Lyon : Collomb s'allie avec Wauquiez pour contrer les écologistes, LREM lui enlève l'investiture

Lyon : Collomb s'allie avec Wauquiez pour contrer les écologistes, LREM lui enlève l'investiture© PHILIPPE WOJAZER Source: Reuters
A Lyon, le crépuscule attendu du règne de Gérard Collomb (image d'illustration).

Divisions internes, marchandages et tambouille politique. Le baron local et parrain politique d'Emmanuel Macron Gérard Collomb vient de s'allier avec la droite LR pour faire barrage aux écologistes. LREM a décidé de lui retirer son investiture.

Si les élections municipales à Paris constituent une saga de revers pour la macronie, Lyon est la principale ville où les élections tourmentent également La République en marche (LREM). Investi par LREM, Gérard Collomb s'est lancé cette semaine dans une entreprise politique qui en a surpris plus d'un. L'actuel maire de la ville du Rhône a en effet obtenu une alliance avec Les Républicains (LR), en s'effaçant derrière le prétendant de la droite pour la présidence de la métropole. L'objectif de Gérard Collomb : battre coûte que coûte ses anciens alliés d'Europe Ecologie Les Verts (EELV). Qui pouvait imaginer un tel scénario il y a encore quelques mois ?

Gérard Collomb reçoit une gifle électorale

A l'origine, Lyon devait être une vitrine pour LREM avec un succès quasi assuré. En effet, Gérard Collomb – l'un des premiers soutiens officiels d'Emmanuel Macron pour son accession à l'Elysée – tient les cordons politiques de la ville et de son pourtour depuis près de vingt ans. Le non-cumul des mandats a obligé celui-ci à préférer la présidence de la métropole (regroupant 59 communes dont Lyon) à la conquête de la simple mairie lyonnaise. Au fil des sondages et des mois, Gérard Collomb a peu à peu perdu du terrain sur ses adversaires, d'autant plus qu'il a dû faire face à une division interne chez les macronistes, ceux-ci souhaitant un renouvellement du pouvoir lyonnais autour de David Kimelfeld.

Reste que le premier tour a été une douche froide pour Gérard Collomb. Il n'a réalisé qu'un score de 17,29% sur la moyenne des circonscriptions, devancé de peu par le sénateur LR François-Noël Buffet (17,67%) et plus largement par le candidat d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) Bruno Bernard (22,62%). Gérard Collomb est aussi talonné par son ancien bras droit, le dissident LREM David Kimelfeld (16,97%).

En recherche d'alliances, Gérard Collomb ferraille contre le péril écologiste

A un mois du second tour, les tractations sont donc allés bon train pour définir les contours des alliances. L'actuel président de la métropole (depuis 2017), et marcheur non investi par le parti, David Kimelfeld dénonce le 26 mai dans un communiqué, la tambouille amorcée par Gérard Collomb : «Je ne ferai pas d'accord politicien hors sol comme m'y invitent Gérard Collomb et François-Noël Buffet, en voulant organiser un rassemblement pour éviter le soi-disant péril vert comme on invitait, en 2002 et 2017, à se mobiliser pour voter contre le Rassemblement National. Je ne m'associerai pas à cette démarche, qui ressemble plus à un mouvement de panique et à un aveu de faiblesse électorale. Il n'y aura pas, pour moi, ce type d'accord global et je me refuse à ce genre de négociation. Ces tractations politiciennes sont indécentes...»

Selon David Kimelfeld, Gérard Collomb ferait barrage aux écologistes. Difficile de comprendre dans la mesure où Gérard Collomb s'est allié aux écologistes pendant plus de 20 ans à la mairie. A moins que Gérard Collomb n'ait été vexé de voir EELV en tête ?

Dans tous les cas, l'officialisation de la recherche d'accord pour battre EELV s'est faite concrètement le 28 mai. Gérard Collomb a rencontré la veille le président de la région Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes) pour négocier les postes. «C'est un moment qui peut surprendre car nous venons de familles politiques différentes», déclare Gérard Collomb en conférence de presse le 28 mai et annonce : «J'ai proposé [...] que François-Noël Buffet soit candidat à la métropole de Lyon.» Prêt à tout pour battre EELV, l'ancien ministre de l'Intérieur s'efface donc au profit de la droite pour la métropole, tandis que la négociation permet au protégé de Gérard Collomb à l'hôtel de ville, Yann Cucherat, d'obtenir le soutien des LR.

L'accord LREM-LR crée une tension au sein de LR... et de LREM

Les réactions ont vite fusé. Le Macron-compatible David Kimelfeld en a rajouté une couche sur les réseaux sociaux, le 28 mai : «Je dénonce les petits arrangements entre ennemis qui ont été négociés dans l'ombre entre Gérard Collomb, paniqué par la perspective de la défaite, et Laurent Wauquiez figure de proue de la droite conservatrice. Cela conduit à des alliances contre-nature.»

Chez certains LR, l'accord local avec LREM a également fait grincer des dents. Comment le parti pourrait incarner une opposition sérieuse avec des accords avec la majorité gouvernementale ? «Ce sont les élus territoriaux qui ont pris cette décision, pas les appareils politiques», a tenté de tempérer le député et président du parti Christian Jacob sur France 2.

Du côté de La République en marche, le malaise est aussi palpable. Ce ticket LREM-LR pour la métropole et à la mairie de Lyon déplaît. Le délégué général du parti, Stanislas Guerini a évoqué une ligne rouge de «franchie»

Au niveau local, tous les marcheurs ne se satisfont pas de l'accord global. Dans un communiqué, Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône et ancien Premier adjoint de Gérard Collomb pendant près de 15 ans, a déploré un «effondrement de [ses] valeurs». «Il passe par-dessus bord toutes ses belles convictions dans l’espoir de conserver un petit pouvoir», a-t-il regretté.

Gérard Collomb est aussi désavoué dans ses propres rangs actuels. L'une des têtes de liste LREM (circonscription Ouest), Julien Ranc, a ainsi rejeté l'accord global de Gérard Collomb et décidé de chercher une alliance sur son territoire avec les LREM dissidents (autour de David Kimelfeld) : «Parce que les candidats issus des rangs écologistes n’ont absolument rien à voir avec les candidats du Rassemblement national, nous estimons que la création d’un "front républicain anti-Verts" n’est pas à l’ordre du jour. D’autant plus à l’heure où les priorités de nos concitoyens sont aujourd’hui à la lutte contre le réchauffement climatique, à l’accompagnement des grandes mutations et au développement des modes doux.»

Quatre adjoints de la mairie de Lyon, issus de la gauche, ont aussi présenté leur démission. 

Conséquence : LREM a menacé de retirer l'investiture à «l'ensemble des candidats dans les arrondissements lyonnais et les circonscriptions de la métropole qui décideraient de s'engager à leur tour dans ce schéma d'alliance». Logiquement, le parti présidentiel a décidé de retirer les investitures, tant à Gérard Collomb pour la métropole qu'à Yann Cucherat pour la mairie. LREM n'a officiellement plus de candidat dans la deuxième agglomération française. Une déconfiture en marche ?

Bastien Gouly

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