En larmes, Agnès Buzyn quitte le ministère de la Santé, léguant plusieurs chantiers à son successeur

En larmes, Agnès Buzyn quitte le ministère de la Santé, léguant plusieurs chantiers à son successeur© GEOFFROY VAN DER HASSELT
Agnès Buzyn lors de la passation de pouvoir à l'ex-député LREM de l'Isère, Olivier Véran.
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Sibeth Ndiaye est catégorique : le choix d'Agnès Buzyn de candidater à la mairie de Paris «correspond à une très forte envie politique» de sa part. C'est avec émotion que la désormais ex-ministre a transmis les nombreux dossiers à son successeur.

Désormais candidate à la mairie de Paris sous les couleurs du parti présidentiel, Agnès Buzyn s'est exprimée ce 17 février lors de la passation de pouvoir au ministère des Solidarités et de la Santé.

Expliquant vivre un «déchirement», la ministre s'est toutefois montrée optimiste quant aux capacités de son successeur, le député LREM de l'Isère Olivier Véran, à reprendre la main sur les dossiers en cours. «J'ai une confiance absolue dans la façon dont tu vas gérer ce ministère», lui a-t-elle dit devant les caméras. Et la ministre sortante de conclure, essuyant ses larmes, en indiquant avoir «vécu l'une des plus belles aventures humaines».

Mme Buzyn quitte le ministère en pleine tempête

Hôpitaux en grève, retraites et coronavirus : chantier en cours

Des larmes qui n'ont visiblement pas ému le personnel hospitalier, les soignants ayant massivement dénoncé le même jour son départ du ministère dans le climat social actuel.

«Mme Buzyn quitte le ministère [...] en pleine tempête, au lieu de répondre aux exigences des personnels et des organisations qui les représentent pour "sauver" l'hôpital public», a commenté la CGT Santé dans un communiqué cité par l'AFP.

«L'hôpital brûle et Agnès Buzyn regarde l'hôtel de ville», a de son côté twitté le syndicat Avenir des jeunes pharmaciens hospitaliers (AJPH).

Sur le même réseau social, le collectif Inter-Hôpitaux (CIH) a pour sa part imaginé des slogans de campagne pour la nouvelle candidate à la mairie de Paris : «Vous êtes pour les brancards aux urgences, votez Buzyn !» ou encore «Vous êtes pour l'étranglement financier de l'hôpital public, votez Buzyn !»

De la grève des urgentistes aux démissions administratives en chaîne de médecins hospitaliers, Agnès Buzyn laisse derrière elle de lourds dossiers dans un climat social pour le moins explosif.

De fait, à travers des lettres ouvertes et des actions ciblées, la ministre a été interpellée plus d'une fois sur le mal-être qui traverse le milieu hospitalier. On se souvient par exemple du cri d'alerte du président de SAMU-Urgences de France qui, en mai 2019, faisait part à la ministre d'«un point de rupture jamais atteint», déplorant notamment la «saturation des services et des personnes» dans la profession.

Dans le cadre des nombreuses manifestations du personnel hospitalier, les urgentistes se déshabillaient le mois suivant au pied du ministère de la Santé après un «die-in» visant à sensibiliser le gouvernement à ses revendications, comme avait pu en témoigner le journaliste RT France Antoine Boitel qui avait suivi l'action.

Autre dossier chaud qui attend le nouveau ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran : la très contestée réforme des retraites, qui a provoqué l'une des plus importantes grèves de la Ve République, et dont l'examen à l'Assemblée nationale débutait... ce 17 février. Rapidement jeté dans le bain, le successeur d'Agnès Buzyn a pris la parole dans l'hémicycle, où il a d'entrée de jeu été chahuté par l'opposition. «L'heure est aujourd'hui à la responsabilité face aux Français, par une discussion qui prendra le temps qu'elle prendra, y compris dans le brouhaha», a entamé le neurologue de 39 ans.

Au climat social s'ajoute également le dossier du coronavirus, sur lequel la ministre a expliqué avoir passé beaucoup de temps.

Si elle bénéficie aujourd'hui d'un large plébiscite au sein du camp Macron, l'ancienne ministre serait plus que jamais déterminée à relever son nouveau défi. Son choix «correspond à une très forte envie politique» de sa part et Emmanuel Macron n'a «pas eu à la convaincre», a assuré ce 17 février la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Un enthousiasme pour le moins inattendu de la part de celle qui, deux jours avant d'annoncer sa candidature, avait déclaré qu'elle ne pourrait pas être candidate aux municipales : «Avec tous mes dossiers et en plus la crise du coronavirus, mon agenda est trop chargé», avait-elle expliqué.

Fabien Rives

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