Municipales à Paris : les projets sécuritaires des candidates passés au crible

Municipales à Paris : les projets sécuritaires des candidates passés au crible© Lionel BONAVENTURE Source: AFP
Un agent de la ville de Paris observe les quais de Seine pendant la période de confinement le 20 mars 2020 (image d'illustration).

Création d'une police municipale (avec ou sans arme létale), recours au domaine privé, plan contre les incivilités : que proposent Rachida Dati, Anne Hidalgo et Agnès Buzyn, les principales aspirantes à la mairie de Paris, en matière de sécurité ?

Rachida Dati, Anne Hidalgo et Agnès Buzyn : le mois de juin marque l'entrée dans la dernière ligne droite des élections municipales, après la longue pause imposée par l'épidémie de Covid-19, pour les principales concurrentes parisiennes. Si les candidates sont attendues sur de nombreux sujets, dans le contexte actuel, celui de la sécurité reste fondamental dans cette course élective pour décrocher la capitale.

Outre les innombrables manifestations qui se sont déroulées dans les rues de Paris depuis le commencement du mouvement des Gilets jaunes, bientôt relayées par les mouvements sociaux contre la réforme des retraites, les chiffres de la délinquance ont significativement augmenté au cours de l'année 2019, selon la préfecture de police de Paris, notamment avec une forte hausse des vols à la tire de 42% dans les transports en commun, mais également dans le domaine des cambriolages, des violences physiques et des atteintes sexuelles.

Le sujet de la création officielle d'une police municipale (ou plutôt d'une transformation du service de prévention et de protection parisien en police) avait à nouveau été abordé en novembre 2019, lorsque la majorité à l'Assemblée nationale avait bloqué un amendement qui aurait dû permettre à la mairie d'Anne Hidalgo d'entériner cette création. Selon Le Parisien, le premier adjoint de la ville, Emmanuel Grégoire, «furieux», avait dénoncé des «manœuvres politiciennes» de la part du candidat marcheur de l'époque, Benjamin Griveaux.

Quoi qu'il en soit, les indicateurs sécuritaires étaient au rouge au mois de janvier 2020 et le sujet a donc dominé la campagne électorale, notamment lors d'un débat entre les candidats au début du mois de mars.

En tête des suffrages au premier tour, un brelan de dames est particulièrement attendu sur ces sujets : la socialiste Anne Hidalgo avec 29,33% des votes exprimés, l'ancienne ministre Les Républicains, Rachida Dati avec 22,72% et la marcheuse Agnès Buzyn plafonnant à 17,26% au premier tour.

Par jeu d'alliances, l'écologiste David Belliard (10,79%) reporte sa candidature sur celle du maire sortant (Anne Hidalgo), tandis que l'ancien LREM Cédric Villani (7,88%) et l'Insoumise Danielle Simonnet (4,59%) continuent leurs courses respectives en solitaire, malgré leurs faibles scores.

Hidalgo/Belliard : police municipale sans armement létal et une attention marquée aux incivilités

Anne Hidalgo et David Belliard portent des projets sécuritaires présentant certaines similitudes, notamment l'idée de créer une police municipale qui ne disposerait pas d'armes létales.

Manifestement à la recherche d'une nouvelle police de proximité pour lutter contre les incivilités et faire de la médiation, David Belliard proposait de créer une «Brigade de la Sécurité et de la Tranquillité Publique (BSTP) non armée, en réorganisant le service de sécurité actuel de la mairie et en renforçant les effectifs, notamment sur le Nord Est.» L'élu EELV proposait également de nouer un partenariat «entre la ville de Paris et la police nationale pour que chaque agent soit formé et parfaitement à même de recevoir les victimes d'agressions racistes, sexistes, sexuelles et LGBTphobes.»

