Municipales : le Parti animaliste, trublion des élections ?

Municipales : le Parti animaliste, trublion des élections ?© JOEL SAGET Source: AFP
INTERVIEW
L'affiche de campagne du Parti animaliste lors des législatives de 2017.

Fort de ses 2,16% lors des dernières européennes, le Parti animaliste entend peser sur les élections municipales et ne pas se cantonner à faire de la figuration. Il présentera notamment des listes 100% Parti animaliste dans une dizaine de villes.

La Parti animaliste va-t-il encore nous surprendre avec les prochaines municipales du 15 et 22 mars ? Dans tous les cas, pour commenter le score des européennes (2,16%), ne parlez pas de surprise à la coprésidente du Parti animaliste Isabelle Dudouet-Bercegeay, alors que d'autres mouvements plus médiatisés ont pourtant fait moins de 2%. «On pensait qu’on pouvait même faire plus. En Haute-Marne, le seul département où on a pu avoir des professions de foi, on a fait 3,97%», regrette presque la cadre du mouvement, interrogée par RT France. «Lors des tractages, on voyait bien que la population était réceptive à la question animale», assure-t-elle. 

Depuis la création du parti en 2016, le Parti animaliste (PA) tente de se présenter à chacune des élections, comme lors des législatives de 2017 avec 147 candidats (réalisant en moyenne 1,1 % des suffrages exprimés). Les européennes passées, la formation peut cette fois-ci jouir d'une nouvelle notoriété. Pour les municipales du 15 mars, une dizaine de villes (Aix-en-Provence, Avignon, Antibes, Le Havre, Toulouse, Nîmes, Rouen, etc.) verront de fait des listes 100% Parti animaliste être proposées à leurs habitants. Dans d'autres villes, un jeu d'alliance s'est mis en place avec des structures politiques de tout bord. La coprésidente de la formation politique confie d'ailleurs que le potentiel électoral du Parti animaliste est envié par les autres mouvements. Si bien que celui-ci aurait même «refusé des alliances» : «On ne cherche pas à avoir des élus pour avoir des élus. On préfère refuser des opportunités si elles ne nous semblent pas tenir la route, quitte à avoir moins de présence. Il n’est pas question de brader l’image du Parti animaliste et tout ce que porte le parti, juste pour avoir un élu qui, au bout de compte, ne fera rien car rien de conséquent n’aura été négocié.»

«Ça déroute parfois les autres partis d’ailleurs, qui ne sont pas forcément habitués à cela», confie-t-elle, en s'amusant de voir que des partis ont osé demander un soutien du PA sans que celui-ci n'obtienne de contrepartie. «Les Français qui ont voté pour nous, on ne va pas les trahir», assène Isabelle Dudouet-Bercegeay.

Convoité, le Parti animaliste exige

Les concessions, très peu donc pour le PA. Un parti qui ne compte pas s'écarter de ses idées pour acquérir des postes politiques. Il refuse par conséquent de «faire de la figuration pour obtenir des mesurettes». «Si on fait des alliances, c’est parce qu’on a un engagement ferme, avec des mesures ambitieuses pour les animaux de la part du parti avec lequel on fait une alliance», affirme la cofondatrice du PA, avertissant que toutes les manœuvres médiatiques ne passent pas.

Elle reste ainsi méfiante sur certains responsables politiques, qui seraient uniquement intéressés publiquement par la cause animale pour une éventuelle récolte de voix : «Il ne faut pas qu’ils s’imaginent que du blabla ou une photo avec un animal sur les réseaux sociaux, ça va suffire.» Elle déplore ainsi l'attitude du ministre macroniste de l'Action et des Comptes publics, et candidat à la mairie de Tourcoing, Gérald Darmanin. Dans Le Canard enchaîné du 22 janvier, on apprend que celui-ci conseille à d'autres membres du gouvernement de surfer sur cette tendance : «Plutôt que de mettre des choses compliquées et techniques sur vos comptes Twitter ou Instagram, mettez des photos de chats et de chiens, et, vous verrez, ça ira mieux. Vous montrerez que vous avez du cœur et de l'émotion. On est dans les élections municipales, la condition animale, c'est un sujet. Moi, à Tourcoing [dont il fut maire de 2014 à 2017], j'ai un adjoint à ma condition animale, je suis le seul de France à l'avoir.»

Faire de l’esbroufe sur le dos des animaux pour trouver des voix ? Cela ne dupera pas le citoyen, selon Isabelle Dudouet-Bercegeay : «Il ne faut pas qu’ils s’imaginent que cela va fonctionner. Jusqu'à présent, il y a eu peu de promesses électorales et elles n’ont même pas été tenues en faveur des animaux. Les Français veulent des actes, pas du blabla.»

