L’annonce de la réouverture des écoles à partir du 11 mai soulève de vives inquiétudes

L’annonce de la réouverture des écoles à partir du 11 mai soulève de vives inquiétudes© Sébastien Bozon Source: AFP
Elèves devant leur école de Mulhouse, le 6 mars 2020, quelques jours avant le début du confinement.

Dans son allocution du 13 avril, le président a annoncé la réouverture progressive des établissements scolaires à compter du 11 mai. De nombreux syndicats, professeurs et figures politiques de l'opposition contestent une décision jugée prématurée.

«Nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes», a déclaré Emmanuel Macron, dans son discours télévisé du 13 avril, en fixant «à partir du 11 mai» la réouverture des établissements scolaires. Le président de la République française a estimé que cette reprise était une «priorité», car selon lui «la situation actuelle creuse les inégalités». «Trop d'enfants, notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d'école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents», a-t-il estimé. La reprise des cours dans les crèches, écoles, collèges et lycées se fera en respectant «des règles particulières» pour «bien protéger les enseignants et nos enfants avec le matériel nécessaire»Les personnes présentant des symptômes pourront être dépistées, mais ces tests ne seront pas automatiques.  

Nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes

En revanche, dans l'enseignement supérieur, «les cours ne reprendront pas physiquement jusqu'à l'été».

Selon Emmanuel Macron, cette réouverture, qui concerne 12,5 millions d’élèves, est conditionnée au ralentissement de l’épidémie. Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer a précisé le 14 avril que la réouverture des écoles ne se ferait «pas du jour au lendemain» et que la priorité pourra être donnée «aux publics les plus fragiles», «élèves qui pourraient partir à la dérive du fait du confinement». Il a également informé que cette reprise des cours ne serait pas obligatoire.

Les syndicats inquiets

Les établissements scolaires sont fermés depuis le 16 mars, afin de limiter la propagation de la pandémie de Covid-19. C’est pourquoi l’annonce du chef de l’Etat a pour le moins surpris et inquiété les syndicats, qui mettent en doute la possibilité de faire respecter les règles permettant d’endiguer l’épidémie. «Le 11 mai […] tous les collectifs sont annulés sauf l’école, c’est ça qui nous interroge aujourd’hui. Et on se demande si derrière ça il n’y aurait pas de l’imprudence», s’est étonnée sur RT France Francette Popineau, porte parole du SNUIPP-FSU, le premier syndicat des enseignants du primaire.

Comment pourrions nous ouvrir les écoles, dont on sait que c’est un lieu de transmission très actif ?

«Dans le discours du président, il y a des contradictions. Parce que si le 11 mai on ne peut pas ouvrir les cinémas, on ne peut pas ouvrir les restaurants, comment pourrions-nous ouvrir les écoles, dont on sait que c’est un lieu de transmission très actif ?», questionne-t-elle. Sur le plan pratique, «il faudra envisager des demi-groupes, voire des tiers de groupe, des récréations échelonnées. Il faut que tout le personnel adulte |…] ait des protections nécessaires. Or nous savons que nous courons après les protections», a-t-elle dénoncé.

Mêmes interrogations au Snes-FSU, syndicat majoritaire des lycées et des collèges. Il exige des garanties sur les effectifs et les protections «sauf à faire courir des risques graves aux élèves et personnels». Benoit Teste, secrétaire général du Snes-FSU, interviewé par RT France, conteste ce retour rapide sur les bancs de l'école : «Nous sommes extrêmement dubitatifs et inquiets. Cette date nous semble prématurée et en contradiction avec les autres décisions sur le confinement.»

Au vu du manque de moyens actuels, on pense que cette reprise va être extrêmement problématique.

Pour le syndicaliste, de nombreuses questions d'organisation se posent. «Si la reprise le 11 mai est progressive, cela signifie que tous les élèves ne seront pas accueillis en même temps. Et alors que feront-ils ? S'ils sont dans la cour de récréation, ils se contamineront. S'ils restent chez eux, le problème de la garde reste entier», explique-t-il. Pour Benoit Teste, la principale raison de ce retour précoce à l'école est de «permettre aux parents de travailler».

Mais au-delà, de quels moyens disposeront-ils ? «Aura-t-on des masques à distribuer à tout le monde ? Les personnes fragiles pourront-elles être dispensées de travailler ? Et qui sera testé, et sur quels critères ?» : Benoît Teste estime que le dispositif risque d'être insuffisant pour assurer la sécurité sanitaire. «Au vu du manque de moyens actuels, on pense que cette reprise va être extrêmement problématique. Le virus circule plus particulièrement chez les jeunes, de manière asymptomatique. On redoute une reprise de l'épidémie», conclut-il.

La reprise ne doit pas se faire dans la précipitation

Le syndicat SE-Unsa a également exprimé sa perplexité sur Twitter. «Si l’école s’est arrêtée brutalement le 13 mars pour les enfants, les jeunes et les adultes, la reprise ne doit pas se faire dans la précipitation. La perspective du 11 mai apparaît très rapide au regard de la situation sanitaire actuelle», a informé Stéphane Crochet, son secrétaire général dans un communiqué.

Les syndicats des établissements scolaires vont échanger avec le ministre de l’Education à partir du 14 avril pour discuter des modalités de la reprises et affirmer ses exigences.

Les politiques sceptiques

Tout comme les syndicats des établissements scolaires, des responsables politiques de l’opposition ont marqué leur désapprobation sur Twitter.

Le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon a invité à la prudence, en contestant les annonces du président français : «Pourquoi cette date ? Pourquoi toujours aucune planification des moyens de protection ?» 

Valérie Boyer, députée Les Républicains des Bouches-du-Rhône, a émis des doutes sur la possibilité d’assurer la sécurité sanitaire des enseignants qui ne devraient pas, selon elle, devenir les «sacrifiés de la République».

 

Nicolas Dupont Aignan, fondateur de Debout La France, a estimé que les écoles ouvertes à cette date mettraient «en danger les Français». Il propose un déconfinement progressif uniquement pour les personnes testées et protégées de masques.

Enfin, une pétition en ligne contre la réouverture des écoles a recueilli plus de 27 000 signatures en quelques heures. 

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