Sa nouvelle colistière Anne Hidalgo, très attendue pour défendre son bilan sécuritaire et proposer des solutions à une situation manifestement délétère, préfère également ne pas envisager d'armes létales pour cette éventuelle police municipale. Elle a notamment fait part dans un entretien à L'Obs de son inquiétude de voir la police municipale empiéter à cet égard sur les missions de la police nationale, en charge de lutter contre la criminalité et le terrorisme.

Anne Hidalgo souhaite en tout cas une police municipale de 5 000 agents et entend encourager la parité hommes/femmes en son sein. L'actuelle maire de la ville a également expliqué que les policiers municipaux seraient principalement chargés de lutter contre les dépôts sauvages d'encombrants, les déjections humaines et canines et les excès de vitesse des trottinettes.

Autre cible en ligne de mire de l'édile parisienne : le harcèlement de rue et «les actes racistes, antisémites et anti-LGBT», ainsi qu'elle l'a expliqué à L'Obs.

Un défi de taille pour Anne Hidalgo sera également de s'assurer des rapports au beau fixe avec le préfet de police de Paris, Didier Lallement, dont elle a dit dans ce même entretien qu'il considère (selon elle) «qu'il n'a pas à coopérer avec la mairie de Paris».

Les Républicains : une police municipale XXL et plus de privé

Du côté de l'ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy et actuelle maire réélue du VIIe arrondissement, Rachida Dati a réitéré, le 3 juin lors d'une visioconférence, sa volonté de créer une police municipale dotée d'armes létales, avec des antennes dans chaque arrondissement.

La police municipale voulue par Rachida Dati passerait de 2 900 (effectif actuel d'agents du service de prévention et de protection parisien) à 3 400 agents. Elle expliquait au Parisien le 22 février : «Ils seront équipés, comme dans toutes les grandes villes, avec armes létales, gilets pare-balles et flotte de véhicules sérigraphiés, équipés de sirène et de gyrophare, pour lutter contre la délinquance du quotidien. A quatre ans des JO, je n'imagine pas ne pas avoir de police municipale armée.»

Par ailleurs, l'ancienne ministre compte bien compléter cet arsenal d'un plan de vidéoprotection poussé, multipliant par trois le parc de caméras en passant à 4 000 appareils contre 1 360 aujourd'hui.

Mais Rachida Dati ne s'arrête pas là : elle veut également plus de place pour le domaine privé dans la protection. Elle déclarait en février vouloir «faire appel à la sécurité privée qui permettra de surveiller des bâtiments publics ou des bâtiments sensibles.»

La définition de ces sites est sujette à caution : Elysée, Matignon, ministères, gares, ambassades, tribunaux, lieux de culte, écoles... La liste peut être longue et mériterait d'être clairement établie. L'idée serait de soulager les policiers nationaux, les gendarmes et la mission Sentinelle de certaines de leurs tâches, selon l'analyse du Parisien.

Contacté par RT France, l'ancien commandant de police et porte-parole de l'Union des policiers nationaux indépendants, Jean-Pierre Colombies estime pour sa part qu'«on retrouve [avec Rachida Dati] la patte Sarkozy du tout-sécuritaire», mais il prévient : «Je leur dis "chiche", qu'ils mettent du privé partout pour surveiller les événements et les bâtiments, mais il faudra que les moyens suivent derrière... Alors qui va payer ? Les Parisiens ?»

Et l'ancien policier national de s'inquiéter pour l'avenir de l'institution où il a œuvré pendant plusieurs décennies : «La privatisation de la police pose la question de ce qui reviendra au régalien ou pas. Mais le tout-police municipale peut également être dangereux de mon point de vue. D'ailleurs, cette municipalisation de la police et l'interférence du domaine privé, cela ne se résout-il pas à déshabiller le service public ? N'a-t-on pas vu récemment où ça pouvait mener, notamment avec la santé ?»

