Violences, incivilités : les citoyens se mobilisent pour secouer les autorités

Violences, incivilités : les citoyens se mobilisent pour secouer les autorités© RT France
Jean-Michel Mostacci, cofondateur du collectif «Tout n'est pas parmis à Palavas», s'exprime le 10 août 2020 au micro de RT France, après l'organisation d'une manifestation contre la délinquance et les incivilités dans la ville de Palavas-les-flots.

De Palavas-les-Flots à Colombes en passant par Marseille et Lyon, des initiatives associatives et citoyennes se développent, qui cherchent à alerter les autorités sur la délinquance et les incivilités – voire à les contraindre à agir.

«Nous avons pris la décision de faire conjointement avec Marlène Schiappa un point presse mensuel sur tous les sujets […] pour communiquer l'ensemble des résultats de nos services. Il se tiendra à Beauvau, à partir d'octobre», ont déclaré Gérald Darmanin et Marlène Schiappa au journal Le Parisien le 6 septembre dans un entretien commun... Mais cela suffira-t-il à rassurer les Français ? 

Si cette récente focalisation du gouvernement sur les questions de sécurité peut sembler opportune en vue de l'élection présidentielle de 2022, le nouveau ministre de l'Intérieur, issu des rangs des Républicains contrairement à ses deux prédécesseurs, va devoir relever plusieurs défis pour convaincre les électeurs indécis, peut-être préoccupés par la thématique très médiatique de l'«ensauvagement» dans le court délai de deux ans qui lui est imparti à Beauvau.

Mais entre temps, des citoyens, excédés, s'organisent déjà dans différentes villes pour pointer les carences des autorités en la matière.

«Stop à la délinquance» : les Palavasiens battent le pavé pour alerter les autorités

Dans la cité balnéaire de Palavas-les-Flots (Hérault), les riverains ont ainsi organisé une marche le 7 août pour dénoncer une flambée d'actes de délinquance et d'incivilité. Quelques centaines de participants ont défilé, notamment derrière une bannière où il était inscrit : «Stop à la délinquance, nous sommes contre les incivilités, agressions, rodéos, cambriolages, chichas, protoxyde d'azote, déchets...» 

L'été a été émaillé de faits-divers parfois très marquants dans la petite ville touristique (bagarres éclatant en plein jourcoups de couteaux infligés à un barman), mais aussi par des incivilités récurrentes : rodéos de deux-roues, consommation de protoxyde d’azote ou encore déchets jetés n’importe où. 

«Aujourd'hui à Palavas, on n'envoie plus nos enfants acheter le pain de peur qu'ils se fassent agresser ou voler», expliquait au micro de RT France Jean-Michel Mostacci, cofondateur du collectif «Tout n'est pas permis à Palavas», le 10 août dernier. Et d'ajouter : «Le soir on n'ose même plus se promener car si on hausse un peu le regard on se fait agresser verbalement et physiquement.»

Pour RT France également, Sophie, une habitante de Palavas-les-flots, expliquait sa participation à la mobilisation contre l'insécurité et les incivilités, en invoquant un ras-le-bol «des rodéos nocturnes, des agressions verbales, des cambriolages [...] [des] voitures qui sont vandalisées».

La colère des citoyens a été entendue puisque dès le 8 août le maire de la ville a pris un arrêté interdisant l'accès aux plages de 23h à 6h du matin, jusqu'au 15 septembre. De plus, rapporte Le Figaro, un détachement de surveillance et d'intervention (DSI) de 44 gendarmes mobiles est arrivé en renfort le 18 juillet afin d'épauler les forces de l'ordre dans les communes de Palavas-les-Flots, Carnon et la Grande-Motte.

Cependant, le 22 août, à la suite de nouveaux incidents, «tous les commerçants ont baissé le rideau en fin d’après-midi et manifesté une nouvelle fois dans les rues et devant le poste de la police pour dénoncer cet "abandon" des pouvoirs publics», a rapporté le Midi Libre. Le lendemain, la préfecture a annoncé l'envoi de renforts de gendarmerie pour assurer la sécurité.

Des habitants de Colombes créent un «Observatoire de la sécurité»

Dans le département des Hauts-de-Seine, qui a été le théâtre d'émeutes urbaines en avril dernier mais aussi d'une attaque à la voiture-bélier contre des policiers, des citoyens ont décidé de s'organiser en association pour créer l'Observatoire de la sécurité de Colombes.

Pour comprendre la démarche intrigante de cette association, RT France a interrogé son président, Maruan Basic. Au téléphone, le jeune Colombien de 29 ans veut clarifier immédiatement tout malentendu lorsqu'on le lui demande : «Nous ne faisons absolument pas de maraudes ou ce genre de choses, comme nous l'avons dit sur les réseaux sociaux, nous essayons d'aider tout le monde et nous ne voulons surtout pas perturber le travail des forces de l'ordre. Nous nous voyons plus comme un think tank

Le président de l'Observatoire explique que la démarche se structure selon trois axes. Premièrement, la prévention pour «faire remonter aux pouvoirs publics ce qu'on nous rapporte» et donner la parole aux habitants de la ville qui n'osent parfois pas porter plainte ou appeler les forces de l'ordre, de peur de représailles, pour des nuisances, des faits répétés de violence ou pour signaler des points de deal. «C'en est presque gênant pour nous tellement nous recevons de messages de la part de personnes qui veulent signaler des actes délictueux. Nous voulons servir de vigie à ce sujet, mais nous ne pouvons évidemment pas porter plainte à leur place mais il y a un vrai ras-le-bol. Le sentiment d'insécurité est criant», souligne ce jeune cadre du privé.

