«C'est compliqué la gauche» : Hamon à la fête de l'Huma, de l'eau dans le gaz entre PCF et LFI ?

«C'est compliqué la gauche» : Hamon à la fête de l'Huma, de l'eau dans le gaz entre PCF et LFI ?© Thomas SAMSON Source: AFP
La fête de l'Humanité 2017.

La fête de l'Humanité à La Courneuve, grand rassemblement de la gauche de la gauche ? Cette année, l'événement aura surtout été marqué par les divisions entre ses chefs de file. L'absence de Jean-Luc Mélenchon a irrité les communistes.

En cette fin d'année électorale, qui s’achèvera le 24 septembre par les élections sénatoriales, l'heure de solder les comptes a sonné pour nombre de formations politiques françaises. Et la gauche de la gauche n'est pas épargnée par cette remise en question générale.

En effet, la fête de l'Humanité, grand rendez-vous annuel du Parti communiste français (PCF) qui a fermé ses portes ce 17 septembre, a été l'occasion pour son secrétaire général, Pierre Laurent, de laisser transparaître son exaspération vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon... grand absent du rassemblement. Une attitude qui a fort déplu aux partisans et élus de La France insoumise (LFI) présents à ce rassemblement. De son côté, Benoît Hamon, fraîchement débarqué du Parti socialiste (PS) et qui a perdu son siège de député, a profité de l'occasion pour se chercher un avenir politique dans les sentiers sinueux d'une gauche en pleine recomposition. 

Lui [Jean-Luc Mélenchon] n'est pas là mais le peuple il est là

«Il a beaucoup parlé de la force du peuple ce candidat que nous avons soutenu à l'élection présidentielle. Lui n'est pas là mais le peuple, lui, est là», a ainsi déclaré le responsable communiste le 16 septembre, pour souligner l'absence du leader de La France insoumise. 

Plus loin, le secrétaire général du PCF est revenu plusieurs fois à la charge contre Jean-Luc Mélenchon, condamnant sa propension à céder aux «sirènes dégagistes», qui serviraient, selon lui, des forces «aussi contraires et opposées que Jean-Luc Mélenchon [lui-même], Emmanuel Macron et Marine Le Pen», dans une période de confusion politique. Le communiste s'est ensuite félicité que son parti ait appelé à faire barrage à Marine Le Pen, contredisant implicitement l'attitude de Jean-Luc Mélenchon, qui avait refusé de donner une consigne de vote à ses électeurs au second tour de la présidentielle. 

Condamnant la prétention de l'insoumis à incarner politiquement la gauche de la gauche à lui seul, le communiste a déclaré : «Personne ne peut prétendre détenir la vérité à lui tout seul.» 

Pugilat verbal entre insoumis et communistes

L'attaque du secrétaire général du Parti communiste est très mal passée chez les insoumis. Et ce d'autant plus que nombre de personnalités de premier plan de LFI avaient fait le déplacement. Certains, assis au premier rang, ont reçu en plein visage le soufflet de Pierre Laurent. 

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le député LFI Alexis Corbière a ainsi approuvé quasiment en direct le tweet d'un journaliste décrivant son mécontentement apparent. 

«Je ne crois pas qu'il soit pertinent d'en profiter pour égratigner Jean-Luc Mélenchon. En plus c'est pas comprendre ce que fait Jean-Luc, il est au boulot», a-t-il précisé plus tard au micro de BFMTV, faisant référence au voyage du leader LFI sur l'Ile de la Réunion, où il s'est rendu pour discuter, notamment de la réforme du code du travail par ordonnance, avec des acteurs sociaux locaux et participer à un meeting politique. 

Le jeune député LFI du Nord, Adrien Quatennens, figure montante de La France insoumise, lui aussi présent à la fête de l'Humanité, n'a semble-t-il pas davantage apprécié les piques lancées à l'encontre du président de son groupe à l'Assemblée nationale. 

Eric Coquerel, député LFI lui aussi, a critiqué les attaques récurrentes du PCF envers son chef sur BFMTV déclarant : «On a l'impression que c'est une manière d'exister de taper sur Jean-Luc Mélenchon.»

Une contre attaque qui semble-t-il, a vexé un autre responsable du PCF, qui a rappelé à l'élu insoumis qu'ils étaient les invités des communistes à ce rassemblement. 

Jean-Luc Mélenchon affiche l'indifférence 

Réagissant à la controverse provoquée par son absence depuis la Réunion, Jean-Luc Mélenchon a laconiquement cité le poète et homme politique Lamartine sur BFMTV : «Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.» Plus prosaïquement, le leader des insoumis s'est demandé s'il était «invité ou convoqué» par les communistes à cet événement. 

«Je vois bien qu'il y a une espèce d'escalade, je veux bien faire semblant mais je n'arrive pas à m'y intéresser», a-t-il nuancé, avant d'évoquer plus loin «une direction communiste en perdition, qui s'accroche» et qui ne s'exprime plus que contre lui. 

Au milieu de la melée, Benoît Hamon essaie d'exister 

Lui aussi présent à la fête de l'Humanité, Benoît Hamon, coup sur coup défait à l'élection présidentielle et aux législatives, a semblé chercher à incarner une troisième voie dans l'affrontement que se livrent le PCF et LFI. A l'origine d'un mouvement politique pour l'instant embryonnaire depuis qu'il a quitté le PS, le vainqueur de la primaire de la gauche en 2016, entend porter les innovations véhiculées par sa candidature aux élections présidentielles, comme le revenu universel. 

Sur Twitter, il a chaleureusement remercié les communistes et Pierre Laurent pour leur accueil.

Se joignant au secrétaire général du PCF pour dénoncer la volonté de Jean-Luc Mélenchon de se positionner comme le fer de lance de la gauche hors PS, l'ex-candidat à la présidentielle a par ailleurs déclaré que quiconque «prétend[rait] à l'hégémonie à gauche se casse[rait] les dents».

«C'est compliqué, la gauche, ça a toujours été compliqué...», aurait-il en outre laissé échapper lors de sa visite à la fête de l'Humanité selon Le Parisien.

Comme pour illustrer cette dernière confession, Pierre Laurent a, dans son discours de clôture, pris le soin d'arrondir les angles, rappelant, malgré les divergences, que La France insoumise restait l'une des pierres angulaires de l'opposition à la politique du gouvernement d'Emmanuel Macron.

Rappelant que le PCF serait représenté lors de la manifestation contre la réforme du Code du travail du 23 septembre, organisée à l'appel de La France insoumise, il a souligné : «D'autres initiatives politiques viendront et, je veux le redire avec clarté : nous n'en opposons aucune l'une à l'autre.»

Sur le même ton, Jean-Luc Mélenchon a rappelé au sujet des communistes : «Ils savent que je les aime et les respecte mais je leur dis "Respectez ce que je fais !"»

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