Jean-Pierre Colombies rappelle aussi que selon cette vision centrée sur une police municipale renforcée par rapport à la police nationale, les villes fortunées «comme Paris ou Levallois peuvent amortir», mais au plan national le sentiment de sécurité pourrait baisser dans des villes moins bien dotées si la police nationale devait reculer.

Enfin, l'ancien officier expérimenté met en garde contre les querelles de pouvoir et se souvient : «Au niveau de Paris, la surenchère de la police municipale risque d'ajouter encore au mille-feuilles administratif avec des oppositions locales potentielles. Il suffit de voir les relations entre la police nationale et les maires de certains arrondissements parisiens ou dans les Hauts-de-Seine : parfois ils ont voulu la tête du commissaire local et ils l'ont obtenue !»

Buzyn : la marcheuse dans les chaussons du parti ?

L'ancien ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn a dû reprendre la campagne pour Paris là où son prédécesseur Benjamin Griveaux l'a laissée après le scandale des révélations à teneur sexuelle du mois de février, le concernant. Les propositions en matière sécuritaire n'ont pas évolué d'un candidat à l'autre.

Au mois de février, la marcheuse avait fait savoir que la sécurité et la propreté seraient ses priorités et elle a organisé à son quartier général de campagne une réunion en compagnie de ce que le parti présidentiel compte de poids-lourds en matière de sécurité : Laurent Nunez, préfet et actuel secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID et Bernard Boucault, ancien préfet de police de Paris.

L'ancienne ministre plaide également pour une police municipale dotée d'armes létales et estime l'action d'Anne Hidalgo trop faible en matière de sécurité, considérant que cette dernière aurait «mis trop peu d'actions en place». Agnès Buzyn précise qu'à son sens, les policiers sont devenus des cibles en milieu urbain et qu'«ils doivent pouvoir se défendre».

La candidate veut aussi pacifier les rapports entre la mairie de Paris et la préfecture de police : «Les mauvaises relations ont été catastrophiques pour les Parisiens», a-t-elle déclaré selon CNews depuis son QG en février.

Le discours concernant la police municipale de la marcheuse est similaire à celui de Rachida Dati : «La police municipale s'occupera des sujets du quotidien [permettant ainsi] à la police nationale de se recentrer sur ses missions».

Concernant les propositions du parti présidentiel, l'ancien commandant de police contacté par RT France ne s'est du reste pas montré plus convaincu qu'à la vue du programme de Rachida Dati : «C'est de la surenchère ces programmes et c'est très démagogique... En attendant, il faudra que la majorité présidentielle nous explique ce que les vitupérations de la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa ont produit comme effets contre le harcèlement de rue. Alors chacun veut laver plus blanc que blanc, mais le débat sur la police municipale est là depuis longtemps, ce n'est pas novateur. Quand on vote pour ces programmes, il faut quand même se demander ce que ça peut changer dans notre quotidien. Une police municipale plus présente que la police nationale, ce serait vraiment rassurant ?»

Les Insoumis contre la création d'une police municipale, préoccupés par les LGBT-phobies et le contrôle au faciès

En matière de sécurité, le programme porté par Danielle Simonnet pour la France insoumise propose : «Nous nous opposerons à la police municipale et à la politique du chiffre appliquée à la police nationale. Nous augmenterons les effectifs et la formation des agents de la Ville qui assurent des missions de sécurité, notamment en mettant en place des formations à la lutte contre les violences faites aux femmes et les LGBT-phobies.»

Par ailleurs, l'aspirante à la mairie de Paris, qui a surtout réussi son premier tour dans le XXe arrondissement, explique : «Nous ferons de Paris un territoire expérimental pour le récépissé contre le contrôle au faciès : il n'est pas acceptable que des jeunes, notamment issus des quartiers populaires, subissent des contrôles incessants en raison de leur apparence physique et de leurs origines.» Enfin, les Insoumis se disent opposés à l'usage du lanceur de balles de défense et veulent «garantir le droit de manifester sur le territoire parisien».

Antoine Boitel

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