Rupture entre la police et les Français ? «Une fake news», selon Unsa Police

Rupture entre la police et les Français ? «Une fake news», selon Unsa Police© Benoit Tessier Source: Reuters
Les membres des forces de l'ordre écoutent le discours d'Emmanuel Macron à la gendarmerie de Calais, janvier 2018, illustration.

A quelques heures de l'annonce par Gérard Collomb d'une réforme de la police nationale, les gardiens de la paix ont de grands espoirs. Le syndicat Unsa revient sur les attentes de la corporation et sur sa prétendue déconnexion avec les citoyens.

Jour J pour la police de sécurité du quotidien (PSQ) : Gérard Collomb dévoile le 8 février cette réforme promise par le candidat Macron, qui suscite chez les élus et les forces de l'ordre autant d'attentes que d'interrogations. «Police sur mesure», «mieux équipée», «plus proche des attentes de nos concitoyens» ou «plus partenariale» : depuis plusieurs semaines, le ministre de l'Intérieur égrène les grands principes de la future PSQ sans dissiper le flou qui continue de l'entourer. Les syndicats sont sur leurs gardes et estiment qu'il n'y a pas de problème entre la police et la population, bien au contraire.

Grande réforme de la sécurité publique ou recyclage de mesures déjà actées ? Dix mois après son arrivée place Beauvau, le ministre s'exprimera à 15h ce 8 février avec une quinzaine d'autres intervenants devant de nombreux élus et membres de forces de sécurité, dans le grand amphithéâtre de l'Ecole militaire, à Paris.

Beauvau évoque les rapport police-population, Unsa dénonce un «faux problème»

Mais au sein des forces de l'ordre, d'aucuns craignent que les annonces ministérielles ne se limitent à apposer le nom de PSQ sur les mesures ou les chantiers déjà actés tels que la création d'une amende forfaitaire pour la consommation de cannabis ou la création d'un délit punissant le harcèlement de rue, voire des mesures préalablement engagées sous le précédent quinquennat.

Interrogé par RT France, le syndicat Unsa Police estime pour sa part que cette réforme est tout d'abord partie du mauvais pied en s'appuyant sur un «faux problème», le supposé mauvais rapport entre la police et la population : «Pour utiliser un terme à la mode, c'était une fake news», ironise Stéphane Battaglia responsable communication à Unsa.

Et le syndicaliste de souligner : «D'après le dernier sondage Odoxa réalisé pour la quotidien Le Parisien, 82% des français ont une image positive de la police nationale. Il n'y a pas de problème avec la population, c'est un mythe.» Mais le policier précise : «Nous avons bien un problème avec une certaine population, ce sont les trafiquants de drogue ! Nous préconisons donc de passer de la fameuse politique du chiffre à celle du renseignement, pas seulement en matière de terrorisme, mais surtout dans le domaine du trafic de stupéfiant. Notre syndicat est le seul, à ma connaissance, à avoir proposé un rapport en relation avec les annonces autour de la PSQ.»

Politique du chiffre et police de proximité : des échecs, selon les forces de l'ordre

Unsa police énonce également ses attentes par rapport au bilan des 20 dernières années en matière de politique intérieure : «On nous annonce qu'on ne va pas revenir à la police de proximité du gouvernement de Lionel Jospin, ni à la politique du chiffre de Nicolas Sarkozy, deux politiques qui ont échoué, on peut s'en réjouir et toutes les organisations professionnelles sont pour une réforme. On est là pour arrêter les méchants, c'est fou de devoir le rappeler, mais on n'est pas là pour massacrer le porte-monnaie des automobilistes en verbalisant la population solvable ou en multipliant les gardes-à-vue à tout-va. Ces missions sont très mal perçues par le public et ces politiques n'ont pas fait baisser la délinquance.»

On est là pour arrêter les méchants, c'est fou de devoir le rappeler, mais on n'est pas là pour massacrer le porte-monnaie des automobilistes

Les partenaires sociaux veulent donc des policiers «présents dans leur vrai cœur de métier» et appellent de leur vœux une organisation selon laquelle certaines tâches échoiraient à des organismes privés pour en débarrasser les gardiens de la paix. En revanche, là encore, les premières tentatives mises en place n'ont pas convaincu : «A Paris, on se retrouve avec des sociétés privées qui mettent au volant des individus sans permis et parfois sous l'emprise de stupéfiants pour verbaliser les automobilistes. On les a même vus pister des véhicules de police ou des pompiers pour les verbaliser en pleine intervention !», tempête Stéphane Battaglia.

En amont des annonces du ministre de l'Intérieur, les forces de l'ordre restent optimistes, mais Unsa police annonce d'ores-et-déjà que les propositions de la place Beauvau «seront négociées à tous les échelons» et ajoute : «Nous serons particulièrement attentifs aux questions de mise en place. On nous annonce 10 000 nouveaux postes, tant mieux, mais ce n'est pas tant le "combien" qui importera que le "comment".»

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