Maurras : démission spectaculaire de la quasi-totalité des membres de l'instance commémorative

- Avec AFP

Maurras : démission spectaculaire de la quasi-totalité des membres de l'instance commémorative© AFP PHOTO Source: AFP
Charles Maurras en habit d'académicien, sortant de l'Institut de France, à Paris, en juin 1939.

Dix des douze membres du Haut-Comité des commémorations nationales ont démissionné dénonçant la «censure» de la ministre de la Culture Françoise Nyssen qui avait décidé d’effacer le nom de Charles Maurras du Livre des commémorations nationales.

Désavoués par la ministre de la Culture Françoise Nyssen dans l'affaire Maurras, la quasi-totalité des membres du Haut-Comité des commémorations nationales ont riposté mercredi en démissionnant en bloc, dénonçant «la menace de la censure ou de l'autocensure», a rapporté l’AFP.

«La décision que vous avez prise de retirer le nom de Charles Maurras de la longue liste de faits mémorables établie par notre Haut-Comité au titre de l’année 2018 – après l’avoir d’abord ratifiée par une préface élogieuse – et d’interrompre la diffusion du Livre des commémorations nationales nous rend impossible, à notre plus vif regret, de continuer de siéger dans cette instance», ont écrit dix des douze membres de cette instance dans une lettre ouverte à la ministre de la Culture.

«Françoise Nyssen prend acte» de cette démission, a indiqué le ministère de la Culture dans un communiqué.

Seule la présidente du Haut-Comité, l'Académicienne Danielle Sallenave et Catherine Bréchignac, secrétaire perpétuelle de l'Académie des sciences, n'ont pas signé ce texte dont l'AFP a obtenu une copie. Danielle Sallenave a été chargée par la ministre de «piloter une réflexion» sur l'avenir de cette instance.

En revanche, les historiens Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory, spécialistes de la Seconde Guerre mondiale et notamment de la collaboration durant l'Occupation nazie, comptent parmi les signataires.

Cette démission spectaculaire constitue le dernier épisode en date de l'affaire Maurras, du nom de l'écrivain accusé par ses détracteurs d'antisémitisme Charles Maurras (1868-1952).

Théoricien du «nationalisme intégral», condamné après la Seconde Guerre mondiale pour son soutien au régime de Vichy, le nom de Maurras figurait sur le Livre des commémorations nationales 2018, imposant volume de plus de 300 pages, qui recense les dates marquantes de l'histoire de France dont l'année est l'occasion de se souvenir. Le 150e anniversaire de Maurras faisait partie de la liste.

Après que des associations antiracistes ont protesté contre la mention de Maurras dans ce livre de commémorations, le «Monsieur antiracisme» du gouvernement, Frédéric Potier, y a vu un hommage scandaleux estimant que «commémorer c'est rendre hommage». Pour couper court à cette polémique naissante, Françoise Nyssen avait décidé fin janvier d'effacer le nom de Maurras du Livre des commémorations.

Censure et autocensure

Les membres démissionnaires regrettent aujourd'hui cette décision : «La polémique qui s’en est suivie et la réaction qu’elle a entraînée de votre part nous portent à croire qu’à l’avenir de tels incidents risquent de se reproduire.»

«Vous comprendrez que, dans ces conditions, nous ne puissions continuer à siéger avec, en permanence, la menace soit de la censure soit de l’autocensure», expliquent-ils.

Dans une tribune publiée par Le Monde fin janvier, Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory écrivaient déjà que «commémorer ce n'est pas célébrer». «On commémore la Grande guerre, on ne la célèbre pas», rappelaient notamment les deux historiens.

«La récente polémique sur la notice de Charles Maurras dans le Livre des commémorations nationales a mis en lumière l’existence d’une ambiguïté persistante dans le débat public entre "célébration", "commémoration" et "devoir de mémoire"», reconnait le ministère de la Culture dans son communiqué.

Dans leur lettre ouverte, les historiens estiment que cette distinction entre «célébrer» et «commémorer» a déjà été faite. En 2011, rappellent-ils, le ministre de la Culture de l'époque, Frédéric Mitterrand, avait certes envoyé au pilon le volume où apparaissait le nom de Louis-Ferdinand Céline (pour le 50e anniversaire de sa mort). Or, jusqu'à cette date il était question de «célébrations». «Le terme pouvait laisser place à des incertitudes sur les frontières de celles-ci. Plusieurs d’entre nous [...] avaient donc proposé que l’on substituât à ce terme celui de "commémorations"», notent-ils.

Ainsi, estiment-ils, il est possible d'associer «l’hommage à des personnages et des événements qui justifiaient une fierté collective et, d’autre part, le rappel d’épisodes ou d’acteurs ayant compté dans notre histoire tout en pouvant susciter rétrospectivement réserves, douleur ou indignation au regard des valeurs de la démocratie républicaine».

Estimant qu'il faut considérer «avec lucidité» les «pages noires de notre histoire», les signataires soutiennent que «la présence de Charles Maurras allait de soi, cette personnalité, ennemie de la République, ayant joué dans l’histoire de notre pays un rôle intellectuel et politique considérable, bien au-delà de sa famille de pensée».

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