La question animale est vraiment au-delà du clivage gauche droite

Quant à la position du PA sur l'échiquier politique, permettant entre autres d'orienter les éventuelles alliances, Isabelle Dudouet-Bercegeay n'y va pas par quatre chemins. Cela peut ratisser large de gauche à droite : «La question animale est vraiment au-delà du clivage gauche droite. On a des alliances avec Europe Ecologie Les Verts, avec des partis de gauche, avec des partis de droite. Ce qu’on regarde c’est l’engagement des candidats. Il faut qu'ils soient extrêmement motivés pour la question animale. La première condition c’est que le candidat de l’autre parti doit être d’accord avec notre charte des valeurs.» Paris, Grenoble, Nantes, Montpellier, Vitrolles, Rambouillet, Orléans : le Parti animaliste multiplie les accords.

Des alliances avec la majorité au pouvoir – c'est à dire La République en marche – sont-elles également possibles ? Pour la militante de la protection animale, rien n'est exclu puisque les alliances sont liées «au local» : «On est encore en pourparlers pour certaines communes», ajoute-t-elle, précisant que des adhérents du PA se présenteront aussi sur des listes citoyennes. Celle-ci semble d'ailleurs sereine avant les élections : «On aura des élus, c'est certain.»

Ces échéances électorales seraient selon elle idoines pour concrétiser des mesures fortes : «Les municipalités ont beaucoup de pouvoir pour agir concrètement pour les animaux. Si on prend les marchés publics, dans nos mesures, on veut l'interdiction d’acheter de la viande issue d’élevages intensifs ou d’abattoirs pratiquant l’élevage sans étourdissement. C’est concret. On a une vraie possibilité d’agir.»

On aura des élus, c'est certain

Si les négociations électorales ne sont pas finies, les ambitions programmatiques du PA sont exigeantes : «On souhaite par exemple que dans tous les restaurants collectifs de la municipalité, il y ait un jour par semaine un menu végétarien et on propose un deuxième menu végétarien dans les cantines. On demande également la stérilisation des chats errants.»

La liste est en fait longue. Néanmoins, la principale exigence du PA semble «la création d’une délégation à la protection animale» : «Aujourd’hui, c’est rare qu’une commune ait cette délégation. Tout le monde trouve normal qu’il y ait des délégations à la culture, au sport, mais la question animale, jusqu’à présent, cela passe au travers… Cette délégation permettrait de mieux mettre en œuvre des mesures négociées dans le cadre de l’alliance.»

Le Parti animaliste, plus qu'un parti, un lobby pour les animaux

Au-delà des élections, le PA a un objectif clair : le lobbying sur la question animale. Il peut s'appuyer sur de nombreux soutiens médiatiques : Brigitte Bardot, Laurent Baffie, Arnaud Tsamère, Anny Duperey, Raphaël Mezrahi, Agnès Soral, etc. Et avec son score des européennes, le PA oblige les partis traditionnels – en quête d'électeurs – à se positionner sur le thème animal. Isabelle Dudouet-Bercegeay ne s'en cache pas, c'est l'un des buts du parti : «Le poids politique de la question animale a été remarqué par les partis. La preuve c’est que de plus en plus de villes commencent à prendre des arrêtés contre les cirques avec animaux par exemple.» Mais les organisations politiques n'évolueraient pas assez vite. «Huit français sur dix souhaitent l’arrêt de l’élevage intensif, et il n'y a toujours rien de ce côté-là», prend-elle pour exemple.

Dans cette optique, le PA aura l'audace de se présenter à Nîmes afin de proposer une liste ouvertement anti-corrida, dans une ville à tradition taurine. «On est le seul parti présent aux municipales à Nîmes qui se présentera contre la corrida. Or, la plupart des Nîmois ne sont pas forcément en faveur de la corrida car les sondages montrent que même dans les départements où l’on pratique la corrida, plus de 70% sont contre», souligne Isabelle Dudouet-Bercegeay.

Le PA devrait cependant faire face à une «limite électorale», une limite assumée par le parti. Le Parti animaliste se concentre en effet exclusivement sur la question animale. Aucune idée dans leur projet sur l'immigration, les retraites, les orientations économiques de la France, la défense, etc. Ce positionnement sectionnel est certes original, mais pourrait aussi être un handicap. Ce type de parti n'est-il pas d'ailleurs piégé inéluctablement par un plafond de verre électoral, à l'image des Verts avant le milieu des années 90 – avant que celui-ci n'élargisse son programme pour devenir un parti généraliste à gauche ? A moins que le Parti animaliste, par sa spécialisation hors clivage et sa double activité parti/lobby, incarne une forme de nouveau monde politique.

Bastien Gouly

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