«Servir», Pierre de Villiers prend la parole pour la première fois depuis sa démission et s'explique

«Servir», Pierre de Villiers prend la parole pour la première fois depuis sa démission et s'explique© Charles Platiau Source: Reuters
L'ancien chef d'état-major des armées à l'Elysée en mars 2016

Dans un livre paru le 8 novembre, l’ancien chef d'état-major des armées rend hommage aux militaires et revient sur le conflit qui l’a opposé à Emmanuel Macron en comparant ce dernier aux trois autres chefs d'Etat qu'il a servis dans sa fonction.

«Quel gâchis d’en être arrivés là, alors que nous aurions pu faire autrement !», c'est en des termes relativement mesurés et en accord avec sa carrière que Pierre de Villiers a choisi de donner sa version du différend qui l'a opposé à l'actuel locataire de l'Elysée.

Pour mémoire, après des semaines ombrageuses et un recadrage sévère de la part du président, le chef d'état-major des armées a claqué la porte le 19 juillet. Sa démission, fait sans précédent sous la Ve République, avait pour origine des économies de 850 millions d'euros réclamées cette année aux armées, dans un contexte de restrictions budgétaires générales, ce que le militaire n'a pas accepté. 

Pas un pamphlet, mais une mise au point

Dans son ouvrage intitulé Servir et publié le 8 novembre par les éditions Fayard, Pierre de Villiers rend hommage aux hommes et aux femmes qui servent sous les couleurs du drapeau français et rappelle qu'il a lui-même œuvré à l'état-major des armées auprès de quatre présidents différents :

«Le chef militaire vit au contact constant du pouvoir politique. Pour ma part, j’ai connu en conseil restreint pas moins de quatre présidents de la République : Jacques Chirac, méthodique, chaleureux et passionné par l’armée ; Nicolas Sarkozy, exigeant, tranchant et charismatique ; François Hollande, à l’écoute, calme et plein d’humour ; et, enfin, Emmanuel Macron, avec lequel mes relations ont été empreintes de franchise, de confiance et de cordialité.» 

Même «l'obéissance» de la «Grande muette» a ses limites

«Cordialité», le terme peut paraître fort au regard du scandale provoqué par sa démission en juillet, mais le général précise : «La vraie loyauté consiste à dire la vérité à son chef», et il ajoute : «La vraie liberté est d'être capable de le faire, quels que soient les risques et les conséquences [...] La vraie obéissance se moque de l'obéissance aveugle. C'est l'obéissance d'amitié.»

L'ancien chef d'état-major reste pourtant en partie fidèle à l'attitude silencieuse prônée au sein de l'armée, la «Grande muette» comme on l'appelle parfois : il ne dira pas tout. Il a par exemple choisi de ne pas dévoiler la teneur de son dernier entretien avec le président Macron, au moment où il lui a remis sa démission : «Vous me permettez de garder pour moi» cet échange, s'excuse-t-il.

En revanche, sur la brouille budgétaire qui a précipité le départ de ce militaire visiblement apprécié des trois présidents qui ont précédé Emmanuel Macron, l'ouvrage se fait plus incisif et rappelle les problèmes récurrents entre l'armée et le pouvoir : «Nous ne pouvons plus traiter des problèmes de défense avec une approche comptable comme nous l'avons connue dans les années 2000. [...] Nous n'en sommes plus aux interventions ponctuelles dans l'espace et dans le temps. La phase militaire de la majorité des engagements extérieurs dure en moyenne une quinzaine d’années.»

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Le 14 juillet, «critiqué publiquement», Pierre de Villiers prend sa décision

Par ailleurs, il semblerait que Pierre de Villiers n'ait pas non plus digéré la journée du 14 juillet 2017 : «Critiqué publiquement et explicitement, devant les représentations étrangères, dont mon homologue américain présent à mes côtés pour notre fête nationale, devant les familles des soldats morts au combat au cours de l’année, devant les blessés des armées et l’ensemble des représentants de la communauté de défense, il me semblait impossible de poursuivre ma mission.»

Cinq jours plus tard, le général renonçait à son poste et était bientôt remplacé par le général François Lecointre. Loyal et toujours aussi élégant, le chef d'état-major sortant n'a d'ailleurs que des mots élogieux à son égard et qualifie cette nomination d'«excellent choix.»

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