«Je voulais être un héros»: Youssef, suspecté à tort dans l'attaque de Paris, raconte sa mésaventure

«Je voulais être un héros»: Youssef, suspecté à tort dans l'attaque de Paris, raconte sa mésaventure© Alain Jocard Source: AFP
Les pompiers transportent une personne blessée dans une ambulance près des anciens bureaux du magazine Charlie Hebdo à la suite d'une attaque au hachoir à Paris, le 25 septembre 2020.

Considéré un temps comme suspect dans l'attaque du 25 septembre à Paris, un Algérien qui s'est retrouvé en garde-à-vue durant quelques heures avait en réalité voulu arrêter l'assaillant. Il a raconté cette journée au quotidien Le Monde.

Youssef, un ouvrier algérien résidant en France, a été durant quelques heures le «deuxième suspect» de l’attaque au hachoir qui s’est déroulée dans la rue des anciens locaux de Charlie Hebdo, le 25 septembre. «Je voulais être un héros et je me suis retrouvé derrière les barreaux», a résumé l'homme de 33 ans au Monde.

Le journal rapporte qu'une source policière haut placée assure que «son récit est tout à fait crédible» et que l'homme n'est «pas du tout connu» des services. Aucune charge n’est retenue contre lui.

Je me suis retrouvé sur le quai d’en face, je le vois de l’autre côté. Je lui ai dit : "Toi, reste là !", j’ai fait comme un flic.

Youssef, qui a rencontré la rédaction du Monde en compagnie de son avocate, de ses deux frères et de son meilleur ami, a raconté qu'il avait repéré un «mec suspect» qui courait en direction du métro Richard-Lenoir le jour du drame. Youssef, qui venait de quitter un chantier voisin, a raconté qu'il avait décidé de le suivre pour «essayer de l'attraper».

Youssef dit avoir vu l'assaillant se débarrasser de son «grand couteau» (en réalité un hachoir) et l'avoir suivi dans le métro. «Je me suis retrouvé sur le quai d’en face, je le vois de l’autre côté. Je lui ai dit : "Toi, reste là !", j’ai fait comme un flic», a-t-il raconté au quotidien.

«Il m’a sorti une lame de cutter», a encore raconté le témoin qui avait rejoint l'assaillant sur le même quai. «Il m’a dit quelque chose, mais je n’ai rien compris. Je crois qu’il ne parlait pas le français», a-t-il précisé. Il a décrit un homme avec du sang sur le visage et sur sa main, qui, «étonnamment calme», est monté dans le métro «sans agresser personne». 

La police, arrivée une dizaine de minutes plus tard, a ensuite relevé son numéro de téléphone et procédé à sa fouille avant de le laisser partir dans un premier temps. Youssef est alors parti avec sa voiture pour aller chercher sa pièce d’identité et revenir témoigner.

La situation se retourne contre lui 

Mais suite à l'analyse des images de son échange avec l'individu dans le métro capté par la vidéosurveillance, Youssef est rapidement passé de témoin à suspect pour les forces de l'ordre. Après être retourné sur les lieux de l'attaque, l'ouvrier algérien a été appréhendé par la police.

«Puis ils m’ont mis des menottes. J’en entends un qui dit en chuchotant : "On l’a chopé." Je lui réponds : "Vous m’avez pas du tout chopé, c’est moi qui suis venu pour témoigner !», relate Youssef au Monde.

Alors que ce dernier est placé en garde à vue, la nouvelle de l'arrestation de Youssef, présenté comme un deuxième suspect, se répand rapidement dans la presse. Sa date de naissance est divulguée, ainsi que ses initiales et sa nationalité. «Ça, ça me dérange», a estimé son frère. «Il a fait un geste héroïque et, au final, toute la famille se retrouve à avoir peur. Et puis pourquoi on met "un Algérien" en gros partout ?», a-t-il demandé au quotidien.  

Youssef a finalement été libéré aux alentours de minuit. «Si l’on peut comprendre dans une affaire d’une telle ampleur que toutes les précautions doivent être prises, une garde à vue doit rester strictement nécessaire», estime son avocate, Lucie Simon, citée par LeMonde également. «Ici, rien ne justifie que Youssef soit entendu sous ce régime, il aurait parfaitement pu être entendu librement, comme simple témoin. On traite un jeune homme au comportement héroïque comme un terroriste, on le cagoule, on le menotte», a dénoncé l'avocate.

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