Projet de loi sur l'immigration : la gauche indignée, la droite satisfaite, LREM partagée

Projet de loi sur l'immigration : la gauche indignée, la droite satisfaite, LREM partagée© PHILIPPE HUGUEN / AFP
Des migrants assis près d'un parking à Calais, le 2 novembre 2017

Critiquée à gauche, soutenue à droite, la politique migratoire d'Emmanuel Macron suscite de vives réactions au sein de la classe politique. Prévus début 2018, les débats sur ce projet de loi promettent d'être électriques à l'Assemblée nationale.

Emise le 12 décembre, la nouvelle circulaire fixant les règles relatives à l’hébergement d’urgence des étrangers en France n’est pas passée inaperçue. Et pour cause, plusieurs associations et personnalités politiques de gauche ont vivement critiqué cette mesure annonçant les prémices d’un durcissement de la politique migratoire qui fera l'objet d'un projet de loi en janvier 2018. A droite, la mesure n'a, au contraire, pas rencontré d'opposition. 

Levée de boucliers à gauche

Après Jacques Toubon, ancien ministre RPR, et Défenseur des droits depuis 2014, c’est au tour de plusieurs figures de gauche de tirer les premières salves sur la politique migratoire du gouvernement. Dans un entretien accordé au Parisien le 21 décembre, l’ancien candidat du parti socialiste (PS) à la présidentielle Benoit Hamon, fondateur du mouvement Générations, a déclaré qu’Emmanuel Macron s'était «vallsisé» et qu'il était «malhonnête» sur la question migratoire. «Ce que fait Macron, Sarkozy n'a même pas osé le faire !», a-t-il par ailleurs affirmé.

Trois anciens ministres et secrétaire d’Etat sont également montés au créneau en interpellant directement le président de la République dans un courrier. Dans celui-ci, Marie-Arlette Carlotti, ancienne ministre (PS) déléguée aux Personnes handicapées et à la lutte contre l’exclusion, Xavier Emannueli ancien secrétaire d’Etat à l’Action humanitaire d’urgence et Louis Besson, ancien ministre du Logement (PS), ont dénoncé le «tri inadmissible» des étrangers.

Cette accusation porte notamment sur le recensement prévu dans les centres d’hébergements d’urgence qui selon eux constitue une «atteinte au respect des droits fondamentaux». Ils craignent par ailleurs, que cette mesure ne provoque «un important non-recours à l’hébergement d’urgence par les personnes en situation administrative précaire et la constitution de bidonvilles et de squats».

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La politique migratoire engrange des soutiens à droite

Si la gauche est vent debout contre la politique migratoire du gouvernement, à droite le son de cloche est bien différent. Interrogée par le Figaro à sujet, Nadine Morano (LR) a estimé que le texte proposé par le gouvernement était de droite. Elle a en outre ajouté que ce texte de loi était «très difficile à faire passer» car selon elle, la majorité présidentielle est de gauche. De son côté, Franck Riester (Ex-LR), actuel président du groupe UDI Agir et indépendants à l’Assemblée nationale, a admis dans une interview au Figaro que ce texte était à même de «rassurer les gens de droite».

Soutien inattendu pour le gouvernement, le Front national s’est quant à lui félicité dans un communiqué publié le 18 décembre «que le problème majeur de l’immigration soit posé». Il y voit «une victoire politique» pour ses idées. Le parti de Marine Le Pen demande a être reçu par le ministre de l'Intérieur, Gerard Collomb, afin de lui «présenter ses propositions».

La majorité présidentielle partagée, le gouvernement temporise

Du côté de la majorité présidentielle, les interrogations se multiplient. Certains députés LREM ont ouvertement fait part de leurs préoccupations. Le 19 décembre, Sonia Krimi, députée LREM de la Manche, a interpellé le ministre de l'Intérieur sur la politique d'asile et d'immigration menée par le gouvernement. Après avoir dénoncé la stigmatisation subie selon elle par les individus en situation irrégulière, cette dernière a réclamé une politique «plus juste et plus humaine».

Mais tous ne sont pas de cet avis, et les députés LREM ayant une sensibilité de droite ne semblent pas avoir de critiques à faire entendre. Après une série de réformes ayant fait consensus auprès de l'aile gauche comme de l'aile droite de LREM, Emmanuel Macron s'apprêterait-il à faire l'expérience d'une première fronde ? Il pourrait compter sur un soutien extérieur à son parti, et tirerait ainsi profit de soutiens à droite à cette occasion.

Quoi qu'il en soit, l'heure est à la prudence. Sous le feu des critiques des associations de défense des migrants, le Premier ministre a annoncé le 21 décembre, le lancement en janvier prochain d'une consultation afin de préparer l'avant-projet de loi asile et immigration. «Nous avons entendu les réactions et nous avons considéré qu'il était nécessaire de nous expliquer», a-t-il déclaré à Matignon, sans toutefois renoncer à retirer la circulaire. 

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