Deuxièmement, l'observatoire colombien se propose de produire un suivi des politiques publiques locales en matière de sécurité et, s'il le juge pertinent, de les augmenter par des propositions, avec un rapport annuel sur l'état sécuritaire de la ville.

Enfin, l'association citoyenne veut retisser le lien entre les forces de l'ordre et la population locale et a pour ambition de traiter la question de la sécurité au sens large du terme, que ce soit sur le front de la prévention routière ou même de la salubrité publique. Maruan Basic imagine même des cafés-rencontres mettant autour de la table des habitants et des acteurs quotidiens du secours : policiers nationaux, municipaux ou pompiers.

Fortes de ces ambitions, l'association a essayé de solliciter des entretiens avec la nouvelle municipalité, malgré leurs différences idéologiques sans ambiguïté : «Nous voulons être force de proposition, pas d'opposition», évacue Maruan Basic, qui précise : «Nous n'avons rien à voir avec l'ancienne maire [Nicole Goueta, Les Républicains], nous avons tout monté nous-mêmes et tracté sur nos deniers. Nous sommes plutôt de droite, c'est certain, mais nous sommes des habitants de Colombes avant tout. Nous avons sollicité des entretiens avec la nouvelle municipalité en toute bonne foi.»

Contactée au téléphone par RT France, la municipalité de Colombes n'a pas pu réagir dans l'immédiat. En tout état de cause, la création de cette association a été accueillie «avec scepticisme, voire méfiance» du côté de la mairie Europe Ecologie Les Verts (EELV), selon Le Parisien. «La neutralité revendiquée par l'appellation ne serait qu'un faux nez de la droite, selon la nouvelle municipalité», rapportait le même journal le 16 août.

Les citoyens s'organisent pour contraindre l'Etat à agir

Autre initiative citoyenne : attaquer les autorités en justice pour leur trop grande passivité face à des phénomènes de délinquance ou d'incivilités. Ainsi, une habitante d'un quartier défavorisé de Marseille, qui dénonce depuis 2012 l'inaction des pouvoirs publics face aux rodéos urbains de deux-roues, est parvenue à faire condamner l'Etat à lui verser 10 000 euros.

Dans son jugement daté du 3 août, le tribunal administratif de Marseille estime que «le préfet de police des Bouches-du-Rhône a pris des mesures insuffisantes pour restaurer la tranquillité publique» dans le quartier de la plaignante, le Verduron, dans le quinzième arrondissement, un des plus pauvres de la ville. Le tribunal, soulignant une «faute de la part de l'Etat», reconnaît que cette habitante «a subi des nuisances sonores à raison de plusieurs jours par semaine depuis au moins 2012».

Le cas n'est pas inédit : en novembre 2018, rappelle Le Figaro, l’association «La Vie Dejean» défendant les riverains d’une rue piétonnière du 18e arrondissement de Paris, avait obtenu la condamnation de la Ville et de l’Etat : ces deux entités avaient dû indemniser l'association «des préjudices résultant de leurs manquements dans l’exercice de leurs missions de maintien de la sécurité, de la tranquillité et de la salubrité», selon le quotidien.

Dernier cas en date : une association de riverains du centre-ville lyonnais, «Presqu'Île en colère», a porté plainte il y a quelques mois contre la mairie dans l'espoir de mettre fin aux incivilités gangrenant le quartier, selon LCI. «Mais face à une réponse de la mairie qu'ils jugent insuffisante, plusieurs collectifs envisagent maintenant de porter plainte contre le ministre de l'Intérieur», ajoute le site de la chaîne télévisée. 

2022 en ligne de mire ?

Au-delà des débats sur les chiffres de l'insécurité et des incivilités en France, ce type d'initiatives témoigne d'un sentiment de malaise, traversant la société, sur ces questions. Le gouvernement saura-t-il en prendre toute la mesure ? Le 8 septembre, Jean Castex et Emmanuel Macron s'exprimaient sur le sujet à seulement quelques heures d'intervalle. Le Premier ministre déclarait : «On comprend que nos concitoyens soient inquiets de la montée de la violence dans notre société.»

Quelques heures plus tard, le président Macron, lui, s'agaçait selon Le Figaro, depuis la ville de Clermont-Ferrand à propos de l'omniprésence médiatique du terme «ensauvagement» : «Il y a eu des mots, des commentaires [...]. Avec les commentaires, vous avez fait le kamasutra de l'ensauvagement, depuis 15 jours, tous ensemble. Donc je vous laisse à votre kamasutra. [...] Ce qui m'importe, c'est le réel ! Demandez aux gens ! Les gens, ils n'en ont rien à faire. Ils veulent qu'on règle leurs problèmes. Et nous, on est là pour régler leurs problèmes.»

Le «réel» d'Emmanuel Macron est-il en symbiose avec celui des Français qui disent leur «ras-le-bol», qui créent des associations et organisent des marches contre l'insécurité ? La réponse pourrait bien venir au moment de l'élection présidentielle de 2022 si l'hôte actuel de l'Elysée souhaite se présenter à nouveau à la fonction suprême. Le cas échéant, le gouvernement Castex, avec Gérald Darmanin, Marlène Schiappa et Eric Dupond-Moretti a seulement quelques mois pour agir et satisfaire à une demande bien prégnante de la part de la population : endiguer le phénomène de la «banalisation de la violence» dont préfère parler Emmanuel Macron afin d'imposer le sentiment de sécurité sur tout le territoire. Sans quoi «les Français pourraient bien commencer à se faire justice eux-mêmes», ainsi que nous le disait au téléphone l'ancien commandant de police Jean-Pierre Colombies.

Antoine Boitel

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