Un collectif liste les «gynécologues noires en Île-de-France», l'Ordre des médecins monte au créneau

Un collectif liste les «gynécologues noires en Île-de-France», l'Ordre des médecins monte au créneau© Gonzalo Fuentes Source: Reuters
(image d'illustration)

Le collectif Globule noir a provoqué de vives réactions, en diffusant sur Twitter une liste de «gynécologues noires en Île-de-France» et en invitant à désigner les infirmières «racisées» pour des soins à domicile dans le 13e arrondissement de Paris.

Depuis le 1er août, le collectif Globule noir, qui se définit comme un «groupe de soignantes racisées [c'est-à-dire non-blanches] luttant contre la négrophobie et les discriminations au sein des institutions hospitalières», a jeté un pavé dans la mare à travers deux publications sur Twitter. 

Dans l'une, le compte, qui depuis a été supprimé, invitait les internautesà déclarer où trouver «une infirmière [...] racisée pour des soins à domicile, dans le 13e arrondissement de Paris», comme on peut le voir dans les captures d'écran ci-dessous. Dans l'autre, Globule noir listait des «gynécologues noires en Île-de-France», citant leur nom et l'adresse de leur cabinet. 

Un collectif liste les «gynécologues noires en Île-de-France», l'Ordre des médecins monte au créneau
Capture d'écran du compte Twitter @LEGLOBULENOIR

 

Pourquoi une telle sélection ? Selon des témoignages recueillis par France Info auprès de personnes souhaitant spécifiquement être traitées par des soignants «racisés», plusieurs motifs sont évoqués : 

  • Eviter d'être confronté au racisme dont pourraient faire preuve les soignants blancs.
  • Etre en confiance avec un médecin partageant son type ethnique.
  • Bénéficier des connaissances spécifiques que pourraient avoir des soignants non-blancs, en particulier en matière dermatologique.

La démarche du collectif Globule noir a été soutenue par le syndicat des jeunes médecins généralistes (SNJMG) qui la place dans une lutte contre le racisme : «Nous apprenons avec stupeur et colère la fermeture du compte "Globule Noir". Nous voulons saluer leur travail acharné pour lutter contre le racisme en santé, par le biais de formations, groupes d'entraides, recueil de témoignages...»

En outre, commentant ce sujet, la conseillère Europe Ecologie Les Verts (EELV) de Paris Raphaëlle Rémy-Leleu a déclaré le 13 août sur Cnews : «Ce qui est terrible en 2020 en France, c'est qu'on a peur d'être soigné différemment selon son sexe ou sa couleur de peau.»

Levée de bouclier de l'Ordre des médecins, mais aussi de la Licra et du RN 

Pas du tout sur la même longueur d'onde, le porte-parole du Rassemblement national Jean Messiha y voit pour sa part des «initatives racistes» et conteste l'idée d'un «racisme systémique» existant en France pouvant légitimer de telles listes. Sur Cnews, il a d'ailleurs questionné l'élue écologiste pour lui demander si elle serait scandalisée que, dans le même temps, des patients blancs demandent des listes de médecins blancs. Sans répondre directement, Raphaëlle Rémy-Leleu a alors rétorqué : «En tant que personne blanche, vous ne subissez pas de racisme».

A gauche du spectre politique, le député et Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a également accusé le projet de Globule noir : «Vivre les uns à côté des autres selon sa couleur de peau, cela porte un nom : l’apartheid. Par quelle folie au nom de la lutte contre les discriminations certains identitaires "racisés" réhabilitent le pire des régimes ?»

Du côté des organismes des professionnels de la santé, l'Ordre des médecins (CNOM) et l’Ordre des Infirmiers (CNOI) ont pour leur part «fermement condamné la constitution d’annuaires de professionnels de santé communautaires», dans un communiqué commun publié le 11 août sur les réseaux sociaux : «Des listes de soignants classés selon leur couleur de peau ont été diffusées sur Internet et les réseaux sociaux ces derniers jours. Le CNOM et le CNOI ne peuvent que s’élever contre cette initiative, qui va à l’encontre des principes fondamentaux de nos professions mais aussi de notre République.»

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) a été l'une des premières organisations à dénoncer, le 3 août, la proposition de listes de soignants selon leurs origines ethniques. Pour elle, les revendications de Globule noir ou du SNJMG  est une «folie identitaire» et interpelle le ministre de la Santé Olivier Véran : «La folie identitaire conduit à cela : choisir son médecin en fonction de la couleur de son épiderme et publier des listes de médecins noirs. Nous demandons à Olivier Véran de se saisir de cette question pour défendre l’honneur d’une profession et celle de la République !»

Le cabinet du ministre de la Santé Olivier Véran a été contacté par France Info. Selon le média, le cabinet du ministre se «dit choqué par l'établissement de ces listes et compte sur l'Ordre des médecins pour faire respecter les règles de déontologie de la profession».

Un «racialisme [qui] s’infiltre dans la santé» ?

Parmi les autres adversaires de la constitution de listes ethniques, la militante pour la laïcité et essayiste, Fatiha Boudjahlat a délivré des réflexions sur «la diffusion de l’indigénisme dans le milieu médical». Elle s'est ainsi dite choquée par le «collectif Globule noir qui recherche des soignants de couleur pour des patients de couleur, ton sur ton, soutenu par un syndicat de médecins».

L'infirmier Vincent Lautard, membre du Printemps républicain, a écrit une tribune le 4 août dans Marianne dans laquelle il dénonce un «racialisme [qui] s’infiltre dans la santé» : «Certaines organisations en France recherchent en permanence à faire revenir le concept de "race" dans le débat public [...] On est clairement ici dans de la discrimination professionnelle basée sur la couleur de peau.» Il appelle les citoyens à «défendre le pacte républicain, notre République est indivisible, laïque, démocratique et sociale et elle doit le rester !»

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