Des femmes de militaires font entendre leur voix à la place de la grande muette

Des femmes de militaires font entendre leur voix à la place de la grande muette© Capture d'écran Twitter - Lucas RT France

Quelques dizaines de personnes du collectif Femmes de militaires en colère, qui compte 5 800 membres sur sa page Facebook, ont fait entendre leur voix à Paris pour dénoncer les conditions de travail et de rémunération des soldats français.

Des conjoints et proches de militaires ont fait entendre leur voix le 26 août à Paris. A l'appel du collectif Femmes de militaires en colère, une page Facebook réunissant 5 800 membres, quelques dizaines de personnes se sont rassemblées à proximité du ministère des Armées à Paris. Ces femmes dénoncent en particulier les défaillances régulières dans la rémunération des militaires entraînées par le système informatique Louvois, dont elles demandent l'arrêt définitif, prévu depuis 2015 mais qui tarde à être remplacé. Ce programme informatique, qualifié de «logiciel fou» par la Cour des comptes en 2014, a engendré de nombreuses défaillances dans le paiement des soldes avec notamment des trop-perçus, des retards de versement et des primes non versées. 

Je pense que même un super expert-comptable aurait du mal à s'y retrouver 

Interrogée par RT France, Jessica, femme de militaire, explique avoir constaté des défaillances du logiciel en 2011. «Quand on sait plus ce qui est trop perçu, pas assez perçu, je pense que même un super expert-comptable aurait du mal à s'y retrouver [...] il faut les voir pour les croire les fiches de solde», explique-t-elle.

Elle a finalement obtenu gain de cause et dédommagements devant la justice au terme d'une longue et coûteuse procédure semée d'embûches et de casse-têtes administratifs, notamment auprès du Trésor public. Elle milite depuis pour soutenir les militaires touchés par ces défaillances. «J'ai une pensée pour les originaires des DOM-TOM [...] ils n'ont peut-être pas de soutien comme moi j'en ai eu [...] mais ils ont été affectés par le logiciel [de la même façon]», soupire-elle. 

Entre six et dix dans une même chambre, avec des repas parfois non financés par l'armée

Marion, une jeune femme originaire de Bretagne, explique que son conjoint n'a eu que deux semaines de repos de retour d'une opération au Mali avant de repartir en mission à Paris dans le cadre de l'«opération sentinelle». Elle dénonce notamment la condition des soldats logés dans la capitale «dans des endroits insalubres, entre six et dix dans une même chambre, avec des repas parfois non financés par l'armée».« Je souhaiterais que l'armée française et le gouvernement puissent faire bouger les choses», explique-t-elle par ailleurs. 

Les hauts fonctionnaires des finances savent qu'ils ne vont jamais être contredits

Si ces femmes sont venues défendre les conditions de travail de leurs conjoints ou proches, c'est que la contestation ne fait pas partie des usages de l'armée. Une tradition qui, selon Ivan Blot, ancien député (RPR passé au FN avant de revenir à l'UMP) et haut fonctionnaire à la retraite rencontré sur l'événement par notre journaliste, profite à l'administration qui préfère baisser les budgets dans ce secteur plutôt que dans d'autres où la contestation serait plus forte : «Les militaires, quand ils se manifestent c'est quand ils sont à la retraite [...] la tradition c’est que les militaires ne parlent pas [...] les hauts fonctionnaires des finances savent qu'ils ne vont jamais être contredits.»

Selon lui c’est au président d'arbitrer. «Comme il est lui-même issu de l'inspection des finances je pense que c'est un peu difficile pour lui. Mais il va peut-être le faire, on verra», conclut-il, un brin fataliste. 

Quoi qu'il en soit, Emmanuel Macron a réaffirmé sa promesse de campagne, de porter le budget miliaire à 2% du PIB. En 2017, l'armée a dû réduire ses dépenses d'environ 850 millions d'euros, dans ce que le président qualifie de «contribution des armées à la solidarité nationale». Une décision qui a provoqué une polémique amplifiée par le départ fracassant du chef d'état major des armées Pierre de Villiers dans ce qui a été présenté comme le premier faux-pas majeur dans le parcours du nouveau président.

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