«J'ai jamais été embêtée par un requin» : Twitter réagit à une nouvelle campagne anti-harcèlement

La RATP et la SNCF viennent de dévoiler leurs nouvelles affiches contre le harcèlement et les agressions sexuelles dans les transports publics. Si elles sont artistiquement soignées, leur référence aux animaux sauvages a agacé nombre d'internautes.
La campagne #StopHarcelement contre le harcèlement et les agressions sexuelles dans les transports en commun a été dévoilée le 5 mars par Valérie Pécresse, présidente (Les Républicains-LR) de la région Ile-de-France, Catherine Guillouard, PDG du groupe RATP et Alain Krakovitch, directeur de la SNCF Ile-de-France. Valérie Pécresse a fait savoir que l'objectif de cette campgne était de «libérer la parole, [et d'] inciter à témoigner et sanctionner les prédateurs».
#StopHarcelement Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel, victimes ou témoins donnez l’alerte !
— Groupe RATP (@GroupeRATP) 5 mars 2018
Catherine Guillouard PDG @GroupeRATP "Nous avons souhaité une campagne choc contre le harcèlement pour donner aux victimes et aux témoins des moyens concrets d’alerter & d’agir !" pic.twitter.com/19y4pPj796
Selon la présidente de région, la campagne serait «un peu choc» afin de «faire ressentir la peur qu'ont les femmes quand elles sont dans les transports en commun». Sur les affiches en question, à l'ambiance claire-obscure, des femmes inquiètes, agrippées à une barre du métro au milieur d'un environnement naturel, sont convoitées par... des loups, un requin blanc ou encore un ours.
La scène s'accompagne de l'injonction : «Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel. Victimes ou témoins, donnez l'alerte !»
#StopHarcelement Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel, victimes ou témoins donnez l’alerte !
— Groupe RATP (@GroupeRATP) 5 mars 2018
▪En signalant à un agent en station ou en gare
▪En appelant à une borne d'appel dans les stations & gares
▪En appelant le 📞3117, par sms 31177 ou via l'appli Alerte 3117 pic.twitter.com/GGV3OmbSri
«Cessons de stigmatiser ces animaux»
Cette campagne a suscité l'agacement ou les commentaires ironiques d'internautes, qui trouvent qu'elle rate sa cible. Des utilisatrices de Twitter disent ainsi ne pas se souvenir d'avoir été malmenées par des requins ou des ours dans les wagons ou les couloirs du métro. D'autres appellent à accuser «les vrais coupables» au lieu d'animaux.
trop gênant quand un requin vient me déranger dans les transports https://t.co/qHaVPI9zpN
— axelle (@riptvde) 5 mars 2018
J'ai jamais été embêtée par un requin dans le métro (ni le bus, ni le RER d'ailleurs). Commencez déjà par arrêter les métaphores... https://t.co/CdSkKQxFca
— Aline Dubucq (@Ch_OmP) 5 mars 2018
On croise rarement un requin dans le métro, et la femme semble tétanisée, on se plante, à quand, une campagne de pub pointant du doigt celui qui harcèle ou qui se comporte mal ?
— Victor Call (@Victorcall7) 5 mars 2018
Abondant dans leur sens, Valério Motta, ancien conseiller en communication de la secrétaire d'Etat chargée des Droits des femmes Pascale Boistard sous la présidence Hollande, détaille son scepticisme au sujet de la campagne, estimant que celle-ci n'allait «pas pousser beaucoup d'hommes à se remettre en cause».
Si un agresseur = un loup hurlant ou un ours, cela ne va pas pousser beaucoup d'hommes à se remettre en cause. Je m'étais fait la même réflexion sur la campagne #arrêtonsles.
