#DissolutionCCIF vs #SoutienCCIF : l'association au cœur du débat après l'attentat de Conflans

#DissolutionCCIF vs #SoutienCCIF : l'association au cœur du débat après l'attentat de Conflans© Thomas Samson Source: AFP
Une membre du CCIF lors d'une action devant la gare Saint-Lazare, le 10 octobre 2012, à Paris (image d'illustration).

Au centre de l'attention depuis l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), de nombreuses personnalités politiques et publiques sont montées au créneau soit pour appeler à la dissolution du CCIF, soit pour soutenir l'association.

L'annonce du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, le 19 octobre 2020 sur Twitter, dans laquelle il demande la dissolution du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), considéré comme «une association ennemie de la République», et au centre de l'attention depuis l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) au cours duquel un enseignant a été décapité le 16 octobre, a suscité de vives réactions de personnalités politiques et publiques sur les réseaux sociaux.

La veille, le CCIF a mis en ligne un tweet dans lequel il se dit être la cible de menaces de mort. «Depuis hier [le 17 octobre], nous sommes la cible de menaces de mort et d'une campagne de haine qui exige la dissolution du CCIF. Devant autant de calomnies, d'une incroyable indécence compte tenu du contexte, notre équipe reçoit un soutien grandissant. Merci du fond du cœur», a fait savoir l'organisation.

Dans le même temps, les mots-clefs «DissolutionCCIF» et «SoutienCCIF», soutenus par diverses personnalités, se font face sur la plateforme de microblogging.

La droite, vent debout contre le CCIF

Après l'attentat qui a coûté la vie à l'enseignant Samuel Paty, plusieurs personnalités, comme la députée LREM des Yvelines Aurore Bergé et l'ancienne journaliste de Charlie Hebdo Zineb el-Rhazoui, ont accusé le CCIF d'avoir participé à une «chasse à l'homme» contre le professeur de collège. Le CCIF avait annoncé porter plainte contre la présidente déléguée du groupe LREM à l'Assemblée nationale ainsi que contre Zineb el-Rhazoui.

Sans surprise, ces deux personnalités ont appelé à la dissolution du Collectif contre l'islamophobie en France.

«Oui, j'appelle à la dissolution du CCIF ! Cette organisation a apporté un support juridique à ceux qui ont lynché l'enseignant. Elle était à l'initiative de la "marche contre l'islamophobie". Elle cherche à créer du séparatisme entre les Français», a estimé Aurore Bergé, le 18 octobre sur Twitter.

Avant d'ajouter dans un second tweet quelques heures plus tard : «Les cibles dans le dos des laïcs et des républicains, c'est vous qui les posez depuis trop d'années. Le harcèlement ciblé, méthodique contre les laïcs et les républicains, c'est vous qui l'organisez. La République est une, indivisible et laïque.»

L'ancienne journaliste de Charlie Hebdo a elle considéré le 18 octobre que la dissolution du CCIF était «plus que jamais une question de salubrité publique», avant de lancer : «Les Français vous vomissent, le "délit de blasphème" que vous cherchez à imposer ne passera pas. Les Musulmans ne sont pas une race ! Dégagez !»

Zineb el-Rhazoui s'est également fendue d'un second tweet le lendemain, dans lequel elle félicite Gérald Darmanin pour sa «bonne décision», estimant qu'«il devient immoral de tolérer en France des officines qui accusent les gens d'"islamophobie" alors que cette accusation tue».

Par ailleurs, de nombreuses personnalités politiques de droite, principalement du Rassemblement national (RN), sont elles aussi montées au créneau afin de demander la dissolution du CCIF.

«Pendant trop longtemps, la France a supporté votre propagande antirépublicaine, vos visées communautaristes, votre infiltration islamiste, votre militantisme sournois, vos colloques haineux, vos invités antisémites et homophobes. Il est grand temps de dire Stop !», a déclaré le président du groupe RN en Bourgogne Franche-Comté, Julien Odoul.

Le vice-président du RN et député européen Jordan Bardella a lui aussi appelé à la dissolution du CCIF «au plus vite», soulignant que le parti de Marine Le Pen le réclame depuis longtemps.

De son côté, le député européen du groupe Identité et Démocratie Gilbert Collard a dénoncé la «dangerosité» du CCIF, avant de déplorer : «Il aura fallu un attentat islamiste de plus pour que nous soyons enfin écoutés. Que de temps perdu par les lâches complicités !»

Face à cette levée de boucliers à droite de l'échiquier, aucune personnalité politique encartée à gauche, ou au sein d'autres mouvances, en France, n'a publiquement soutenu le CCIF. Manuel Valls a de son côté salué sur Twitter une «annonce très importante [qui] doit recevoir le soutien de tous les républicains»

La dissolution du CCIF «serait une grave atteinte aux libertés démocratiques», selon le politologue Julien Salingue

Si ces personnalités politiques ont semblé unanimes, d'autres (journaliste, politicologue, syndicaliste...) ont a contrario soutenu le CCIF.

«Incroyable de diffamation, rien que de savoir que [Manuel] Valls, Zineb Razoui ou [Aurore] Bergé demandent la dissolution du CCIF nous oblige au soutien du CCIF», a fait savoir le cheminot, aiguilleur à Paris Nord et syndicaliste SUD-Rail Paris Nord, Anasse Kazib.

Le politologue Julien Salingue a quant à lui estimé que la «dissolution du CCIF serait un terrible coup porté au nécessaire combat contre l'islamophobie. Ce serait en outre une grave atteinte aux libertés démocratiques, et un dangereux précédent. La réaction aux annonces de Darmanin doit être à la hauteur».

«Merci à toutes les associations antiracistes qui font un travail formidable pour accompagner les victimes, souvent démunies face à tant de violence verbale et/ou physique, d'appels à la haine en ligne ou IRL [In real life, dans la vraie vie]. Un grand merci au CCIF que j'admire depuis des années», a déclaré le journaliste d'AJ+ Merwane Mehadji. 

En réponse à Aurore Bergé, qui a opposé le CCIF aux laïcs et aux républicains, la journaliste indépendante Widad Ketfi – collaboratrice au Bondy Blog – a d'abord rappelé que cette association «est un collectif de juristes et d'avocats qui font du conseil et de l'accompagnement juridique», avant de répliquer : «Demander leur dissolution en dit long sur ces gens : ils se disent républicains mais ils ne veulent pas que les musulmans aient accès à la justice.»

«De Manuel Valls à l'extrême droite, ils veulent tous détruire le CCIF qui n'a pourtant strictement rien à voir avec l'attentat de Conflans. Pourquoi ? Parce qu'ils luttent fort contre l'islamophobie. Soyons des milliers à les soutenir en adhérant !», a quant à lui estimé le militant associatif et ancien directeur du CCIF, Marwan Muhammad.

Et de lancer dans un second tweet : «Pour les journalistes : on est d'accord sur le fait que depuis 3 jours, le CCIF est laminé en place publique sur l'ensemble de vos plateaux demandant la dissolution du CCIF, sans qu'à aucun moment on puisse tenir une parole contradictoire ?»

Cité par l'AFP, le ministre de l'Intérieur a également accusé le CCIF d'être «manifestement impliqué» dans l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine. En réponse, l'association a dénoncé des «calomnies, d'une incroyable indécence compte tenu du contexte», d'après la même source.

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