Retour en classe pour les écoliers et les collégiens : une décision qui ne fait pas l'unanimité

Retour en classe pour les écoliers et les collégiens : une décision qui ne fait pas l'unanimité© Lionel BONAVENTURE Source: AFP
Ecole élémentaire Jules-Julien à Toulouse (Haute-Garonne), le 22 juin 2020.

Par le truchement d'un protocole sanitaire allégé, les élèves de maternelle, primaire et collège doivent retourner en classe le 22 juin, à moins de deux semaines des congés estivaux. Des parents d'élèves et des syndicats montent au créneau.

Après six semaines d'école en dents de scie et plus de trois mois de classe à la maison, écoliers et collégiens sont retournés en cours le 22 juin. Le 14 juin, Emmanuel Macron avait annoncé cette reprise «de manière obligatoire et selon les règles de présence normale», à l'exception des lycées. Toutefois, puisque le virus circule toujours dans l'Hexagone malgré une nette accalmie, parents d'élèves, enseignants et syndicats s'inquiètent de ce retour à la normale jugé hâtif voire dangereux.

«Deux semaines de cours ça compte ; chaque jour, chaque heure compte», selon Blanquer

«L'objectif, c'est que 100% des écoliers et collégiens [reviennent physiquement en classe]», a affirmé le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer le 22 juin sur France Inter, à l'occasion de la réouverture totale des écoles maternelles, primaires et des collèges français, à l'exception de la Guyane et de Mayotte encore en zone rouge, jusqu'au 4 juillet. 

En fonction des écoles, cela représentera donc huit ou neuf jours de classe avant les congés estivaux. «Deux semaines de cours ça compte ; chaque jour, chaque heure compte», a assuré Jean-Michel Blanquer qui récuse l'idée que cette réouverture serait inutile. Et d'ajouter : «C'est un enjeu majeur parce que je considère qu'on ne peut pas laisser les élèves sans école de mars à septembre.»

Ce retour en classe est rendu possible grâce à l'allégement du protocole sanitaire qui encadre les établissements. Et pour cause, désormais, selon un nouveau décret publié le 22 juin, il n'y aura plus de règles de distanciation physique en maternelle. En élémentaire, une distance d'un mètre entre élèves est simplement recommandée, au lieu de quatre mètres carrés par élève. Au collège, quand cette distance n'est pas possible, les élèves devront porter un masque.

«Il y aura des évaluations de début d'année», a ensuite expliqué Jean-Michel Blanquer au sujet des écoles, collèges et lycées tout en précisant : «En sixième, on va avoir une évaluation particulièrement robuste, notamment pour le français et les mathématiques, pour déclencher ensuite de l'aide personnalisée.» Ainsi, ces évaluations auront notamment pour objectif de cibler les élèves qui ont décroché du programme scolaire lors de ces trois mois de confinement.

«On est d'abord dans une posture de compréhension, d'aide et d'appui», a affirmé le ministre, laissant entendre qu'il n'y aurait pas de sanctions envers les élèves absents, malgré le caractère obligatoire de cette reprise.

«C'est vraiment de la garderie et pas vraiment de l'école», estime une parent d'élève

Toutefois, ce retour forcé en classe, à deux semaines des congés estivaux en France, n'est pas du goût de tout le monde.

Le professeur de français et membre du mouvement citoyen Les Stylos Rouges, Nicolas Glière, a estimé le 21 juin sur RT France qu'il aurait été plus judicieux de «reprendre en septembre», voyant dans la décision du gouvernement une mesure de communication.

«Reprendre [le 22 juin], est-ce que ça sert à grand chose ? Dans l'absolu, oui. Le ministre [de l'Education nationale] a raison sur un point : chaque heure compte. Mais on se demande pourquoi lui et ses prédécesseurs ont supprimé autant d'heures de cours et autant de postes», déplore-t-il de surcroît.

Par ailleurs, plus d'un Français sur deux (56 %) estimerait que cette reprise, à quelques jours de la fin de l'année scolaire, est une mauvaise décision, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France Info et Le Figaro paru le 18 juin. Les parents concernés étaient par ailleurs seulement 44 % (parmi ceux ne l'ayant pas encore fait) à déclarer qu'ils renverraient leurs enfants en classe.

«Je trouve que la décision est très rapidement prise. Je trouve qu'il n'y a pas de transition», a déploré Huguette pour France Info, habitante des Lilas (Seine-Saint-Denis) et mère de deux enfants qui ne sont pas retournés pas à l'école le 22 juin. Et de poursuivre : «Ça me paraissait complètement hors sol, pas du tout adapté même et donc pour moi il était évident que les enfants ne retourneraient pas à l'école.» 

De nombreux parents d'élèves contestent ainsi l'impossibilité de faire respecter aux élèves les distanciations physiques, que ce soit en classe ou pendant les récréations, mais aussi les objectifs éducatifs du ministère de l'Education nationale pour ces deux semaines de cours.

Pour la mère d'un élève d'école primaire, également interrogée par France info, «[les élèves] sont en dispersion [et] pas du tout avec [leur] maîtresse, donc c'est vraiment de la garderie et pas vraiment de l'école».

Dans un article publié le 15 juin sur le site d'information spécialisé dans l'éducation Café pédagogique, les cosecrétaires généraux du syndicat enseignants SNUipp FSU, tout comme le secrétaire général du syndicat de personnels de direction ID FO, estiment, pour leur part, que malgré l'allègement du protocole sanitaire, il y aura «des difficultés». 

«Même avec la nouvelle distanciation latérale d'un mètre on ne va pas gagner tant de place que cela», ont-ils exprimé en premier lieu, soulignant l'impossibilité d'accueillir l'ensemble des élèves puisque beaucoup d'écoles et de collèges sont équipés de tables à deux places, limitant ainsi le gain de place. Ils estiment ainsi que ce nouveau protocole sanitaire permettra d'accueillir environ 70% des élèves mais guère plus.

«Les enseignants vont se retrouver à nouveau pris entre les familles qui voudront que la promesse présidentielle se réalise et la réalité. Après avoir été traités de feignants, ils vont être considérés comme des "désobéisseurs" ou des incapables», craignent-ils ensuite. Les représentants syndicaux soulignent également que réunir dans un espace aussi petit qu'une salle de classe un maximum d'élèves rend optimales les conditions de transmission, faisant craindre une possible contamination d'enseignants.

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