«Scandaleux» : des journalistes du groupe Canal+ dénoncent le traitement de l'affaire Bolloré

«Scandaleux» : des journalistes du groupe Canal+ dénoncent le traitement de l'affaire Bolloré© Charles Platiau Source: Reuters
Illustration : Vincent Bolloré consulte son smartphone

L'actionnaire de Canal+, Vincent Bolloré, a été placé en garde à vue puis mis en examen pour «corruption». Des voix s'élèvent en interne pour dénoncer le traitement médiatique de l'affaire par les chaînes du groupe, jugé insuffisant.

La grogne est de mise chez les journalistes des chaînes du groupe Canal+. Après que le milliardaire, et actionnaire de la chaîne, Vincent Bolloré a été placé en garde à vue le 24 avril, puis mis en examen pour «corruption», certains employés ont critiqué la couverture médiatique de cette affaire, notamment par CNews, chaîne d'actualité appartenant au groupe Canal+.

Ainsi, selon la chaîne publique France Info, ce sont «les chefs» de CNews qui auraient pris la responsabilité du traitement médiatique de l'affaire lors de la garde à vue des 24 et 25 avril. Et le chef du jour était le directeur de la chaîne, Serge Nedjar, un proche de Vincent Bolloré. Une salariée de Canal+ a d'ailleurs confirmé l'information auprès de France Info.

Selon elle, Serge Nedjar aurait bel et bien «pris les manettes» de la hiérarchisation éditoriale. Les décisions éditoriales n’auraient d'ailleurs pas fait l’unanimité au sein de la rédaction, selon France Info. «Les gens ont peur de parler», assure un ancien d’iTélé. En outre, des membres du syndicat +Libres, majoritaire à Canal+, souhaitent interpeller le CSA. Ils estiment en effet que le traitement de la garde à vue et de la mise en examen de Vincent Bolloré est «scandaleux».

«Harcèlement permanent» : un rédacteur en chef à l'attaque contre Vincent Bolloré

Ouvertement opposé à la politique éditoriale du groupe Canal+, Jean-Baptiste Rivoire, rédacteur en chef au sein de cette chaîne, a pour sa part fustigé le 26 avril dans l'émission C à vous, sur France 5, les choix faits par Vincent Bolloré depuis qu'il a accédé à la présidence du conseil de surveillance de Canal+ en 2015 : «Je considère qu'il a pris le contrôle d'une télévision nationale dans laquelle il viole en permanence la loi de 86 qui prévoit que les intérêts d'un actionnaire ne doivent pas venir entraver la liberté éditoriale. Or, ce que l'on vit à Canal depuis 2015, en permanence, c'est que la liberté éditoriale est entravée, censurée par un actionnaire qui mélange ses intérêts de businessman en Afrique ou ailleurs avec la liberté des journalistes.»

Le rédacteur en chef, qui dénonce un «harcèlement permanent», rappelle ainsi : «Le dernier épisode en date [de l'influence de Vincent Bolloré sur la ligne éditoriale de la chaîne], fin 2017, c'est la censure d'un sujet qui racontait juste qu'il y avait des manifestants au Togo dans la rue depuis des mois, furieux contre le dictateur [...] En plus, la direction de Canal, nommée par Vincent Bolloré, a fait diffuser à l'antenne un publi-reportage pour nous expliquer que le Togo était un modèle de stabilité politique.»

Jean-Baptiste Rivoire, qui confie que son travail journalistique à Canal+ est devenu «compliqué» depuis trois ans, estime également que Vincent Bolloré «fait de Canal, par moment, un instrument de propagande et dans une totale impunité». De fait, le journaliste se pose plusieurs questions : «Que fait le CSA ? L'avez-vous entendu réagir ? Que font les autorités en France ? Rien.»

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