«Intimidation» ? Polémique autour de la demande d'images de la préfecture à des journalistes

«Intimidation» ? Polémique autour de la demande d'images de la préfecture à des journalistes© Thomas COEX Source: AFP
Un homme filme des fumigènes lors de la Marche des libertés, place de la Bastille, à Paris, le 28 novembre 2020 (image d'illustration)

La préfecture de police de Paris a demandé à au moins cinq journalistes «l'intégralité des séquences» tournées sur la place de la Bastille lors de la Marche des libertés, marquée par de violents affrontements. Les réactions ont fusé.

Alors que la polémique entourant la loi Sécurité globale et son article 24 prévoyant de pénaliser la diffusion malveillante d'images des forces de l'ordre ne faiblit pas, la Sécurité territoriale a envoyé un mail à au moins cinq journalistes pour leur faire part de son souhait d'obtenir dans la mesure du possible «l'intégralité de [leurs] séquences dans le cadre d'une investigation en cours» concernant la manifestation qui a eu lieu le 28 novembre place de la Bastille, à Paris. Egalement sollicité par la police, RT France a refusé de fournir ses images [1].

Lors de cette Marche des libertés contre la loi Sécurité globale, les affrontements entre police et manifestants ont fait 98 blessés parmi les forces de l'ordre, selon les chiffres communiqués par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Si le ministère n'a pas communiqué dans l'immédiat sur le bilan du côté des manifestants et des journalistes (un reporter syrien a ainsi été gravement touché), il a souligné : «Les auteurs de ces violences [contre les forces de l'ordre] doivent être poursuivis.»

Une enquête préliminaire aurait donc été ouverte par le procureur de la République de Paris cette semaine, selon les propos de l'avocat Arié Alimi relayés par Arrêt sur Images. C'est probablement dans ce cadre que la Direction territoriale de la sécurité de proximité de Paris (DTSP) – qui dépend de la préfecture de Police – a souhaité récupérer le plus d'images possibles des événements.

Une hypothèse confirmée par un des expéditeurs de ces courriels qui a confirmé auprès d'Arrêt sur Images que «le but de la démarche [était] d'obtenir l'intégralité des rushes qui ont été prises pendant la manifestation, pour travailler sur le plus d'images possibles» dans le cadre d'«une procédure en cours».

Dès le lundi 30 novembre, plusieurs journalistes ont donc reçu un appel ou un courriel de la Sécurité territoriale, mais tous auraient refusé de transmettre leurs enregistrements. 

Tentative d'«intimidation» pour les uns, procédure normale pour les autres

Toujours selon Arrêt sur Images, l'avocat Arié Alimi estime que la police est «en droit de demander ces images» mais ne peut les réquisitionner s'il ne s'agit pas d'une demande de justice ; auquel cas les journalistes ne sont pas non plus contraints de transmettre leurs images.

Arié Alimi cite l'article 56-2 du Code de procédure pénale et précise que «les entreprises de presse ou de communication audiovisuelle ne sont pas soumises à l'obligation de déférer à cette réquisition».

L'initiative de la préfecture a par ailleurs beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux.

«Cela ressemble fort à de l'intimidation», a tweeté Catherine Gasté, grand reporter au Parisien.

Serge Faubert, du Média, a pour sa part dénoncé une mise en danger de tous les journalistes.

«Très heureux de constater qu'aucun confère n'a semble-t-il donné les images», a souligné Mathieu Molard, rédacteur en chef de Street Press.

De son côté, Nicolas Chapuis, du Monde, a estimé : «Ils n’exigent rien du tout. Ils demandent et on a toute latitude pour dire non. Un service de police cherche des preuves par définition.»

Signe de l'inquiétude qui traverse la profession, les principaux syndicats de journalistes ont été reçus dans la matinée du 4 novembre par la ministre de la culture Roselyne Bachelot pour échanger sur la loi Sécurité globale. 

[1]Chez RT France, nous couvrons les événements au fur et à mesure qu’ils se déroulent, mais ces images sont filmées dans un seul but : informer notre public. Nous refusons de les partager pour toute autre raison. Nous ne le ferions que si nous y étions contraints par la loi.

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