— Valerio Motta (@valeriomotta) 5 mars 2018
Un utilisateur de Twitter demande avec humour si on peut appeler le numéro dédié aux agressions sexuelles si celles-ci sont commises par une autre créature qu'un loup, qu'un requin ou qu'un ours...
jespere on peiu quand meme appeler si c pas un tigre, un ours ou un requin qui attaque :(((
— Gazobu (@bligoblu) 5 mars 2018
D'autres internautes, défenseurs des animaux, se sont insurgés de voir loups, requins et ours assimilés aux harceleurs sexuels, d'autant que les trois espèces figurées sont protégées par la Convention internationale sur le commerce d'espèces sauvages menacées d'extinction (CITES). Ils souhaitent rappeler que ces bêtes sauvages, contrairement à certains hommes, ne constitueraient pas une menace pour la femme.
Et quoi de mieux pour parler #agression des #femmes que de représenter les agresseurs par des #animaux mal aimés et déjà largement exterminés par l'homme sous des prétextes bidons...
— 📷 Kawaccino 🦋 (@kawaccino) 5 mars 2018
Bravo la #RATP et la #SNCF, super job, franchement, là, vous vous êtes surpassés.#sarcasm 😤 https://t.co/N7o85O6FPY
Bon #SNCF : les loups, les ours et les requins ne sont pas un danger pour la femme. C’est l’homme le danger. Pour la femme, et aussi pour le loup, l’ours et le requin d’ailleurs. #wtf#wildlifehttps://t.co/XeD6cMuAaP
— Luc Serrano (@Luc_Serrano) 5 mars 2018
Pourquoi un requin ? Demain sera un loup ! Cessons de stigmatiser ces animaux. Si l'homme est un prédateur, mettrons le avec son vrai visage, pas le cacher derrière des créatures inoffensives. Merde à la fin !
— Dominick (@dominick_m) 5 mars 2018
Il ne lui manque plus qu'une cape rouge et un panier de victuailles... quel manque d'imagination de la part de la #RATP et de la #SNCF d'entretenir la peur du loup qui devrait être aujourd'hui élimée par notre civilisation grandissante et sans scrupule envers la faune sauvage...
— Cathy Chan (@beaupapyrus) 5 mars 2018
Que la campagne porte ses fruits ou non, 11 000 affiches vont être placardées sur les réseaux RATP et SNCF d'Ile-de-France et 55 000 dépliants d’information vont être distribués dans les gares. La campagne sera en outre relayée sur 3 000 écrans de la région.
87% des usagères des transports en commun victimes de harcèlement sexuel ou sexiste ou d'agressions sexuelles
«En France, 87% des usagères des transports en commun déclarent avoir déjà été victime de harcèlement sexiste, de harcèlement sexuel ou d'agressions sexuelles et 8 femmes sur 10 se sentent en insécurité dans l'espace public», est-il écrit sur le compte Twitter du réseau de transport de trains de banlieue de SNCF, Transilien.
[LT] En France, 87% des usagères des transports en commun déclarent avoir déjà été victime de harcèlement sexiste, de harcèlement sexuel ou d'agressions sexuelles.
— SNCF Transilien (@Actu_Transilien) 5 mars 2018
"Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel, victimes ou témoins, donnez l'alerte." pic.twitter.com/natntLNNrW
La campagne conseille aux femmes victimes ou aux de témoins de signaler les actes de harcèlement et agressions «à un agent en station ou en gare », d'appeler «une borne d'appel dans les stations et gares» ou d'appeler le 3117. Ce numéro géré par 45 agents présents 24h/24, tous les jours, permet de dénoncer les agressions et d’appeler à l’aide. Géré par la SNCF depuis 2013, il a été étendu à la RATP en mars 2017.
Dans le cadre de la lutte contre les harcèlements et agressions sexuelles dans l'espace public, Valérie Pécresse a annoncé le 21 janvier l’expérimentation de l’arrêt des bus à la demande entre deux stations la nuit, sur une dizaine de lignes en Ile-de-France.
.@vpecresse : « 11 000 affiches et 55 000 dépliants d’information vont être distribués dans les gares et la campagne sera relayée sur 3000 écrans de la #RATP » #StopHarcèlement #TransportsIDFpic.twitter.com/yBzKLCUvEg
— Région Île-de-France (@iledefrance) 5 mars 2018
Lire aussi : Valérie Pécresse annonce l’arrêt à la demande des bus de nuit pour protéger les femme