L'Elysée pilote un pôle de gauche au sein des macronistes, un coup de com' pour les élections ?

L'Elysée pilote un pôle de gauche au sein des macronistes, un coup de com' pour les élections ?© PHILIPPE WOJAZER Source: Reuters
Emmanuel Macron et Jean-Yves le Drian (image d'illustration).

Des élus, pour la plupart socialistes, ont rédigé une tribune pour rejoindre les macronistes dans un «pôle de gauche». Orchestrée par l'Elysée, cette initiative vise-t-elle à siphonner des voix à la gauche avant les prochaines élections ?

75 élus, anciens élus ou sympathisants socialistes ou écologistes, tous soutiens d'Emmanuel Macron en 2017, ont publié le 20 octobre dans Le JDDun «manifeste pour un pôle de gauche dans la majorité», en promouvant «la réussite des réformes et de ce quinquennat, ­dernière chance pour éviter que la France rejoigne les démocraties déstabilisées par les fausses solutions national­populistes».

Ce pôle devrait être concentré autour du ministre des Affaires étrangères et ancien cadre du Parti socialiste (PS) Jean-Yves Le Drian et du secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics, Olivier Dussopt (également ex-PS).

Signataire de cette tribune, le sénateur des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli a par exemple annoncé peu après qu'il quittait le Parti socialiste, assurant à l'AFP qu'il se situait aujourd'hui «dans la majorité présidentielle». Ce «pôle de gauche» n'a malgré tout rien de spontané. L'initiative a été en réalité pilotée par l'Elysée, selon une note confidentielle consultée par L'Express qui était à l'origine adressée à des membres de La République en marche.

Dans ce document, Olivier Dussopt affirme : «On veille à cette structuration en lien et en accord avec [le conseiller politique d'Emmanuel Macron] Philippe Grangeon.» «J'ai aussi tenu informé bien sûr le Premier ministre», complète-t-il. Il précise en outre que le délégué général de La République en marche, Stanislas Guerini, et le président du groupe LREM à l'Assemblée, Gilles Le Gendre, ont été associés au projet.

Les européennes de 2019, lors desquelles le Rassemblement national est arrivé en tête, ont-elles sonné comme un avertissement pour le parti de la majorité ? A quelques mois des municipales, la macronie peut en tout cas craindre ne pas voir sa réussite de 2017, se concrétiser à nouveau. Le président du groupe LREM du Sénat François Patriat annonce d'ailleurs la couleur sur Public Sénat : «Cela [le pôle de gauche] permet de marquer déjà le rassemblement le plus large en vue de 2022.» En d'autres termes, LREM veut rassurer l'électeur de gauche et le mettre dans son escarcelle.

Le pôle de gauche, «une tambouille», «une manœuvre politicienne», «une supercherie»

Joint par RT France, le sénateur du Parti communiste (PCF) Eric Bocquet voit dans ce cette structure macronienne, «une tambouille» et «une manœuvre politicienne» qui démontrent que le «gouvernement n'est pas très serein» dans un climat social «tendu» : «On voit bien que les municipales approchent, Emmanuel Macron essaie de construire des majorités pour La République en marche qui est à l’évidence en difficulté, la mayonnaise localement a du mal à prendre.» Eric Bocquet déplore «l'opportunisme» de ceux qui sont séduits à gauche par un ralliement à LREM, pensant davantage à leur «carrière personnelle», renonçant à «leurs idéaux et leurs engagements» pour rejoindre une majorité menant, selon le sénateur PCF, une politique «libérale» et en partie responsable de la montée de la pauvreté en France.

Et Eric Bocquet de s'amuser du concept macronien de pôle de gauche, qu'il qualifie de «supercherie» : «Franchement pour un homme [Emmanuel Macron] qui disait en arrivant "ni droite ni gauche", il redécouvre là, tout à coup, que la droite et la gauche ce n’est pas la même chose.»

Le chef de file des socialistes à l'Assemblée nationale, Patrick Kanner, interrogé par Public Sénat, s'interroge lui aussi sur la crédibilité des signataires qui se prétendent de gauche : «Si les signataires sont vraiment de gauche, ils devraient contribuer à reconstruire la gauche plutôt qu’aller s’enfermer avec Le Drian et Dussopt. Ce sont des gens de gauche qui se trompent de chemin. Emmanuel Macron est un président de droite libérale, comme son gouvernement.» «On ne peut pas être de gauche et soutenir une politique de droite. On est dans l’illusion et la confusion», ajoute-t-il, espérant «qu’ils ne sont pas dans une logique tactique pour aller à la soupe pour un plat de lentilles».

Au sein du Rassemblement national, la démarche fait aussi sourire, mais dans une argumentation inverse. L'eurodéputée du Rassemblement national Dominique Bilde s'interroge ainsi : «A quel moment la majorité a-t-elle été de droite ?».

Les macronistes n'en sont en tout cas pas à leur première tentative pour tenter de se donner une conscience de gauche. BFM TV rappelle effectivement qu'un laboratoire d'idées, «Hyperion», lancé le 1er juin 2019 par le député LREM Aurélien Taché et l'avocat Jean-Pierre Mignard, «a eu très peu de retombées».

Bastien Gouly

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