Directeur licencié pour avoir dénoncé un viol : son avocat fustige le diocèse

Directeur licencié pour avoir dénoncé un viol : son avocat fustige le diocèse© Rémy Gabalda Source: AFP
Image d'illustration.

Le directeur d’une école catholique du Gard a été licencié après avoir dénoncé le viol d'un élève à la gendarmerie sans avoir prévenu sa hiérarchie. Son avocat clame à RT France : «Le diocèse voulait la tête de Paul Gobillot, qui est très aimé.»

Mais pourquoi donc le directeur très apprécié de l’école catholique Saint-Joseph dans le village de Saint-Ambroix (Gard) s'est-il fait congédier ? Officiellement, parce qu’il a accompagné à la gendarmerie les parents d’un élève victime d'un viol commis lors d'un voyage scolaire avant d'en informer sa hiérarchie. Paul Gobillot a été licencié pour «faute grave» le 21 juin par la direction diocésaine de l’enseignement et a reçu une lettre de griefs de dix pages.

Le directeur diocésain a voulu la tête de Paul Gobillot

A mieux examiner l’affaire, le chef d’établissement en poste depuis 1980, a peut-être été écarté pour son ouverture, ses méthodes, la création d'une classe pour aider les décrocheurs scolaires… et parce qu’il tendait la main à tous. «Le directeur diocésain a voulu la tête de Paul Gobillot, qui est très aimé. Peut-être le rejette-on à cause de cela», estime son avocat Philip Lumley Woodyear, qui s'est confié à RT France.

L’affaire, incompréhensible pour beaucoup, a ému les habitants du village, mais aussi au delà. Tout commence le 30 mars, lorsque le directeur apprend par hasard qu'un jeune élève a été victime quelques jours plus tôt d'un viol avec violences commis par d’autres élèves de 4e lors d’un voyage scolaire à Malte. Sous le choc, Paul Gobillot se précipite au poste avec les parents et la victime pour les assister dans leur déposition, où il est entendu en qualité de témoin. Cette initiative n’aurait pas été du goût du directeur du diocèse.

Ce sont les vieux réflexes nauséabonds des diocèses de vouloir être informés, est-ce pour étouffer l'affaire ?

«Le diocèse lui a d’abord reproché de ne pas avoir informé sa hiérarchie de faits de viols qu’il venait de découvrir. Or la presse s’en est mêlée, et ensuite la justification a changé : le diocèse l’a accusé de ne pas avoir prévenu le parquet», remarque l’avocat. «Ce sont les vieux réflexes nauséabonds des diocèses de vouloir être informés, et on peut se demander pourquoi… est-ce pour étouffer l’affaire ou la maîtriser ?», questionne-t-il.

Lorsqu’on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage

Pourtant, légalement, le directeur n’était pas dans son tort, selon l’avocat : «Il a fait ce qu’il fallait faire, il a privilégié l’humain. Il a accompagné immédiatement les parents, il a été longuement entendu sur les faits qu’il venait de découvrir. Ensuite les choses ont suivi leur cours. La directrice coordinatrice a informé le département des directeurs académiques des services de l'Education nationale, le rectorat, donc tout a été mis en place. Tout le monde a fait son travail, mais le diocèse a fait dévier les fautes… lorsqu’on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage», déplore l’avocat. D’autre part, les officiers de police judiciaire doivent prévenir le parquet du crime, comme le stipule l’article 19.

Un directeur modèle, attentif aux élèves en difficulté sociale

Alors que reproche-t-on à Paul Gobillot, un responsable plébiscité par tous les parents d’élèves ? Il serait responsable de «dysfonctionnements répétés et préjudiciables à l’établissement et à plusieurs acteurs de la communauté éducative», selon le directeur diocésain de l’enseignement catholique du Gard, Jérôme Martine, qui s’est exprimé dans un communiqué.

Paul Gobillot est un gêneur, avec ses méthodes pédagogiques et son ouverture

Des arguments qui n'ont pas convaincu l’avocat : «Les reproches qui y figurent ne tiennent pas la route. Par exemple on évoque des travaux d’huisserie de 2015 qui ne seraient pas en bois exotique mais en pin, alors qu’il n’est pas gestionnaire : on lui reproche tout et n’importe quoi.» Pour l’homme de loi, le problème est ailleurs.

Selon lui, Paul Gobillot, le directeur d’établissement humaniste dérange. Il avait déjà été mis sur la touche : «On avait commencé à lui retirer la coordination de l’établissement. Visiblement Paul Gobillot est un gêneur, avec ses méthodes pédagogiques et son ouverture. Il avait créé une classe de décrocheurs qui rattrape les enfants en difficulté scolaire, et obtenait des résultats formidables. Cette classe a été transférée à une vingtaine de kilomètres de là au grand désespoir du maire. Les enfants de Saint-Ambroix ne trouvent pas de transport pour y aller. Cette décision a été prise juste avant l’affaire.»

Saint-Joseph est une école privée mais ouverte sur toutes les communautés

«C'était un directeur d’école très attentionné vis-à-vis de tous les milieux, créant un lien social et éducatif, dans un contexte de grande pauvreté. Saint-Joseph est une école privée mais ouverte sur toutes les communautés. Il y a en son sein des petits juifs, des petits musulmans, des petits gitans… et tout le monde s’entend très bien. Cette ouverture est mise à mal par les autorités diocésaines», estime l’avocat qui pense qu'elles cibleraient peut-être un autre public pour l’école Saint-Joseph.

Un homme atterré mais très soutenu par les parents d'élèves

Paul Gobillot serait atterré, d'après Me Philip Lumley-Woodyear. Mais un élan de solidarité s'est déclenché dans toute la France envers le directeur déchu. A Saint-Ambroix, il est très soutenu par la communauté des parents d’élèves et les autres enseignants, qui l'ont accueilli par une haie d’honneur le 11 juin lorsqu’il se rendait à l’entretien préalable au licenciement, convoqué par l'organisme de gestion de l'établissement. Une pétition en sa faveur a aussi été lancée. Le 26 juin, elle recueillait près de 3 000 signatures.

«Quand j'ai vu les parents d'élèves, j'ai rencontré l’amour. Ils le soutiennent totalement. Beaucoup d'élèves veulent quitter Saint-Joseph à cause de ce licenciement», explique encore l'avocat.

Paul Gobillot et son avocat vont donner une suite judiciaire à l’affaire, et attaquer la direction diocésaire pour licenciement abusif. Les jeunes violeurs ont, quant à eux, été placés sous contrôle judiciaire et ont dû quitter Saint-Ambroix.

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