Le gouvernement tente d'amadouer les syndicats, à quelques jours d'une grève qui s'annonce massive

Le gouvernement tente d'amadouer les syndicats, à quelques jours d'une grève qui s'annonce massive
Manifestation pour la défense su service public, le 19 novembre 2019, à Montpellier (Hérault).

Pendant deux jours, le gouvernement tentera de convaincre les syndicats du bien-fondé de la réforme des retraites. La tâche s'annonce ardue à dix jours d'une grève reconductible qui devrait toucher l'ensemble des services publics.

Ce sont les deux journées de la dernière chance pour le gouvernement. Ces 25 et 26 novembre, les représentants des syndicats et du patronat vont se succéder à Matignon. Objectif : discuter de la réforme des retraites, avec le mince espoir d'arriver à un compromis avant la grève (illimitée) qui débute le 5 décembre et menace de paralyser le pays.

Parmi les principales organisations ayant appelé à la grève, la CGT et Force ouvrière (FO) rejettent l'intégralité du texte porté par le gouvernement. La CFDT est, pour sa part, davantage disposée à trouver un terrain d'entente. Son secrétaire général, Laurent Berger, n'est pas fermé à l'idée de réformer le système des retraites, mais selon ses conditions : pas question de reculer l'âge légal de départ. Problème, le syndicat arrive désuni devant le gouvernement. Le 21 novembre dernier, la CFDT-Cheminots ayant annoncé sa participation à la grève du 5 novembre. 

Quoi qu'il se passe à Matignon pendant ces deux jours, la grève du 5 décembre devrait, selon toute vraisemblance, bel et bien avoir lieu. Et elle s'annonce particulièrement suivie. Depuis le 20 septembre, date de l'appel à descendre dans la rue de cinq syndicats de la RATP, la liste des participants ne cesse de s'allonger. 

Journée noire pour les transports

A compter du 5 décembre, les transports seront le secteur le plus touché par la mobilisation. Et pour cause, ce secteur serait également l'un des principaux concernés par les mesures gouvernementales. La future réforme des retraites prévoit, en effet, de mettre fin aux 42 régimes spéciaux actuels dont bénéficient notamment les cheminots, afin d'instaurer un «système universel» par points.

A la RATP, la journée promet d'être noire. «Ce sera, à partir du 5 décembre, zéro métro, zéro RER et très peu de bus», a affirmé Laurent Djebali, le secrétaire général adjoint de l’Unsa-RATP, dans les colonnes du Figaro. L'Unsa est suivi entre autres par la CFE-CGC et la CGT.

A la SNCF, on marche dans les pas de la RATP. CGT-Cheminots, UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail, FO-Cheminots et CFDT-Cheminots seront dans la rue. Conséquence : le trafic des trains risque d'être fortement perturbé, d'autant qu'il s'agit d'une grève reconductible, plus imprévisible qu'une grève perlée (deux jours sur cinq), comme celle du printemps 2018.

A l'instar de leurs collègues du rail, les fédérations de routiers FO Transports et Unsa Transport ont, elles aussi, appelé à la grève le 5 décembre. Elles protestent contre la réforme des retraites et la réduction de l'avantage fiscal sur le carburant. Des ambulanciers ou encore des taxis et des déménageurs pourraient les rejoindre. Autant dire que les routes ont de fortes chances d'êtres également en partie paralysées.

11 syndicats d'Air France en grève

Le transport aérien rejoint le transport terrestre. Chez Air France, pas moins de 11 syndicats appellent les salariés à manifester «partout sur le territoire». «Tout est prévu pour amener le salarié à un âge réel de départ à 64 ans», dénoncent les syndicats Alter, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, SNGAF, SNPNC, SUD aérien, Unac, Unsa aérien et Unsa PNC dans leur appel intersyndical. Des aéroports pourraient donc être paralysés et des vols annulés.

A la différence de la SNCF, certains corps de métier ne seront toutefois pas de le partie : les syndicats de pilotes ou encore ceux d'hôtesses et de stewards n'ont, pour l'heure, pas appelé à descendre dans la rue.

Education, santé, La Poste, policiers...

Parmi les services publics concernés, les trois principaux syndicats de l'éducation, SNES-FSU, SUD-Education et l'Unsa-Education, appellent à une grève des enseignants. Côté santé, le syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI CFE-CGC) a rejoint l'appel, pas convaincu par les récentes annonces du gouvernement, qui prévoit notamment une augmentation du budget alloué aux hôpitaux publics, et une reprise partielle de leur dette. Ils déplorent notamment que les autorités ne prévoient, dans la réforme, «aucun poste en plus» et «aucun lit en plus».

Des mouvements de grèves sont par ailleurs attendus chez les pompiers, ainsi qu'à la Poste. Ces derniers protestent, en plus de la réforme des retraites, contre la restructuration de leur entreprise.

En outre, plusieurs syndicats de policiers, dont Alliance et Unsa, ont annoncé des «actions de 10 heures à 15 heures dans tous les services de police», notamment la «fermeture symbolique des commissariats».

Coup de tonnerre dans l'énergie ?

Trois des quatre syndicats représentatifs chez EDF, la CGT, FO et l'alliance CFE-CGC-Unsa ont de leur côté appelé, comme au niveau national, à descendre dans la rue. Ils prévoient aussi des coupures d'énergie, notamment de bâtiments publics non essentiels. En revanche, la CFDT ne sera pas de la partie, suivant la consigne de Laurent Berger au niveau national.

Gilets jaunes, étudiants et avocats à la manifestation

Quant aux Gilets jaunes, certains devraient également prendre part à la mobilisation. Lors de leur Assemblé des assemblées, à Montpellier, le 3 novembre, des partisans du mouvement citoyen se sont en effet prononcés en faveur de la grève. «L'Assemblée des assemblées de Montpellier appelle les Gilets jaunes à être au cœur de ce mouvement, avec leurs propres revendications et aspirations, sur leurs lieux de travail ou sur leurs ronds-points, avec leurs gilets bien visibles !» font savoir, dans un communiqué, des membres du mouvement. 

L'Unef, syndicat étudiant de gauche, souhaite également «maintenir la pression» sur le gouvernement, après l'immolation d'un étudiant devant un Crous de Lyon.

Plus rare dans les cortèges, certains avocats et magistrats pourraient participer à la mobilisation également. Une journée «justice morte» a été votée par le Conseil national des barreaux, tandis que le Syndicat de la magistrature a lui aussi appelé «l'ensemble des professionnels de justice» à faire grève.

Lire aussi : Emmanuel Macron juge «étrange» le mouvement de grève du 5 décembre

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