Frédéric Lordon : un «monde» va se trouver «mis en accusation le 5 décembre» (ENTRETIEN)

Frédéric Lordon : un «monde» va se trouver «mis en accusation le 5 décembre» (ENTRETIEN) Source: RT France
Frédéric Lordon sur le plateau d'Interdit d'interdire.

Frédéric Lordon était l'invité de Frédéric Taddeï, le 2 décembre, sur le plateau d'Interdit d'interdire. L'économiste et philosophe s'est livré à une critique acerbe de la réforme des retraites et, plus globalement, du système capitaliste.

«Quels enjeux pour la journée du 5 décembre ?», Le 2 décembre 2019, Frédéric Taddeï recevait Frédéric Lordon sur le plateau de son émission Interdit d'interdire sur RT France. L'économiste et philosophe était invité à donner son avis sur la réforme des retraites et à analyser le mouvement social du 5 décembre en corollaire ainsi que ses implications possibles pour le pays.

Frédéric Lordon s'oppose à cette réforme, qualifiant sans ambages la retraite par points de «merveilleuse machine à niquer les retraités». Il s'oppose également à la suppression des régimes spéciaux. Selon lui, un régime de retraite universel serait «profondément inégalitaire puisque lorsqu'on applique un traitement uniforme à des situations inégales, évidement on ne fait qu'approfondir les inégalités». 

«Il y a quelque chose qui va se trouver mis en accusation le 5 décembre et c'est un monde»

Interrogé sur le mouvement de grève du 5 décembre, Frédéric Lordon considère que celui-ci «va très au-delà de la simple réforme des retraites». Selon lui, ce mouvement sera le porte-voix de «colères qui portent sur un monde». «Il y a quelque chose qui va se trouver mis en accusation le 5 décembre et c'est un monde», assure-t-il.

Un monde selon lui vicié par «la célébration de la marchandise», «la féerie de la consommation», «la prostitution marchande du service public» et sa «dévolution à l'empire de la marchandise». Il qualifie ce monde d'«univers inhumain».

L'économiste et philosophe fustige le poids de la finance sur les décideurs publics, pouvoir qui s'exerce selon lui «par des marchés de capitaux». Ces derniers «surveillent les déficits, les dettes», «forcent à l'austérité», «ne sont contents que si on baisse les dépenses publiques, que si on flexibilise, que si on ouvre le secteur public à la concurrence», analyse-t-il.

En France en particulier, Frédéric Lordon considère que la politique économique se caractérise désormais par une «austérité chronique», marquée notamment par «la paupérisation délibérée des secteurs publics qui ravage tous les secteurs».

Le capitalisme «salopera la planète jusqu'au bout du bout»

Frédéric Lordon ne se contente pas de prôner une opposition à la réforme des retraites, ni aux politiques austéritaires ou libérales. «Anticapitaliste», l'économiste prône une «socialisation des moyens de production» – pour des raisons sociales mais également économique. Le capitalisme, s'il perdure, épuisera et «salopera» selon lui la planète «jusqu'au bout du bout»». 

Frédéric Lordon ne se réclame pas de l'«étatisation des moyens de production» opérée en URSS. Le philosophe souhaite remplacer «la propriété lucrative des moyens de production» par «la propriété d'usage». Dans cette optique «les moyens de production [doivent appartenir selon lui] à ceux qui les exploitent, à ceux qui s'en servent pour produire» au niveau local. L'économiste qualifie ce système de «coopérative généralisée».

Cette réorganisation des moyens de production devrait logiquement s'accompagner, selon lui, d'une sortie de l'euro et de l'Union européenne (UE). Il déplore, en ce sens, la «gauche sincèrement internationaliste et que l'idée même de sortir de l'Union européenne ou de l'euro épouvante au nom de la résurgence du nationalisme». «Sortir de l'euro, en gros, conduirait tout droit aux miradors», moque Frédéric Lordon, qui assure avoir «bataillé longuement contre ce genre de sottises».

Frédéric Lordon fustige néanmoins la teneur politique du Brexit qui, selon lui, «transpire la xénophobie et la droite ultra-libérale pour qui l'Union européenne n'est pas assez libérale». Il se réjouit néanmoins de la floraison de mouvements de protestation à travers le monde, notamment à Hong-Kong et au Chili.

Interrogé sur la possibilité de voir ses idées s'imposer pacifiquement, Frédéric Lordon répond qu'«il faudrait être malhonnête pour le garantir» avec certitude. «On n'a jamais vu dans l'histoire les dominants rendre les clefs», relève-t-il.

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