Sondage : la moitié des Français jugent les détenus «trop bien traités» en prison

Sondage : la moitié des Français jugent les détenus «trop bien traités» en prison© Boris Horvat Source: AFP
L'entrée d'une cellule à la prison des Baumettes à Marseille en novembre 2017.

Une étude de la Fondation Jean Jaurès en collaboration avec l'Ifop révèle qu'un Français sur deux est favorable à des conditions de vie plus dures pour les prisonniers. Ils souhaiteraient par ailleurs accorder moins de moyens aux prisons.

Le résultat d'une étude menée par la Fondation Jean Jaurès, parue le 9 avril, témoigne d'un jugement plutôt critique de l'opinion publique sur l'état carcéral en France : d'après ce sondage, 50% des Français estiment que les détenus sont «trop bien traités» dans les prisons françaises. Les sondés, en outre, ne semblent pas vouloir accorder de moyens supplémentaires à ces dernières, seuls 40% d’entre eux plaidant pour une hausse du budget des prisons.

L’étude, menée sur un échantillon de 1 013 personnes de plus de 18 ans, a été supervisée par la politologue Chloé Morin, directrice de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean Jaurès, et Adrien Taquet, député de La République En Marche (LREM). 17% des sondés estiment que les détenus ne sont «pas assez bien traités» et 21% jugent qu'ils sont «traités comme il faut». «La plupart des Français considèrent qu'ils font déjà énormément d'efforts financiers et ne trouvent pas légitimes d'en faire pour les détenus», estime Chloé Morin, interrogée par France Info.

Ce sondage est publié une semaine avant la présentation de la loi de programmation de la Justice en Conseil des ministres, la garde des Sceaux Nicole Belloubet ayant promis 7 000 nouvelles places de prison à la fin du quinquennat, en 2022.

Des Français très sévères envers les prisonniers... et bien informés

Si le regard des Français sur les détenus se montre sévère, il est à noter que ceux-ci s’avèrent bien informés sur les conditions de vie en milieu carcéral. Ils savent ainsi que les cellules sont de dimension très réduite puisque 64% des Français pensent que la superficie d'une cellule individuelle en prison est de 5 à 9 m². La majorité des sondés sont aussi au courant de la promiscuité dans les cellules, puisqu’ils pensent que les détenus sont en moyenne deux (40%) ou trois (31%) par cellule. Des chiffres assez conformes avec la réalité.

Ces connaissances n'empêchent pas un net durcissement de l'opinion vis-à-vis des conditions de détentions des prisonniers, au vue d'un sondage similaire mené en l’an 2000 par le CSA. Aujourd'hui, 45% des personnes estiment que la prison doit préparer à la réinsertion... contre 72% il y a 18 ans. Selon l'étude, «s’ils attribuent pour l’essentiel les difficultés actuelles dans les prisons à la surpopulation (79% de réponses), ils placent "l’attitude des détenus" en seconde position (à 41%, soit 17 points de plus qu’en 2000)».

La prison vue dans sa dimension punitive

Pour quasiment la moitié des Français interrogés, les prisonniers doivent avant tout être privés de liberté. Par exemple, seuls 37% des sondés souhaitent aujourd'hui un droit de visite plus étendu pour les détenus. En outre, 53% des personnes interrogées ne trouvent pas légitime l’intervention de religieux en prison. Les sondés s'élèvent en outre contre les faveurs auxquelles auraient droit les prisonniers, que la prison en soit avertie ou non. Par ailleurs, 58% pensent que les détenus se procurent de la drogue et 50% un téléphone portable.

Chloé Morin estime : «A chaque fois qu'il y a une polémique, où on se rend compte par exemple que de la drogue circule dans les prisons ou que des détenus se sont photographiés avec leur portable, c'est enregistré par les Français et ça participe à la création d'une image de la prison qui ne serait pas suffisamment dure.» Début janvier, le ministère de la Justice a lancé un appel d'offres pour installer des téléphones fixes dans plus de 50 000 cellules de 178 établissements pénitentiaires pour lutter contre l'utilisation de téléphones portables en prison. Une largesse qui a déclenché une vaste polémique à droite. 

«Les Français ne souhaitent pas que soit donnée aux détenus la possibilité de communiquer avec l’extérieur, de s’échapper de l’enfermement», analyse la fondation Jean Jaurès.

Une rigueur des conditions de détention pourtant pointée du doigt par l'Observatoire international des prisons 

Néanmoins, l'Observatoire international des prisons (OIP) pointe régulièrement du doit des faits témoignant de conditions de vue parfois rigoureuses – voire alarmantes – dans des prisons du pays. Au 1er janvier 2018, les prisons françaises comprenaient 59 765 places pour 68 974 détenus. Une personne détenue sur quatre, selon l'OIP, souffrirait de troubles psychotiques, et ne recevrait pas les soins adaptés relevant de l’hôpital psychiatrique. La surpopulation serait telle qu’uneresponsable de la direction interrégionale de la prison de Rennes Vézins a déclaré le 6 avril selon un site d’actualité spécialisé : «Tous les mois, on communique le chiffre des personnes incarcérées aux autorités judiciaires. Nous estimons à 250 ou 300 le nombre de personnes écrouées qui dorment sur un matelas à même le sol dans les prisons du grand ouest.» 

De plus, les détenus devraient toucher 45% du SMIC horaire lorsqu’ils travaillent, or ces tarifs seraient très rarement respectés.

En outre, exemple emblématique des problèmes d'ordre sanitaire que peuvent connaître les prisons françaises : en octobre 2016, le tribunal administratif de Melun, saisi en urgence par l'OIP, avait ordonné à l'Etat d'«intensifier» les actions de dératisation à la prison de Fresnes (Val-de-Marne).

En ce qui concerne les nouvelles prisons, de grande taille, prévues pour 600 personnes, l'OIP se montre également critique : «Les prisons neuves et leur conception sous le prisme de la sécurité connaissent un grand nombre d’incidents, et des taux plus élevés d’émeutes, de suicides et d’agressions», estime l'association. Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, estime pour sa part que les nouveaux centres pénitentiaires sont générateurs de «tensions et donc d’échecs multiples» et constituent «l’illustration du recul de l’humain».

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