Polémique : l'Unef fait pression pour interdire toute note inférieure à 10/20 à la Sorbonne

Polémique : l'Unef fait pression pour interdire toute note inférieure à 10/20 à la Sorbonne© Alain JOCARD Source: AFP
Les étudiants auront-ils automatiquement 10/20 dans plusieurs universités, quel que soit le rendu de leur travail (image d'illustration) ?

Le syndicat Unef exige que la Sorbonne note au-dessus de la moyenne tous les examens de fin d'année, compte tenu des conditions de travail durant le confinement. Tous les étudiants et professeurs ne semblent pas soutenir cette mesure.

La polémique est de plus en plus importante dans la célèbre université de la Sorbonne à Paris après la publication d'une tribune du syndicat étudiant de gauche, l'Unef. Ecrit en langue inclusive et paru le 8 avril sur le site Mediapart, le texte estime que pour «lutter contre l'échec de masse […] de toute une génération», la Sorbonne se doit de remplacer les examens par «des devoirs maison, sans télésurveillance et aux délais indicatifs». De même, tous les étudiants devraient obtenir «a minima la note de 10/20 à leur semestre, filet de sécurité assurant une évaluation sans faire échouer toute une génération».

L'Unef argumente ainsi : «Nous faisons également face à l’anxiété et au stress du confinement et sommes ainsi bien loin de conditions sanitaires propices à une évaluation classique […] Aucun.e étudiant.e ne doit être pénalisé.e par les mesures prises pour la santé de tou.te.s. Aucun.e étudiant.e ne doit rater son semestre faute de matériel informatique, faute de logement décent, faute d’argent tout simplement.»

Une pétition a été lancée sur change.org pour étendre cette idée à plusieurs universités.

Cette injonction n'a pas été au goût de certains étudiants, à l'instar de Margot Nicoulaud. Sur Twitter, elle se dit «partagée entre rire et dégoût» et s'adresse à l'Unef : «En plus d'exclure toute notion de mérite, vous propagez l'idée selon laquelle la fac est effectivement un vaste centre aéré», s'insurge-t-elle.

Le syndicat souverainiste La Cocarde étudiante s'est aussi ému de la proposition de l'Unef, estimant que «le diplôme "pour tous", c'est la dévaluation pour tous». Et d'ajouter que «cela revient à faire valider automatiquement l'année pour tous. Il faut bien comprendre que le contexte sanitaire n'a été qu'un prétexte à tout ceci, et que cette braderie des diplômes s'inscrit parfaitement dans le logiciel idéologique de la gauche étudiante».

Le responsable du syndicat Uni (classé à droite) à Paris 1, Guilhem Carayon, pose aussi la question du mérite : «Sans la possibilité de l’échec, quel sens donne-t-on à la réussite ?»

Sauf que le lobbying de l'Unef a, semble-t-il, fonctionné. A la Sorbonne comme dans plusieurs universités, dont celles d’Aix Marseille et d’Avignon d'après BFM TV, la règle de l'interdiction des notes en dessous de la moyenne pour les étudiants va être appliquée.

Après ce choix, 13 enseignants se sont insurgés et ont contesté la directive en référé devant le tribunal administratif de Paris, le 7 mai, rapporte Le Monde. Face à eux se trouvaient l'Association générale des étudiants (AGE-Unef), les syndicats d'enseignants Snesup-FSU et CGT, ainsi que l’association de la Communauté juridique des étudiants de la Sorbonne (CJES). Le 20 mai, le juge s'est rangé de leur côté. Après cette décision, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a déclaré dans un communiqué qu’elle «appuiera les enseignants-chercheurs qui souhaiteront se pourvoir en cassation devant le Conseil d’Etat». 

Le recteur de Paris a également décidé de saisir le tribunal le 22 mai, soutenu par François-Guy Trébulle, directeur de l’Ecole de droit de la Sorbonne. Le 27 mai, celui-ci a expliqué sur RMC que «donner la moyenne à tout le monde, c’est en réalité refuser qu’une évaluation digne de ce nom puisse avoir lieu. Et ça, c’est quelque chose qui nous paraît d’une absolue gravité et qui, je crois, ne s’est à peu près jamais passée. Sans la possibilité de l’échec, quel est le sens de la réussite ? Encore une fois, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas tenir compte de situations d’inégalité numérique et des situations dans lesquelles il y a des étudiants qui peuvent avoir des difficultés de connexion. Il ne faut pas du tout le nier.»

L'organisation Uni a également annoncé, le 28 mai, vouloir contester judiciairement l'automatisation du 10/20 en déposant «un mémoire au tribunal administratif pour faire annuler cette motion».

Une nouvelle réponse judiciaire devrait avoir lieu, courant de la semaine prochaine.

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