Essais nucléaires en Polynésie : la France visée par une plainte pour crimes contre l’humanité

Essais nucléaires en Polynésie : la France visée par une plainte pour crimes contre l’humanité© AFP Source: AFP
Essai nucléaire à Mururoa en 1971.

Oscar Temaru, ancien président de la Polynésie, a annoncé avoir déposé une plainte contre la France le 2 octobre devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité, en référence aux essais nucléaires en Polynésie de 1966 à 1996.

Les victimes des essais nucléaires en Polynésie demandent des comptes à l'Etat français. Oscar Temaru, ancien président indépendantiste de la Polynésie, a annoncé devant la quatrième commission de l’ONU le 2 octobre avoir porté plainte contre la France pour crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI).

Les essais nucléaires français ne sont que le résultat direct d’une colonisation

En 30 ans, la France a mené dans les atolls de Mururoa et de Fangataufa pas moins de 193 essais nucléaires qui ont eu des répercussions sanitaires et environnementales. Oscar Temaru souhaite un procès et compte amener les présidents vivants en exercice à l’époque à s'expliquer. «Nous le devons à toutes les personnes décédées des conséquences du colonialisme nucléaire», a-t-il spécifié dans son discours. Selon lui, «les essais nucléaires français ne sont que le résultat direct d’une colonisation». «Contrairement au discours français, nous n’avons pas accepté d’accueillir ces essais, ils nous ont été imposés avec la menace directe de l’établissement d’une gouvernance militaire si nous refusions», explique-t-il. L'ancien dirigeant dit appeler depuis 2013 à un «dialogue responsable» avec Paris sous l’égide des Nations unies mais prétend que l'Etat a «ignoré» ou «méprisé» tout appel à la discussion. 

Toutefois cette action en justice risque de ne pas aboutir car la CPI n'est compétente que face à des crimes graves et répétés commis après le 1er juillet 2002, or les essais se sont terminés en 1996.

Des conséquences sur les populations et les personnels

Les conséquences des essais atomiques menés sur les atolls de de Mururoa et Fangataufa, selon Oscar Temaru, appelaient pourtant une réponse prompte et proportionnée : mortalité infantile quatre fois supérieure à la normale, cancers, malformations des nouveaux-nés, maladies graves radio-induites, contamination environnementale des eaux, des végétaux, selon l’Observatoire des armements, le centre français indépendant d’expertise et de documentation, qui étudie les répercussions de l’utilisation d’armes nucléaire. 

Son rapport de février 2016 rendu à François Hollande note que la levée du secret défense, en 2013, sur près de 400 documents de la période des essais nucléaires, indique que depuis 1960 le service de santé des armées, les ministres de la Défense et les présidents de la République successifs, étaient au courant des risques sanitaires auxquels étaient exposés les populations locales et les personnels des sites atomiques. Pire encore, «depuis le début des essais nucléaires jusqu’au milieu des années 1980, la santé publique en Polynésie était assurée par le Service de santé des armées qui a tout fait pour couvrir du secret militaire les données sanitaires», accuse le rapport.

D'après RTL, le nombre de personnes potentiellement concernées, civiles et militaires, par les essais français dans le Sahara et la Polynésie est estimé à 150 000. 

13 dossiers d'indemnisation acceptés entre 2010 et 2017

Une procédure a tardivement été mise en place depuis 2010, lorsque la loi Morin, relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, a été votée. Néanmoins le nombre de dossiers d'indemnisations acceptés entre 2010 et 2017 a scandalisé les associations de victimes : seulement 13 sur plus d'un millier déposé.

Du côté de l'actuelle direction polynésienne, le président de la collectivité d'outre-mer Edouard Fritch a assuré que son «pays ne vi[vait] nullement une situation coloniale, ni une situation d’oppression, ni une situation de confiscation de [ses] richesses naturelles par l’Etat Français». En contre-feu de la plainte d'Oscar Temaru, la sénatrice Lana Tetuanui, présidente de la Commission mixte de cadrage de la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français (loi Morin), a abondé dans le sens du président Fritch dans une allocution du 9 octobre : «Il convient de dire aujourd’hui que la France a fait un grand pas, par la reconnaissance des conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires en Polynésie française.» Elle faisait référence à une visite dans les îles de François Hollande, alors président, qui avait reconnu que «les essais nucléaires menés entre 1966 et 1996 en Polynésie», avaient bien eu «un impact environnemental» et provoqué «des conséquences sanitaires». Cette déclaration signerait selon la sénatrice «une nouvelle ère de confiance entre l’Etat et la Polynésie».

L’Etat doit aller jusqu’au bout de sa reconnaissance de responsabilité, et les Polynésiens victimes des essais nucléaires, doivent obtenir réparation

Lana Tetuanui a en outre dû œuvrer pour faire modifier dans la loi Morin, contre l’avis du gouvernement français, une notion du texte qui faisait échouer la plupart des demandes d’indemnisation. «L’objectif est bien d’améliorer et d’activer les dossiers d’indemnisation des victimes du nucléaire», avait-elle insisté dans une interview accordée au média Outremers 360. «L’Etat doit aller jusqu’au bout de sa reconnaissance de responsabilité, et les Polynésiens victimes des essais nucléaires, doivent obtenir réparation», avait-elle ajouté. La sénatrice a été chargée de faire des propositions sur l'indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie rendra ses propositions avant la fin de l'année. 2019 sera-t-elle celle d'une plus ample prise en charge des victimes, 53 ans après le début des premiers essais ? 

Auteur: RT France

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