Qui sont les hauts-fonctionnaires conseillers de la campagne «anti-système» de Marine Le Pen

Qui sont les hauts-fonctionnaires conseillers de la campagne «anti-système» de Marine Le Pen © Stéphane de Sakutin Source: AFP
Marine le Pen lors des voeux du FN à Nanterre le 15 janvier 2018

Une enquête de BuzzFeed News et de Médiapart a fait la lumière sur l'identité de certains hauts-fonctionnaires et chefs d'entreprise ayant conseillé Marine Le Pen durant sa campagne, elle qui avait à cœur de dénoncer «les puissances du système».

C’est l’enquête qui fait tache, menée conjointement par BuzzFeed News et Mediapart. Après avoir collecté des mails et des documents, ses auteurs ont pu révéler les noms présumés de sept des fameux «conseillers de l’ombre» de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Il s'agirait de hauts-fonctionnaires, d'énarques, de préfets... Tel André Rougé, directeur du développement commercial d'un grand groupe du CAC 40 ou encore l’énarque Jérôme Turot, avocat fiscaliste. L'ironie fait que c'est précisément ce genre d'«intouchables» qui ont été honnis et fustigés à longueur de discours par la présidente du Front national (FN) avant et pendant sa campagne alors qu'elle qui dénonçait les «puissances du système».

Club des Horaces, anciens de l'UMP, acteurs du CAC 40

Pour bâtir son projet de campagne, Marine Le Pen s’était offert les services d’un collectif de 80 hauts-fonctionnaires, chefs d’entreprises ou autres membres des élites de la nation. Ils se réunissaient sous la bannière du «Club des Horaces», créé en janvier 2016. Malgré la cure de normalisation entreprise par Marine Le Pen au sein de son parti, les Horaces avaient souhaité rester anonymes, à l’exception de Jean Messiha, docteur en économie, diplômé de SciencesPo Paris et de l’Ecole nationale d'administration (ENA), devenu son porte-parole.

Dans le secret, les conseillers émettaient des propositions en matière de fiscalité et d’économie, chiffraient le projet présidentiel, élaboraient des idées, intervenaient sur des questions de recherche et d’éducation, proposaient de mettre fin à certaines lois sociales… La plupart de ces conseillers de l’ombre ont hanté les cabinets de ministres RPR ou UMP. Certains ont même affiché quelques sympathies lointaines pour des figures apparentées aux FN ou ont produit des écrits patriotes. L'enquête a dévoilé les noms de membres du club et d’autres alliés officieux.

Comme celui d'André Rougé, proche de quelques membres du Groupe union défense (GUD), identifié comme l'un des chefs des Horaces, sous le pseudonyme de René Dargou. Habitué des cabinets ministériels, puisqu'il en a intégré trois entre 1994 et 1997, il est un ancien chef de cabinet d’Eric Raoult et occupe actuellement la fonction de directeur du développement commercial d'un grand groupe du CAC 40. Christophe Bay, ex-préfet de l'Aube, conseiller à la direction de la gendarmerie nationale, a quant à lui travaillé sur le projet de chiffrage du programme. Autre révélation curieuse, celle de l’avocat fiscaliste Jérôme Turot, ancien membre du Conseil d'Etat, qui a fait partie de la promotion Voltaire de l’ENA, aux côtés de François Hollande et de Ségolène Royal. Il a travaillé sur le sujet des retraites dans le programme de la présidente du Front national, selon les informations de Buzzfeed et de Mediapart.  

Autre conseiller mystère présumé : Frédéric Guillaud. Cet actuel secrétaire du conseil d'administration d'une grande entreprise de service public a impulsé des idées sur le front de la recherche et de l’éducation. L'une des figures de proue anonymes de la rédaction du programme serait Philippe Baccou, président de section de chambre régionale de la Cour des comptes. Vincent Uher, est quant à lui, intervenu sur les questions de fiscalité. Ce jeune et brillant énarque est un haut fonctionnaire, ancien administrateur civil au ministère des Finances. Il occupe actuellement la fonction de président vacataire de formation de jugement de la Cour nationale du droit d'asile.

Une candidate refusant les énarques et le système

Pourtant, durant sa campagne présidentielle, Marine le Pen s’était érigée dans son discours de Bordeaux en avril 2017 contre «le système qui prétend prendre de nouveaux visages, […] quand ils ne sont que les produits du recyclage des deux derniers quinquennats». Au meeting de Nantes en février 2017, elle avait aussi déclaré : «La voie de la réussite individuelle et collective n’est pas forcément dans la tendance sponsorisée par toutes les puissances du système.»

Le système, une forme d'oligarchie qui se moque du peuple, qui ne s'intéresse pas à lui 

Sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, elle avait évoqué «le système», «une forme d'oligarchie qui se [moquait] du peuple qui ne [s'intéressait] pas à lui et qui même [gouvernait] et [dirigeait] contre lui contre son avis». En 2011, lors d'un face à face sur LCI avec Jean-François Copé, elle avait tonné : «On préfère être entre énarques, entre hauts fonctionnaires, entre apparatchiks à l'UMP. Tout ça, c'est fini!»

Malgré toutes ces réticences vis-à-vis de ces grands commis de l'Etat qu’elle apparentait à François Fillon ou Emmanuel Macron, la dirigeante du Front national n'a pas hésité à puiser dans ce vivier pour bétonner son programme. Quel crédit accorder aux révélations de Médiapart et de Buzzfeed News ? Ils se sont procurés divers mails et documents, croisant en outre des sources concernant les réunions des conseillers de Marine Le Pen. Les principaux intéressés n'ont pas confirmé, pas répondu ou nié les informations mises au jour par cette enquête. En revanche, BuzzFeed News explique que : «La véracité de ces documents [...] n'a jamais été mise en cause par Marine Le Pen et son équipe. La teneur de ces documents nous a été confirmée par plusieurs sources au sein du FN.» Si les révélations de cette enquête s'avéraient fondées, elles risquent de mettre en difficulté la président du Front national, occupée à réformer son parti et changer son nom. Elles pourraient remettre en question l'un de ses principaux arguments de campagne, le discours anti-oligarchie. Il n'aura pas suffi à lui faire gagner la confiance des électeurs, qui, à la présidentielles, n'ont été que 34% à voter pour elle. 

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