Beauvau est-il devenu un foyer épidémique par manque de respect des gestes barrières ?

Beauvau est-il devenu un foyer épidémique par manque de respect des gestes barrières ?© Ludovic MARIN Source: AFP
Hôtel de Beauvau, siège du ministère de l'Intérieur, le 1er avril 2020 à Paris (image d'illustration).

Alors que le ministère dont dépendent les policiers nationaux et les gendarmes rappelle à ses agents, exigeant des protections sanitaires, la nécessité de respecter les gestes barrières, la haute hiérarchie elle-même n'aurait pas respecté ces règles.

Les conditions sanitaires qui ont menacé dès le début de la crise les effectifs de la sécurité intérieure pourraient à nouveau poser un problème majeur qui toucherait cette fois directement le cœur du pouvoir : l'hôtel de Beauvau, à Paris (VIIIe arrondissement). C'est dans ce lieu que le comportement du préfet Alain Thirion, patron de la sécurité civile et testé positif au Covid-19, est vivement critiqué pour son manque de respect des gestes barrières. Six personnes appartenant à la même cellule de crise que lui seraient également malades selon les informations d'Europe 1.

Dès le début du mois de mars, les grandes organisations syndicales du secteur policier ont émis, auprès du ministère de l'Intérieur, des inquiétudes pour leurs adhérents qui travaillent dans les commissariats et sur le terrain tous les jours : sans moyens de protection adéquats, ils seront en situation de risque pour leur propre santé et celle de leurs proches... Mais, à Beauvau, les réponses de l'administration, se sont faites lacunaires voire butées. Des responsables syndicaux contactés par RT France à cette même période ont effectivement évoqué des «demi-réponses» et des «fins de non-recevoir» de la part des huiles du ministère.

Puis, sur les ondes, par e-mail, sur des affiches, des messages contradictoires ont été diffusés auprès des policiers, émanant de la haute hiérarchie : interdiction de porter le masque sur la voie publique, puis possibilité de le porter, puis invitation à ne le porter qu'en présence d'individus identifiés comme «malades». Le ministre de l'Intérieur lui-même a rappelé cette consigne lors d'interviews à la presse et les policiers et gendarmes ont surtout été appelés à respecter les fameux «gestes barrières», notamment dans des communications officielles, ici le 28 mars : «Pour ceux dont la présence est nécessaire, là aussi des mesures ont été prises, et je leur demande de respecter scrupuleusement les gestes barrières. Ils sont le meilleur rempart contre le virus.»

Les syndicats, pas convaincus par les gestes barrières, voulaient des masques

Mais bientôt, les syndicats et associations de policiers en colère ont fait valoir qu'ils n'étaient pas médecins et que de nombreux porteurs étaient asymptomatiques. Les masques disponibles ont de surcroît, en grande partie, été réquisitionnés à destination des agences régionales de santé. Le syndicat VIGI-MI a même déposé plainte contre les hiérarchies qui ont organisé cette réquisition ou interdit le masque à leurs effectifs.

Par la suite, une compagnie entière de CRS a fait valoir son droit de retrait, puis plus récemment, une autre a refusé le cantonnement au grand centre de Pondorly (Val-de-Marne). Là encore, la petite muette est restée discrète sur le sujet.

La petite muette ne communique pas sur la décontamination

Le ministère a opté pour la même discrétion concernant le nettoyage de ses locaux. L'organisation de policiers en colère, UPNI, avait déjà fait allusion à un récurage minutieux des locaux ministériels, qu'elle avait opposé aux conditions sanitaires jugées délétères dans lesquelles les policiers devaient travailler... Mais selon les informations d'Europe 1, le 15 avril «sans qu’il soit encore clairement établi qui en a donné l’ordre» des équipes des marins-pompiers de Marseille auraient pris un avion pour venir «décontaminer» les locaux de la cellule de crise de la place Beauvau.

Selon les informations du Canard enchaîné la venue de cette brigade équipée de tenues NRBC (contre les risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques) directement de Marseille n'aurait d'ailleurs pas été du goût du préfet de police de Paris qui aurait vu une certaine défiance de la part du ministère qui a préféré ces effectifs du sud de la France à ceux de la capitale. C'est l'option qui avait été choisie pour décontaminer l'Elysée au début du mois de mars selon le Canard enchaîné.

Gestes barrières pour les policiers et les gendarmes... mais pas pour les préfets ?

Parmi les causes de cette fuite épidémique dans le saint des saints de la sécurité intérieure française, il y en a une est plus particulièrement pointée du doigt : l'attitude légère dont aurait fait preuve le préfet Alain Thirion, arrivé à la tête de la Sécurité civile en juillet 2019, et qui n'aurait pas respecté les gestes barrières pendant la pandémie alors qu'il présentait des symptômes alarmants.

Ayant bénéficié de deux tests négatifs, selon les informations d'Europe 1, ce serait seulement le troisième test qui se serait révélé positif pour le haut-fonctionnaire mais entre temps, il aurait suscité une certaine gêne parmi les personnes qui le côtoyaient au quotidien, notamment au sein de la cellule de crise du ministère. Le site internet de la radio, citant plusieurs sources de Beauvau, précise que ce dernier «se sentait malade depuis un mois et [s'était] cependant affranchi des consignes sanitaires».

Il se tenait très près de ses interlocuteurs, il toussait en permanence !

Europe 1 ajoute des témoignages accablants émanant manifestement de personnes qui travaillaient au sein de cette cellule de 70 personnes : «Il se tenait très près de ses interlocuteurs, touchant l'épaule de l'un, le stylo de l'autre... et surtout, il toussait en permanence !»

Lorsque le directeur général de la sécurité civile (DGSC) est revenu travailler après une première absence, un colonel des pompiers, «pilier de la cellule» selon l'hebdomadaire Valeurs actuelles, est tombé malade à son tour et a dû quitter son poste.

Le préfet de la DGSC a continué son travail malgré les symptômes. Puis, il a été de nouveau contraint de s'arrêter tout en étant testé négatif, selon les informations d'Europe 1. Négligeant tout recours au télétravail, il est donc retourné à la cellule interministérielle «suscitant parfois la gêne autour de lui tant il ne prenait pas de précaution», ajoute la même source.

Un portrait peu reluisant du préfet arrivé en 2019 à cette fonction

Europe 1 ajoute une touche de couleur dans son portait du personnage qui éclaire quelque peu le tableau : «Il faut dire que le directeur général de la sécurité civile est décrit comme un préfet au fort caractère, parfois peu apprécié par ses subordonnés dont certains lui reprochent ses méthodes de management.»

Des consignes «venues d'en haut» aurait permis de mettre le préfet à l'arrêt et le troisième test se serait révélé positif, mais quatre autres effectifs de la cellule seraient tombés malades pendant ce laps de temps, selon Europe 1.

La radio enfonce ensuite le clou : le préfet serait également visé par une enquête préliminaire pour harcèlement moral et sexuel à la suite d'une plainte déposée en décembre 2019 pour des faits qui remonteraient à 2015/2016. En conséquence, il serait pressenti qu'il quitte ses fonctions à la sécurité civile «à l'issue de la crise sanitaire».

Par ailleurs, le préfet avait déjà suscité des critiques internes à son arrivée par manque d'expérience opérationnelle chez les pompiers, selon Mediapart... N'en jetez plus !

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