Procès Charlie Hebdo : la cour d'assises interroge pendant deux jours le principal accusé

- Avec AFP

Procès Charlie Hebdo : la cour d'assises interroge pendant deux jours le principal accusé© Benoit PEYRUCQ Source: AFP
Ce croquis du tribunal créé le 26 octobre 2020 montre Ali Riza Polat et son avocate Isabelle Coutant-Peyre (à gauche) à la cour d'assises de Paris.

Principal accusé au procès des attentats de janvier 2015, Ali Riza Polat a de nouveau clamé son innocence devant la cour d’assises spéciale de Paris. Il a nié toute «complicité» dans les attaques terroristes, estimant être un «bouc émissaire».

Le procès des attentats de janvier 2015 à la rédaction de Charlie Hebdo, à Montrouge (Hauts-de-Seine) et à l'Hyper Cacher se poursuit ce 26 octobre. Pendant deux jours, la cour d'assises spéciale de Paris interrogera le principal accusé, Ali Riza Polat, un Franco-Turc âgé de 35 ans, détenu depuis le 28 mars 2015.

Il lui est reproché deux infractions pour lesquelles il encourt la réclusion criminelle à perpétuité : la complicité des crimes et délits commis par les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly et la participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle.

«On a appris des choses, dans ce qu'il a dit et ce qu'il n'a pas dit. D'abord dans l'énervement, l'excitation. On avait un accusé aujourd'hui qui était incontrôlable et incontrôlé, qui perdait ses moyens et ses nerfs à de très nombreuses reprises et à chaque fois à des moments clés et par rapport à des questions précises qui étaient posées par le président de la cour d'assises spécialement composée», a confié l'avocat de parties civiles, Elie Korchia, à la reporter de RT France présente sur place pour couvrir le procès, Katia Pecnik.

Le «bras droit» d'Amedy Coulibaly ?

Originaire comme Amedy Coulibaly de la cité de la Grande-Borne à Grigny (Essonne), Ali Riza Polat est présenté comme son «bras droit» et soupçonné d'avoir aidé le tueur de l'Hyper Cacher et les frères Kouachi à préparer leurs attentats.

Selon les enquêteurs, Ali Riza Polat aurait organisé la recherche d'armes pour Amedy Coulibaly, notamment auprès du trafiquant Metin Karasular. Au domicile de ce dernier, une liste d'armes et de munitions avec des demandes de prix rédigée de sa main a été retrouvée. C'est également lui qui aurait organisé la vente de la Mini Cooper à Amedy Coulibaly. Celle qui aurait pu servir à financer les attentats.

De son côté, Ali Riza Polat a démenti avoir eu connaissance de quoi que ce soit dans cette affaire, et contesté devant la cour d'assises toute «complicité» dans les attaques terroristes, estimant être un «bouc émissaire».

«Vous voulez absolument un coupable, mais ça ne va pas être moi !», a lancé l'accusé, situé derrière une paroi vitrée, s'agitant, protestant, frappant du poing et haussant le ton à plusieurs reprises.

«Comment on peut me mettre une complicité avec des gens que j'ai jamais vus, avec des armes que j'ai jamais vues», s'est-il ensuite défendu. «Je comprends pas. J'ai fait tout ça sans connaître les frères Kouachi, sans laisser une empreinte, une trace ADN ?», a-t-il demandé à la partie civile, avant d'assurer n'avoir «fourni aucune arme».

«Ce qu'il a fait, là, mais vous êtes malade ! Mais moi je suis pas là-dedans moi, mais moi faut pas me mêler à ça !», a-t-il poursuivi tout en affirmant avoir rendu des services à Amedy Coulibaly à cause d'une dette de 15 000 euros. «J'étais chez moi [pendant les attentats]. Je ne comprends pas en fait, il faut un bouc émissaire», a-t-il insisté avant de lancer : «Moi, je veux pas aller en prison pour ça, je veux pas aller en prison pour ça parce que j'ai rien à voir avec tout ça !»

«A ce moment-là, mon cerveau éclate, je suis affolé !»

Les éléments versés au dossier suggèrent toutefois qu'Ali Riza Polat semble avoir été pris de panique dans les jours qui ont suivi les attentats. Après s'être débarrassé de ses téléphones, il aurait fait détruire les puces de ses contacts, et aurait même tenté de prendre la fuite.

Le 12 janvier 2015, soit cinq jours après les attentats qui ont fait 12 morts et 11 blessés, l'accusé a pris l'avion pour le Liban, puis tenté sans succès de gagner la Syrie. Revenu en France une semaine plus tard, il est cette fois monté à bord d'un vol pour la Thaïlande via la Belgique, avant de revenir dans l'Hexagone au bout de trois jours.

«A ce moment-là, mon cerveau éclate, je suis affolé !», s'est expliqué l'accusé, qui a réfuté avoir voulu rejoindre les rangs djihadistes. «Moi, chez l'Etat islamique, je fais même pas 30 minutes, ils vont me tuer, je ne veux pas vivre sous la charia, moi !», s'est-il ensuite défendu.

«Les 7, 8 et 9 janvier 2015, j'étais chez moi. Je ne comprends pas en fait, il faut un bouc émissaire», a encore déploré Ali Riza Polat, avant de se lancer dans un monologue sur ses activités de trafiquant et ses relations avec Amedy Coulibaly. Face à la cour, Ali Riza Polat a parlé d'un «enfant de pute» qui l'a «balancé», d'un «proxénète à deux francs qui raconte de la merde».

«Attendez, attendez monsieur», l'a interrompu le président de la cour d'assises, Régis de Jorna, pour le ramener aux faits. Mais l'accusé a continué : «Moi, j'ai jamais travaillé, j'ai fait des magouilles toute ma vie. Je veux de l'argent, c'est mon but dans la vie, je veux pas mourir pauvre !»

«Je regrette un truc de fou d'avoir arrêté de vendre de la drogue, j'étais bien quand je vendais de la drogue», a-t-il poursuivi. Avant, soudain, d'hurler à nouveau : «Moi, je me suis jamais levé un matin pour tuer qui que ce soit, monsieur !» Après deux heures de dialogues compliqués, Régis de Jorna a annoncé une suspension d'audience.

Quatorze personnes, dont trois par défaut, sont jugées pour leur soutien logistique présumé aux auteurs des attentats, qui ont fait 17 morts. La plupart des coaccusés d'Ali Riza Polat comparaissent pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, un crime passible de vingt ans de réclusion.

Le verdict est attendu le 13 novembre.

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