmanuel Macron ?

Sur les réseaux sociaux, plusieurs ont été étonnés de ce discours. L'élu Les Républicains (LR) de Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime), Jérôme Besnard voit dans Emmanuel Macron une «obsession identitaire [...] inquiétante». «On est en plein communautarisme, il piétine ainsi la France et l'esprit républicain qui nous anime depuis la Renaissance. Quid de l'universalisme classique ?», interroge-t-il.

Le courant des jeunes gaullistes au sein des LR, l'Union des jeunes pour le progrès (UJP) rappelle l'inscription sur le Panthéon : «Aux grands hommes la patrie reconnaissante.» Or, pour l'UJP, «en France, la reconnaissance de la Nation ne s'établit pas sous un critère de couleur, de sexe ou de religion ; le véritable et le seul critère est le service rendu à son pays».

L'un des rédacteurs en chef du magazine L'Incorrect note qu'Emmanuel Macron oublie finalement «la communauté des gens du voyage (diverse et multiple en soi) [...] les Asiatiques [...] les Français d'origine espagnole, portugaise [ou] Polonaise».

Le maire de droite radicale de Béziers, Robert Ménard, considère qu'Emmanuel Macron «veut changer l'ADN de la France». «Les Français ne pourront tout accepter, il y aura un jour un retour de bâton, en 2022 peut-être», prévient-il.

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